Le goûter du lion · OGAWA Ito

par Electra
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De retour avec notre défi littéraire et un roman choisi par le Caribou. J’avais en tête un autre roman mais finalement je ne l’ai pas trouvé à la bibliothèque. Je n’avais pas envie d’investir, du coup j’ai préféré emprunter. J’ai réservé ce roman d’OGAWA Ito que je ne connais que de nom. Le défi portait sur un roman se déroulant sur une île. Et par chance, un rendez-vous chez le médecin, deux heures d’attente et les 272 pages sont avalées !

Me voici donc embarquée pour l’île aux citrons au Japon, en compagnie d’UMINO Shizuku. Son prénom signifie goutte. La jeune femme de 33 ans est en phase terminale d’un cancer. Ne souhaitant pas finir sa vie à l’hôpital, elle a choisi d’aller  passer ses derniers jours dans la Maison du Lion sur cette île située dans la mer intérieure du Japon, offrant un climat doux à ses habitants.

À la Maison du Lion, nous savourons le délice suprême de la vie jusqu’à la dernière goutte

La jeune femme est inquiète car elle s’imagine aller dans un EHPAD or la Maison du Lion est tout son contraire. La propriétaire l’a construite afin d’accueillir ces personnes pour leurs derniers jours sur Terre de manière humaine et apaisante. Pas d’horaires, pas d’obligations. Très vite, elle fait la connaissance de Rokka, un petit chien dont la maîtresse est décédée ici. Ayant toujours rêvé d’avoir un chien enfant, Shizuku est comblée. Tant que son corps le lui permet, elle profite pour faire de longues promenades avec Rokka et fait ainsi la rencontre d’un jeune viticulteur. Les deux êtres solitaires se rapprochent.

Un des rituels mis en place à la maison, est le fameux goûter du dimanche. Chaque pensionnaire est invité à rédiger un court texte où il doit décrire un dessert lié à un souvenir d’enfance. Deux soeurs douées en cuisine réalisent alors ce dessert pour tous les pensionnaires, tandis que la responsable lit le texte. Parfois, la personne n’est plus là, ou dans le coma. Peu à peu, Shizuku sent que son corps lui échappe, elle perd des forces, elle a des difficultés à se lever, marcher.

Si elle était venue en croyant avoir accepté sereinement sa mort prochaine, ses déjeuners le long des vignes avec ce jeune viticulteur, lui rappellent qu’elle a en fait encore envie de vivre.  J’ai vraiment aimé la première partie du livre, malgré son sujet très triste. Comment accepter sa mort programmée quand on a 33 ans ? Et l’accueil qui lui ait fait dans cette maison.

Malheureusement, le roman prend une tournure ésotérique à la deuxième moitié du roman et devient un peu trop feel good à mon humble avis.

J’ai douté, est-ce un aspect fantastique ou l’autrice veut décrire les hallucinations ou les rêves de l’héroïne plongée dans le coma ? En attendant, même si je comprends parfaitement la démarche (sans vouloir tout raconter, la jeune femme voit des morts qui viennent lui parler) pour ma part, ce roman aurait pu s’en passer. Je préfère toujours la dure réalité, même si cela se traduit par des moments et des descriptions très difficiles sur l’évolution inéluctable de la maladie et les décès qui s’enchaînent.. L’héroïne a une histoire personnelle particulièrement intéressante et j’aurais aimé que l’autrice développe plus cet aspect-là. Etre élevée par son oncle est inhabituel. J’étais aussi triste de son choix personnel d’avoir rompu certains liens familiaux, mais qu’importe.

Pour l’aspect trop feel good, certaines phrases m’ont fait tiqué comme « Inspirez le malheur de toutes vos forces, transformez l’air que vous expirez en gratitude, et votre vie brillera bientôt ». Je déteste ce genre de mantra …

Mais j’avoue quand même que la dernière page a presque réussi à tirer une larme en moi, car le narrateur est le jeune viticulteur. J’ai été plus touchée par les deux derniers chapitres où l’on aborde ceux qui restent, après. Ce thème m’est plus cher et j’aurais aimé qu’il soit plus développé. Un roman qui fait forcément réfléchir sur la maladie et la mort mais les aspects ésotérique et onirique m’empêchent d’en faire une excellente lecture.

