Madonna in a fur coat · Sabahattin Ali

par Electra
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J’ai souvent croisé ce roman sur les réseaux sociaux anglophones. Le trouvant un jour en librairie, j’ai décidé de sauter le pas. Une romance ? Pas mon truc. Mais le lieu, l’époque .. Pendant les années 30, un jeune homme Turc part faire ses études à Berlin et là il croise une jeune femme.. C’est le coup de foudre. L’auteur, Sabahattinn Ali est né dans l’Empire Ottoman (aujourd’hui sa ville se trouve en Bulgarie) a publié ce roman en 1943. Il aurait confié à un ami que lors de ses études à Berlin, il est tombé raide amoureux d’une jeune femme Allemande nommée Puder. Est-ce vrai ? J’ai donc fini par sauter le pas et si j’étais dubitative, me voilà conquise, comme tant de lecteurs et lectrices.

Of all the people I have chanced upon in life, there is no one who has left a greater impression. Months have passed but still Raif Efendi haunts my thoughts.

Le narrateur raconte comment suite à la perte de son emploi à Ankara, il reçoit le soutien de son ami Hamdi. Ce dernier le fait engager dans son entreprise. Il lui confie un poste de comptable et l’installe dans le bureau de Raif Efendi, leur traducteur en langue allemande. Hamdi le décrit comme un homme simple, calme et sans histoires. L’homme aux cheveux grisonnant aux lunettes d’écailles de tortue accueille poliment le narrateur. Mais ce sont ses dernières paroles. L’homme reprend son travail et disparaît dans ses lectures. Les jours passent et il apprend que Raif travaille depuis des années dans l’entreprise et qu’il n’a jamais eu d’augmentation. Personne n’est proche de lui. Parfois ses patrons viennent le trouver pour lui reprocher son retard mais Raif reste calme, posé. Un jour, après une énième soufflante, Raif quitte son bureau et le narrateur en profite pour aller voir ce que Raif gribouillait pendant que son chef lui passait un savon et il découvre un portrait magnifique du chef en colère. C’est une révélation et sa vision plutôt négative de son collègue change immédiatement.

At the same time, and in one flash, this drawing explained Raif Efendi to me. For now I could well understand his unwavering serenity and his reluctance to form relationships. For how could a man so intimately acquainted with his surroundings, and so clear and sharp in his observations of others, ever know anger or excitement ?

Raif est par ailleurs souvent absente, pour maladie. Un jour, trop inquiet, le narrateur se rend chez lui. Il rencontre sa femme et sa fille aînée, Necla, une adolescente très inquiète pour la santé de son père. Peu à peu se noue une relation amicale entre les deux hommes et le narrateur se rend souvent à son chevet, et lui apporte parfois du travail.

Malheureusement la santé du traducteur continue de défaillir. Un soir, alors qu’il est à son chevet, Raif demande à son ami un service. Il lui tend alors un carnet de notes en cuir noir et lui demande de le brûler. Le narrateur regarde rapidement la première page et voit une date : le 20 juin 1933. Intrigué, le narrateur accepte de s’en occuper mais demande à Raif s’il peut le lire avant de le brûler, celui-ci refuse mais finalement accepte à la condition qu’il le brûle le lendemain. Le carnet raconte alors une période de la vie de Raif quand il est jeune.

Raif raconte alors son enfance dorée, dans une famille aisée et son départ pour suivre des études à Berlin et puis un jour où il croise la route d’une jeune femme.  Le jeune homme toujours passionné par les arts (il rêve d’être peintre) se rend à une exposition dans une galerie lorsqu’il découvre une toile signée Maria Puder. Un autoportrait. Subjugué par ce visage, il tombe des nues lorsqu’il croise la jeune femme, emmitouflée dans un manteau de fourrure. Il décide de la suivre….

Je vais m’arrêter là, mais comme le narrateur j’ai dévoré ce carnet de notes. Sa rencontre avec cette femme, leur soif de liberté … Mais nous sommes dans les années 30 … le monde change …J’ai aimé son regard sur sa propre vie et j’aurais tant aimé tenir ce carnet entre mes mains !

Une lecture courte mais magnifique, j’ai adoré et si je ne peux écrire la dernière phrase du roman, j’avoue que j’aurais sans doute fait pareil que le narrateur ! Une très belle histoire. Un roman que je vais garder dans ma bibliothèque car je suis presque certaine de le relire.

♥♥♥♥

Editions Penguin Classics, Kürk Mantolu Madonna, trad. M.Freely et A. Dawe, 2020, 176 pages

Photo de Osman Köycü sur Unsplash

Et pourquoi pas

1 commentaire

Sacha 13 mars 2026 - 15 h 48 min

Je vois que ce roman, et quelques autres du même auteur, sont disponibles en français 🎉. Merci pour cette découverte !

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