Sarajevo Blues · Semezdin Mehmedinović

par Electra
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Les années ont passé mais je savais que j’allais replonger dans la grande Histoire en lisant ce livre, écrit par l’un des plus grands poètes bosniens, Semezdin Mehmedinović, pendant les heures sombres du siège de Sarajevo, où il vivait alors avec son épouse et son jeune fils. Ecrit sous les bombes, il livre ici des poèmes, des vignettes et à la fin du livre donne une interview au traducteur depuis sa nouvelle maison à Washington D.C. L’auteur a émigré en 1996 aux Etats-Unis avant de revenir s’installer à Sarajevo il y a deux ans.

Il est toujours compliqué d’écrire sur un récit inspiré de faits réels. Je veux simplement dire que l’auteur a su parfaitement sous plusieurs formats rendre compte de l’atrocité de la guerre, de son absurdité et de tous les mécanismes que l’être humain met en place pour ne pas se laisser gagner par le désespoir ou la folie. Ses anecdotes illustrent parfaitement ses propos. J’avais choisi comme image en une celle d’une femme qui court avec son enfant pour échapper aux tirs des sniper, puis j’ai vu cette autre image où cette femme marche fièrement dans les rues de Sarajevo, apprêtée et j’y ai vu un message très fort de ses habitants.

Pour ma part, ma lecture a été marquée, entre autres, par une comparaison de l’auteur à la scène finale de Blade Runner lorsque l’androïde meurt sur le toit. Je venais tout juste de poster cet extrait sur un réseau social en disant qu’il s’agit de ma scène finale préférée de tous les temps .. Evidemment j’ai dorénavant une autre interprétation de cette scène.

Je préfère donc, plutôt que de tenter une critique maladroite,  vous livrer ici plusieurs extraits et j’espère vous donner envie de lire ce livre, car il vaut vraiment le détour.

Le livre est disponible en français sous le même titre aux éditions Le bruit du Monde.

 

WHITE DEATH
When snow falls on Sarajevo, when pines crackle with frost, the bones underground will be warmer than us. People will freeze to death : a winter without fire is coming, a summer without sun hast pas. (..) What’s today ? When is Saturday ? The daily rituals are dead, just like the yearly ones. Who, in December, will print a calendar for 1993 ?
WHAT WILL YOU REMEMBER?
This is a feeling of absolute sorrow, along with the consciousness of ultimate loss. It’s the same feeling I recognized in the final scene of Blade Runner (…) The android remembers experiences lived through, and because of this, gives his life to the hunter, his sworn enemy but the only one who can preserve any memory of him.
SHELTER
I’m running across an intersection to avoid the bullet of a sniper from the hill…(..) In Sarajevo, death is a job for all of them. Life has been narrowed down completely, reduced to gestures. It’s almost touching to see the comic motion of a man covering his head with a newspaper as he runs across this same street, scared of a sniper’s bullet.

 

CORPSE
We slowed down at the bridge
to watch some dogs tear a
corpse apart by the river
and then we went on
nothing in me has changed
I heard the crunch of snow under tires
like teeth biting into an apple
and felt the wild desire to laugh
at you
because you call this place hell
and you flee from here convinced
that death outside Sarajevo does not exist

 

Editions City Light Publishers, trad. Alcalay Ammiel, 1991, 122 pages

Et pourquoi pas

8 commentaires

keisha 8 juillet 2024 - 7 h 26 min

La photo est extraordinaire, tu as bien choisi!

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Electra 8 juillet 2024 - 11 h 55 min

Merci – oui, j’ai trouvé cette photo très forte

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Sunalee 8 juillet 2024 - 12 h 54 min

J’aime aussi beaucoup ta photo, et toutes celles que tu choisis pour tes billets.
Ce livre, je ne pense pas que je le lirai, je n’arrive pas à m’intéresser au sujet de la guerre en ex-Yougoslavie, mais on ne sait jamais.

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Electra 8 juillet 2024 - 15 h 51 min

Oui, je pense que cela nous touche personnellement ou pas. Moi, je vis avec depuis si longtemps ! Merci pour ton mot sur les photos, celle-ci me parle beaucoup, une forme de résistance à la guerre.

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Sunalee 8 juillet 2024 - 21 h 29 min

Je suis très sensible à la beauté des photos, j’aimerais d’ailleurs pouvoir avoir un meilleur niveau, mais j’ai un peu abandonné 😉

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Electra 8 juillet 2024 - 23 h 06 min

ah ! j’utilise pour ma part les appareils modernes, même si je possède quelques beaux appareils anciens. J’aime surtout les portraits. Il faut que j’aille voir ton blog de voyage, je suis très en retard !

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Fanja 8 juillet 2024 - 22 h 46 min

Malheureusement je suis complètement hermétique à la poésie, je n’arrive jamais à dépasser deux lignes d’un poème, en revanche, je pourrais feuilleter ce livre pour les photos qui ont l’air remarquables et si parlantes.

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Electra 8 juillet 2024 - 23 h 07 min

Il y a quelques poèmes, mais pas mal de vignettes qui sont des mini essais, textes si tu préfères. Je suis assez difficile en termes de poésie, mais ici elles sont très « parlantes ».

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