Je retiens cependant l’envie très forte de visiter cette île, car les descriptions de l’autrice font rêver. Je croise les doigts pour avoir une vraie lecture coup de coeur dans ce défi. Il reste encore pas mal de lectures, alors on y croit !

♥♥♥

Editions Picquier, ライオンのおやつ, trad. Déborah Pierret-Watanabe, 2019, 272 pages

 

Photo de Tsukada Kazuhiro sur Unsplash

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12 commentaires

Sunalee 23 juin 2024 - 20 h 04 min

Ce livre est sur ma PAL (on aurait pu faire un LC), je suis tentée par les descriptions de cette île, mais tu parles d’une partie plus ésotérique – je suis toute suite refroidie, là. J’imagine qu’un jour je le lirai quand même…

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Electra 24 juin 2024 - 23 h 27 min

ah pas vu dans ta PAL, l’ésotérisme n’est pas prédominant dans le roman, ça intervient dans le dernier tiers
sinon j’ai vraiment aimé l’endroit, les autres pensionnaires, j’aurais du insisté plus sur les côtés positifs ! mais comme je suis très réfractaire aux livres feel good avec leurs phrases types, cela m’a refroidi alors que le début du roman ne l’est absolument pas.

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Marie-Claude Rioux 24 juin 2024 - 3 h 27 min

À défaut de lire ce roman (comme toi, je préfère la dure réalité. Là, le côté feel good + ésotérisme: je fuis), tu me donnes furieusement envie de découvrir cette fameuse île! On part quand?!

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Electra 24 juin 2024 - 23 h 29 min

oh oui ! je veux y aller aussi ! au printemps prochain? j’ai souri en lisant ta réaction, toi et moi on a la même réaction face aux livres feel good ou l’ésotérisme 😉

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Kathel 24 juin 2024 - 8 h 36 min

J’ai bien aimé La papeterie Tsubaki, mais Le jardin arc-en-ciel m’est tombé des mains : trop de feel-good, ce n’est pas possible pour moi !

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Electra 24 juin 2024 - 23 h 30 min

j’avais emprunté la papeterie mais pas eu envie de la lire, et là tu dis que ses autres sont plein de feel-good, du coup je ne vais pas poursuivre ma découverte de l’auteure

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keisha 24 juin 2024 - 11 h 09 min

Hum, pas trop une auteure pour moi, j’ai même abandonné la fameuse papeterie…

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Electra 24 juin 2024 - 23 h 30 min

tu es une des rares ! tu avais fait un billet à l’époque ? car souvent les gens ont un avis très positif sur ce roman !

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je lis je blogue 24 juin 2024 - 17 h 51 min

Grâce à ton billet, je crois que je vais éviter une grosse déception !

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Electra 24 juin 2024 - 23 h 31 min

connaissant un peu tes goûts, je crois que tu aurais aimé la première partie comme moi mais tu aurais été ensuite déroutée par l’orientation donnée à ce roman

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Fanja 25 juin 2024 - 0 h 38 min

J’avoue que, bien que lisant bien volontiers la littérature japonaise, ce roman-ci ne m’a jamais attirée. J’avais pressenti le côté feel good, bons sentiments, je pense, et puis j’avoue, le résumé présentant d’emblée une femme en phase terminale d’un cancer m’en avait éloignée aussi. Il y a des thèmes comme ça…

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Electra 25 juin 2024 - 19 h 13 min

oui je comprends, on a chacun nos thèmes – mais j’ai été suprise car la première partie n’est pas feel good du tout, ça vient d’un coup
mais je sais que les gens aiment ça aussi, je ne fais pas partie de ce lectorat

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