Madame S · Sylvie Lausberg

par Electra

Je sais que la couverture d’un livre joue beaucoup, et si je m’étais arrêtée à celle du livre dont je vais vous parler, je n’aurais jamais eu envie de le lire. On croirait la couverture d’un roman de chick-lit alors qu’il s’agit de la biographie très sérieuse de Mme Steinheil par une historienne et un portrait très détaillé de la France de l’époque. Un portrait édifiant et effrayant d’une société que j’ai peine à reconnaître. La société française.

Il se voulait César, il ne fut que Pompée“, Clemenceau a ainsi résumé la fin prématurée du Président de la IIIème République, Félix Faure en février 1899. Ce dernier serait mort de plaisir dans les bras de sa maîtresse, la fameuse Marguerite Steinheil. Et c’est la vie de cette femme que l’historienne Sylvie Lausberg s’emploie à raconter.Comment devient-on la maîtresse du Président et celle qui a provoqué sa mort ? Et neuf ans après la mort de Faure, son mari et sa mère seront assassinés mystérieusement, et la veuve sera jugée et presque condamnée à mort. Un destin vraiment à part.

Mais si j’ai aimé suivre le destin de cette femme profondément libre, j’ai surtout été choquée par cette France nationaliste et antisémite. Car si la liaison adultérine était déjà critiquée, c’est surtout la proximité de cette femme avec les défenseurs du Capitaine Dreyfus, accusé de trahison. Toute l’affaire Dreyfus va contaminer et détruire le septennat du Président Faure et va libérer la parole antisémite. De nombreux journaux naissent à l’époque et ne cachent pas leurs théories antisémites, racistes et nationalistes. Terrible. Les propos sont affligeants. Ils étaient peu nombreux à prendre la défense du militaire et je salue encore plus le courage d’Emile Zola avec son “J’accuse”.

Mais je reste terriblement marquée par les propos de cette France envers ses citoyens juifs considérés comme la lie de la terre. J’ai vraiment eu honte en lisant tous ces propos, en apprenant que 50 000 personnes avaient manifesté à Nantes (et ensuite dans toute la France) en scandant “A mort le juif”…

Marguerite, dite “Meg” née Japy, est née dans une famille très aisée protestante de l’Est de la France, à Belfort. La jeune femme est amoureuse mais sa famille rejette son prétendant. Elle accepte d’épouser un peintre, de vingt ans son aîné pour plaire à ses proches. Son père, son plus grand admirateur, est mort brutalement. La jeune femme recherche perpétuellement l’amour et va trouver une nouvelle vie à Paris en devenant un salon où le tout Paris, politique et culturel vient discuter. Car Mme Steinheil a de nombreux prétendants, ils tombent tous amoureux de cette femme intelligente, cultivée et très séduisante. Après la naissance de leur seul enfant, le couple fait chambre à part et ils acceptent de vivre “leur vie”. Mais lorsque le scandale sur sa liaison éclate et sa vie passée au crible lors du procès, les journalistes se déchainent et elle est jugée comme une putain, une dépravée, une folle hystérique féministe.. Les extraits des propos des journalistes, même l’unique femme Séverine de l’époque, sont effarants.

Le seul bémol est peut-être le choix que l’historienne a fait de raconter aussi sa fascination pour l’unique femme journaliste de l’époque, Séverine, dont elle vient de louer la maison. C’est en fouillant un peu qu’elle découvre une petite boite en fer dans laquelle la journaliste a gardé un courrier de Mme Steinhein exigeant le retour des bijoux confisqués par la police après le meurtre de son mari et sa mère. Et le ton de l’historienne, un peu trop, colloquial ? Bref, j’ai trouvé le ton un peu léger et les allers-retours entre ses recherches et le récit est parfois difficile à suivre.

Mais sinon, j’ai lu très vite ce récit et j’ai découvert cette France d’entre deux-guerres (les Allemands venaient de prendre l’Alsace et la Lorraine à la naissance de Meg) et elle m’a fait peur. J’ai aussi mieux saisi qui étaient Felix Faure, Aristide Briand et Georges Clemenceau. Et puis je retiens le portrait de cette femme qui se voulait libre et qui allait le payer très cher.

♥♥♥

Editions Slatkine&Cie, 2019, 302 pages

 

 

Et pourquoi pas

8 commentaires

Autist Reading 20 mars 2020 - 13 h 42 min

C’est vrai que la couverture est particulièrement hideuse (pire que celles de la chick-litt). C’est vrai aussi que le destin d cette femme est pour le moins extraordinaire. Pour autant, contrairement à toi, je pense que je ne verrais pas tant de différence entre la France d’alors et celle d”aujourd’hui. Les temps changent, les boucs émissaires varient, mais les dérives sociétales auxquelles tu fais allusion sont malheureusement immuables

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Electra 22 mars 2020 - 16 h 35 min

oh si tu verrais les différences – les journaux mettaient en Une leur haine des juifs, aujourd’hui c’est interdit ! Là je ne peux pas te suivre. L’antisémitisme existe encore mais il n’est pas institutionnalisé et enseigné à l’école … non là cette époque c’était vraiment autre chose.

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Fabienne 20 mars 2020 - 17 h 35 min

Je l’ai dans ma pal même si la couverture ne donne effectivement pas envie de le lire. Ton billet est très intéressant et m’a donné très envie de lire prochainement… jusqu’à ce que j’arrive à l’avant-dernier paragraphe. Bref, on verra.

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Electra 22 mars 2020 - 16 h 36 min

ah bon ? pourquoi l’avant-dernier paragraphe ? bon courage

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keisha 21 mars 2020 - 8 h 17 min

Je te comprends, j’ai lu récemment un excellent bouquin de non fiction dont la couverture et la quatrième avaient tout de la chick lit!
Celui dont tu parles m’intéresse, bien sûr

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Electra 22 mars 2020 - 16 h 36 min

oui c’est bizarre de mettre des couvertures de check-list pour des essais ! tromper les clients ? je suis curieuse ….

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Eva 23 mars 2020 - 9 h 28 min

effectivement un drôle de choix de couverture ! oui ça fait chick lit ou policier british léger 😀 en tout cas le contenu semble vraiment intéressant, et c’est un livre qui pourrait me plaire!

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Electra 23 mars 2020 - 15 h 07 min

Oui l’histoire pourrait te plaire et la couverture est vraiment trompeuse 😊

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