Son fils · Justine Lévy

par Electra

Il y a longtemps que je n’avais pas lu un livre de Justine Lévy. J’ai dévoré ses précédents écrits et je me suis donc précipitée sur cette fiction inspirée de la vie d’Antonin Artaud, et de la relation très spéciale avec sa mère.

Justine Lévy a choisi comme narratrice la mère de l’artiste Antonin Artaud pour raconter les dernières années de la vie de son fils. J’avoue que je connaissais Artaud uniquement de nom, j’en savais très peu sur son oeuvre ou sa vie privée.

J’ai donc préféré me renseigner un peu sur ses relations avec les surréalistes et sur la maladie mentale qui l’a poussé à prendre des drogues et amené à vivre ses dernières années en hôpital psychiatrique.

Nous sommes dans les années 20 lorsque Justine Lévy commence à raconter la montée du fils prodigue à Paris, après des années mouvementées. Antonin a déjà connu une période dépressive qui l’a empêché de mener à bien les études envisagées. Ses parents acceptent de l’envoyer à Paris et de lui verser une rente. Très vite le jeune homme fréquente les artistes et se lance dans l’écriture. Il se fait remarquer, réussit à être publié et les premiers succès arrivent.

En quelques années, il est devenu un des précurseurs du mouvement surréaliste, ami d’André Breton et de Robert Desnos. Mais la maladie n’est jamais loin, et Antonin connaît des périodes de profonde dépression. Celui-ci prend du laudanum mais très vite le remplace par des drogues comme l’opium ou la cocaïne. Les années passent et sa situation mentale se dégrade.

Un jour, il part subitement à Dublin où il perd pied à la réalité. Il vient dit-il rapporter l’arme de Saint-Patrick et délivrer le pays … A son retour, il est hospitalisé d’office. Sa mère, Euphrasie, va le chercher partout avant de retrouver sa piste. Le voici dans un asile de fous, soigné par les premiers adeptes de Freud.

Euphrasie connaît le génie de son fils, et refuse de le voir ainsi traiter. Pendant des années, elle va se battre pour lui, déménager à la capitale, aller le voir tous les jours, même lorsque celui-ci la rejette, ne la reconnaît plus ou la chasse car elle serait diabolique. Lorsque la guerre 39-45 éclate,  l’artiste est hospitalisé. Sa mère et ses amis se battent pour le faire changer d’établissement. Ils obtiennent enfin son transfert vers un hôpital situé en zone libre mais l’artiste refuse. Il est victime de poussées délirantes et du syndrome de persécution. Il craint tout le monde, même sa mère.

A l’époque, le nouveau traitement à la mode sont les électrochocs et les bains d’eau froide. Si les séances lui permettent de ne plus partir dans ses bouffées délirantes, ils altèrent cependant sa faculté d’écrire car l’artiste a noirci des milliers de cahiers. L’artiste avait pris des drogues pour pouvoir vivre et écrire. Son unique raison de vivre. Sa mère en est désespérée.

Mais ce qui vaut le détour de cette fiction inspirée du réel, c’est l’amour démesuré, fou de la mère pour son fils. Une mère qui effraie par sa passion, son dévouement envers son fils. Elle ne supporte pas qu’il ait eu un jour des sentiments pour une autre femme. Au fil de la lecture, ses déclarations d’amour exclusif finissent par effrayer le lecteur. J’ai fini par être persuadée qu’elle souffrait elle-même d’une maladie mentale.

J’ai eu une pensée pour l’artiste qui a passé toutes ces dernières années enfermé. Aujourd’hui, il serait suivi et soigné de manière différente.

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume de Justine Lévy. J’aime son style. J’ai lu après avoir lu le roman une interview qu’elle a donné où elle raconte avoir traversé une période difficile, où l’inspiration était partie. Elle pensait avoir tout dit sur son passé, sur sa propre mère (décédée au même âge qu’Artaud, avec des séjours aussi en psychiatrie). Lorsque son éditrice lui a proposé ce projet, elle a accepté sans réaliser qu’elle repartait à nouveau dans les relations mère/enfant.

Mais elle prouve ici qu’elle peut écrire sur d’autres personnes et le résultat est là. Merci Justine.

 

♥♥♥♥

Editions Stock, 2021,192 pages

Et pourquoi pas

10 commentaires

Kathel 22 novembre 2021 - 13 h 24 min

Je n’ai jamais rien lu de Justine Lévy, qui écrivait plutôt de l’autofiction, si j’ai bien compris… et ça ne me tentait pas le moins du monde.
Là, je pourrai m’y intéresser, je crois.

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Electra 23 novembre 2021 - 18 h 50 min

oui de l’autofiction – ici c’est différent. Ca permet de découvrir son style

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unedevantsoi 22 novembre 2021 - 20 h 23 min

Ton billet me rappelle que j’avais beaucoup aimé La gaité. Comme toi, son style m’avait beaucoup plu. En revanche, je passe mon tour pour celui-ci.

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Electra 23 novembre 2021 - 18 h 50 min

OK ! Artaud ne te fait pas rêver ??? il faut que tu lises les autres alors!

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uneviedevantsoi 25 novembre 2021 - 17 h 20 min

Mais non, j’avoue que je ne connais rien d’Antonin Artaud! Sinon qu’il a un regard très mystérieux…

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Electra 27 novembre 2021 - 12 h 51 min

Je ne connaissais rien de lui non plus, seul le nom. Maintenant je connais un peu sa vie, surtout les dernières années, et quelle tristesse….

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Marie-Claude 23 novembre 2021 - 2 h 14 min

Tiens, tu retrouves ta Justine. Après ça, (et avec Julia et ), tu ne pourras pas dire que tu ne lis jamais de littérature française!
Euphrasie, quel nom! J’en lis bien d’autres, aussi fleuris, ces temps-ci. Tsé, du genre Eutrope, Esdras, Télésphore…
C’est limite épeurant, cette relation mère | fils. On dirait un complexe d’Oedipe renversé!
C’est intéressant de voir comment un(e) auteur(e), ici Justine, sort de l’autofiction. Si je comprends bien, c’était une sorte de commande?

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Electra 23 novembre 2021 - 18 h 56 min

Je n’ai jamais dit que que je ne lis jamais de littérature française, je répète que j’en lis très peu et là tu cites les 2 ! .. et au passage Justine n’a rien publié en 4 ans …. et quand j’essaie de lire les populaires j’aime pas .. LOL Justine vient sauver la mise en fait

Te voilà repartie chez toi donc, intéressant – tu lis beaucoup plus de romans francophones que moi, la preuve encore avec du pur laine !!! et les prénoms je confirme ne sont pas d’ici LOL car moi et les Québécois tu sais que ça fait deux .. bon là je me sens de plus en plus attirée par des pays européens autres … à voir ! je réfléchis à mon année 2022

Pour la relation ici entre Antonin et sa mère , oui étouffant, étrange .. vraiment dérangeant mais très fort ! Pour la commande, elle disait dans l’interview qu’elle n’avait plus de sujet à explorer et son éditrice lui a parlé d’Artaud après elle a fait des recherches. En tout cas, je me dis que la folie est héréditaire en lisant ce livre LOL

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Eva 29 novembre 2021 - 16 h 30 min

ça m’intéresse de lire Justine Lévy sur un autre sujet qu’elle-même et sa famille!

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Electra 30 novembre 2021 - 18 h 25 min

alors tu peux foncer ! la famille d’Artaud mérite aussi le détour

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