The book of Harlan · Bernice L.McFadden

par Electra

Ce livre se trouvait dans ma PAL depuis bientôt deux ans ? Je n’avais encore jamais lu de romans de l’autrice acclamée Bernice L.McFadden. Le Black History Month m’a donné envie de le sortir. Bonne idée.

Macon, Georgia – 1917. Harlan vient de naître. Le premier et unique enfant d’Emma Robinson et de Sam Elliot. Emma est la fille d’un pasteur proéminent à Macon. Bien que Noirs, les Robinson ont une vie plutôt aisée. Lorsqu’Emma tombe enceinte, elle n’a pas encore présenté Sam, un jeune charpentier, à sa famille. Le mariage est organisé rapidement. Les parents d’Emma sont déçus de cette union peu respectable. Emma déteste Macon et les deux jeunes mariés décident de tenter leur chance ailleurs. La grand-mère leur propose de garder Harlan chez eux. Les années vont passer, Emma et Sam vont s’installer dans une dizaine de villes à travers tout le pays sans réussir à gagner le moindre sou.  Harlan ne reconnaît plus ses parents lorsqu’ils reviennent à Macon une dizaine d’années plus tard. La chance leur a enfin souri. L’amie d’enfance d’Emma, Lucille, a réussi à faire carrière dans la musique et ils se sont tous installés à Harlem.

Harlan part s’installer avec eux et découvre le monde fascinant du blues, du jazz et de la vie excentrique d’Harlem. Très vite, le jeune homme développe un talent de musicien et dès l’âge de 16 ans, il part sur la tournée de Lucille à travers le pays. La vie est belle, il fait la fête, s’amuse avec les filles.  Harlan n’est pas un gros bosseur, à son retour, il préfère fumer des joints qu’aller en répétition. Finalement, Lucille décide de s’en séparer. Harlan décide alors de monter son propre groupe avec son meilleur ami, Lizard (lézard) Robbins, un trompettiste. Ils dénichent une chanteuse et commencent à se produire lorsqu’un producteur leur propose de venir jouer dans le « Harlem de Paris » : le quartier Montmartre.  Harlan est fou de joie, mais Lizard hésite. Nous sommes en 1940. La guerre a été déclarée et même si Paris est désormais sous occupation, le risque est réel. Mais Harlan ne veut pas louper cette chance extraordinaire. Harlan et Lizard embarquent finalement à destination de la capitale française….La quatrième C dévoile déjà la suite de l’histoire (camp de concentration) aussi je ne révèle rien…

Un mot sur le style, j’ai beaucoup aimé et McFadden a le même système narratif qu’Anthony Doerr : des chapitres très courts, qu’on enchaîne très vite. La vie d’Harlan se déroule sous nos yeux et c’est un excellent page-turner, malgré le sujet très sombre du roman. L’autrice a voulu aborder ici un sujet méconnu, ici et en Amérique, l’arrestation de la population noire par les Nazis. Je dois dire qu’en tant que Française, je savais déjà que les Nazis ont d’abord interné les communistes, les intellectuels, les opposants, puis les malades mentaux et les gitans avant de s’en prendre aux Juifs. Et le résultat est passionnant.

J’ai cependant quelques bémols. Le premier, quelques mots de français apparaissent ci et là et voir le mot ici écrit à plusieurs reprises ‘içi » m’a fait tiquer ! Ceci est un archaïsme (employé dans le code civil de 1863..)et même considéré comme une faute. Sinon, j’ai été aussi surprise du choix des musiciens d’embarquer pour le continent européen alors que la guerre est déclarée…

Mais mon plus gros bémol reste le personnage principal, Harlan. Harlan n’est pas méchant, il est juste le fils unique très gâté par sa mère, et qui s’amuse et refuse de travailler. Je n’ai pas parlé ici de son attitude envers une jeune femme, car comme je le dis Harlan n’est pas sérieux. Son égoïsme est tel qu’il m’a été impossible d’être touché par tous les malheurs qui lui tombent dessus. A l’inverse, j’ai adoré les personnages secondaires : sa grand-mère puis ses parents et surtout Lizard son meilleur ami. Je m’y suis vraiment attachée. Harlan ne pense qu’à lui, et même si sa vie est effectivement très compliquée, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec d’autres survivants des camps qui ont réussi à rebondir. Bref, c’était peut-être le choix de l’autrice mais à aucun moment Harlan n’a de prise de conscience (et pourtant la vie lui réserve des moments pour le faire) et ne commence à faire passer les autres avant sa petite personne.

La fin m’a aussi déstabilisé – je n’ai pas compris pourquoi il commettait cet acte, je n’avais pas compris qui était cette personne… J’ai trouvé cela « too much » ? Ce n’était pour moi pas nécessaire au roman. J’aurais préféré une fin plus généreuse.

J’ai quand même été séduite par le style et j’ai envie de lire un de ses autres titres. L’un d’eux a d’ailleurs été traduit en français (Delta Noir publié aux éditions Joëlle Losfeld) et le sujet m’intéresse également. La connaissez-vous ?

♥♥♥

Editions Jacaranda Books Art Music Ltd, 2016, 352 pages

 

Et pourquoi pas

2 commentaires

Marie-Claude 28 février 2021 - 23 h 00 min

Enfin! Il y avais longtemps! Je peux dire, en toute légèreté: pour une fois, tu ne me tentes pas! (mais merci quand même)

Electra 28 février 2021 - 23 h 08 min

De rien ! Oui ça faisait longtemps 🙂 Et tu as raison, tu peux t’en passer !

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