Chaque jour appartient au voleur · Teju Cole

par Electra
Chaque jour appartient au voleur · Teju Cole

Après lectures de non fiction dans le cadre du challenge du mois de novembre, j’avais envie de retrouver de la fiction et je suis partie avec le livre de Teju Cole sous le bras – pour réaliser après quelques pages, qu’il s’agit ici d’un récit de voyage, sorte de mémoire ! Sans le savoir, je reste donc dans mon challenge, et je ne le regrette pas.

Teju Cole vit depuis quinze ans à New York lorsqu’il décide de rentrer pour la première fois dans sa ville natale, à Lagos au Nigéria. Le narrateur réalise très vite, dès sa visite au Consulat pour obtenir un nouveau passeport, que les choses n’ont pas beaucoup changé – un pot de vin et son passeport sera prêt en une semaine…

En vingt-sept chapitres, il témoigne de ce retour au pays – des retrouvailles avec sa famille, ses amis, son premier amour mais surtout avec son passé et sa propre histoire.  Lagos, est une ville à part – une mégalopole de quinze millions d’habitants où la corruption est monnaie courante. Tout fonctionne à coup de bakchich – une réalité qui horrifie à présent ce futur psychiatre.

Cette lecture m’a plu car elle me parle : on y voit ici un homme croyant retrouvé la ville qu’il a quitté il y a quinze ans, et si effectivement certaines choses n’ont pas changé, d’autres ont beaucoup évolué, en pire ou en mieux. Son regard m’a amusé : celui d’un Occidental, au début son jugement sur les pots-de-vin est ainsi très intéressant, il s’exprime comme un Américain et non comme un Nigérian. Ses principes moraux ont évolué et il semble incapable de comprendre l’Afrique et sa réalité : des richesses (le pétrole) réservées à une minorité, une majorité de pauvres, et la classe moyenne qui perd de plus en plus ses acquis. Un médecin gagne environ 500 euros par moi alors que les produits de consommation (télévision, voiture) sont vendus au même prix qu’en France.

Les coupures d’électricité, courantes (sans jeu de mot!) l’énervent puis l’amusent. Sa visite au musée d’Histoire est aussi symbolique de ces expatriés qui jugent sévèrement leur patrie. Ils l’ont quittée, ne l’aident plus (en payant des impôts) mais sont exigeants envers elle comme des enfants gâtés.

Mais le narrateur retrouve aussi les odeurs, le bruit, les danfos (des minibus jaunes décrépis et bondés), les marchés où les vols sont nombreux, et peu à peu son regard change et il redevient ce jeune étudiant amoureux de cette cité “aux mille Shéhérazade”.  Et cet amour, l’auteur sait le partager avec ses lecteurs à travers une belle écriture, précise, concise mais aussi empreinte de mélancolie.

Son récit est ponctuée de photos que l’auteur a pris, et cet autre regard participe activement à notre voyage – car à chaque fois que je reprenais ma lecture, je me retrouvais aussi au milieu de ces millions d’habitants, la poussière soulevée par les voitures et les danfos, assourdie par le bruit des générateurs allumés le soir pour assurer la luminosité dans les maisons.

Un joli voyage – j’avais découvert Lagos à travers deux autres romanciers, et cette lecture me confirme que cette ville est une destination unique.

♥♥♥

Editions Zoé, 2018, 192 pages

6 commentaires
1

Et pourquoi pas

6 commentaires

Fanny 11 décembre 2018 - 9 h 51 min

Ce livre doit être dépaysant. Je connais peu ce pays!

Electra 11 décembre 2018 - 19 h 48 min

c’est le troisième auteur que je lis, du coup Lagos me semble de plus en plus familière ! Oui, c’est le pays le plus peuplé d’Afrique.

Marie-Claude 11 décembre 2018 - 19 h 07 min

Ça me donne envie… J’avais tellement aimé “Love is power, ou quelque chose comme ça” d’A. Igoni Barret…

Electra 11 décembre 2018 - 19 h 48 min

Je crois qu’il te plairait ! ces scènes de vie, et les photographies – on a l’impression d’y être !

Titezef 12 décembre 2018 - 21 h 09 min

Un dépaysement très tentant.

Electra 12 décembre 2018 - 21 h 26 min

oui, soleil au programme ! J’aime bien Lagos – cette ville est gigantesque et mélange modernité et traditions.

Les commentaires sont fermés