Wild Dark Shore · Charlotte McConaghy

par Electra
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Ce roman a fait le tour des toute la blogosphère anglophone. Une de mes vlogueuses (et liseuses) préférées a déclaré qu’il s’agissait de son roman préféré, une autre aussi (pour l’année 2025). Quand j’ai vu qu’il était en vente à ma librairie, j’ai donc décidé de sauter le pas. Il est de plus en liste pour le Women’s Prize for fiction 2026.

Le lieu : l’Antarctique et son île de Shearwater, qui accueille la plus grande colonie de phoques et des dizaines d’espèces endémiques (les manchots Empereurs…). Sur cette île, des scientifiques ont installé une base et ses premiers habitants y avaient construit un phare. Les derniers habitants sont un père, Dominic Salt et ses trois enfants, Raff, Fen et Orly. Ils veillent sur un trésor. Les scientifiques ont en effet décidé de stocker des milliers de spécimen de plantes venant du monde entier. Une réserve unique en son genre. Les derniers scientifiques ont quitté l’île il y a peu de temps et la famille Salt attend la venue d’un navire dans un mois. Ils ne peuvent plus rester sur l’île car le niveau de l’eau monte et lors de la dernière tempête, l’eau s’est infiltrée absolument partout. L’île est vouée à disparaître sous les eaux.

C’est d’ailleurs pendant une nuit de tempête que Fen, tout juste âgée de 18 ans, a trouvé une jeune femme, presque noyée. Soignée par la famille, elle dit s’appeler Rowan. Le bateau qui l’a amené s’est échoué et brisé, et son capitaine est décédé. Rowan garde le mystère. Le bateau n’avait absolument aucune raison de se trouver dans cette zone et Dominic soupçonne rapidement la jeune femme de leur cacher la vérité. Cette dernière leur ment. Mais elle les soupçonne également. Et lorsqu’elle découvre l’état de la base scientifique et découvre que le matériel radio a été détruit, rendant toute communication avec le monde extérieur impossible, elle sait que cette famille cache aussi un lourd secret…

Si vous aimez comme moi les romans d’atmosphère, alors vous allez aimer ce dernier. Car l’autrice australienne, Charlotte McConaghy décrit avec un talent incroyable la vie sur cette île désolée, fouettée par le vent, dans un hiver éternel, où seuls les cris des phoques et des stern viennent apporter un peu de vie. Fen ne vit pas dans le phare, elle préfère dormir dans un cabanon installé au milieu de la colonie des phoques et des lions de mer. Elle les connaît tous, suit les naissances et adore nager avec eux. Elle entretient un rapport distant avec son père. Son frère Raff, aussi blond qu’elle (avec la même peau translucide), semble vivre dans une perpétuelle mélancholie et Orly, le dernier est un enfant (9 ans) qui s’adonne à sa passion : la botanique. Il a adoré aider les chercheurs et connaît plein d’histoires. Il dort avec Rowan et lui avoue très vite communiquer avec « les morts ». Leur père Dominic ne va pas mieux. Il parle tous les jours à sa femme, pourtant décédée depuis la naissance d’Orly … et surtout, il se refuse à quitter l’île… Rowan a une mission, mais son corps, très abimé lors du naufrage refuse de lui obéir et surtout il lui est difficile d’obtenir la moindre information auprès de cette famille décomposée …

To live for your children seems a normal thing, a respectable one; to live because of your children is something else

La magie opère : j’ai été immédiatement transportée sur cette île, peu accueillante mais qui finit par vous envouter et vous fasciner. Les milliers d’animaux, d’oiseaux… Et ces histoires de morts. Mais il faut être patient, il aura fallu, pour ma part, attendre la page 144 pour que l’histoire « décolle » enfin. Le roman se lit pourtant assez vite, car chaque chapitre a un narrateur différent, toute la famille Salt et Rowan. Et si ce choix narratif apporte de la vitalité, il m’a semblé cependant un peu redondant. Je commençais à me demander si les secrets allaient enfin être révélés. Oui, ils le sont. Mais pas tous… on reste ainsi sur sa faim…. et le comportant des personnages est parfois totalement irréaliste.

J’ai beaucoup aimé l’écriture, les lieux, un peu moins ce rythme lent et la sensation permanente d’être trop éloignée des personnages. Car voilà, ils sont donc tous tourmentés par leurs malheurs et semblent incapable de s’en sortir. En fait, si les lieux ont une âme, les personages semblent n’exister qu’à travers leur trauma. Ils ne semblent pas avoir d’autres facettes. Je suis allée finalement lire les commentaires d’autres lecteurs, également déçus et le ressenti est à peu près le même : ils ont tous aimé l’atmosphère et mais ne se sont attachés à aucun personnage. Cela me rassure donc. De plus, je n’ai pas non plus compris comment les deux personnages principaux pouvaient soudainement ressentir de l’attirance alors qu’ils sont perpétuellement dans un état de méfiance et de terreur.

But the dandelion—this single flower that has given nourishment to countless other living creatures—is considered a weed.

Mais l’histoire est là et la fin est toute aussi travaillée que les autres chapitres. Elle ne plaira pas à tous. Pas à moi, mais c’est le choix de l’autrice et je le respecte. Il reste que si, ce livre n’a pas été un coup de coeur pour moi, contrairement à des milliers de lecteurs, il m’a néanmoins marqué fortement par son atmosphère. D’ailleurs il est salué par l’une des reines des romans d’atmosphère, Emily Saint John Mandel.

Je le conseille donc au maximum de gens, si vous aimez ce genre d’ambiance. Attention, il vaut mieux être dans une bonne période, car c’est une lecture assez déprimante.

Le roman a été publié en janvier chez Actes Sud sous le titre Les fantômes de Shearwater. L’avez-vous lu ? Hâte de connaître votre avis, car il divise beaucoup.

♥♥♥

Editions Canongate, 2025, 320 pages

Photo de Robert Haverlysur Unsplash

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