Une drôle de peine · Justine Levy

par Electra
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J’ai lu le premier roman de Justine Lévy à sa sortie il y a bien 20 ans ? Rien de grave, puis Mauvaise fille et récemment La Gaieté.  Et à chaque fois, elle m’emporte avec elle. Aujourd’hui, elle raconte, comment ses enfants ont grandi, son couple a tenu .. mais voilà sa mère est toujours là. Des années après sa mort, Justine la recherche encore dès qu’elle disparaît. Elle réapparaît alors et Justine bascule à nouveau.

Une mère si particulière, qui lui a inspiré tous ses livres, sauf son dernier Son fils. Mais avant tout, elle veut retrouver sa mère, décédée depuis presque vingt ans. Elle retourne dans les lieux qu’elle fréquentait habituellement, les bars surtout mais hélas personne ne s’en souvient. Et lorsqu’elle ose recontacter son ex, cette dernière commence à la harceler. Une autre naufragée de la vie. Sa mère les adorait. Elle donnait son argent, enfin celui de son ex-mari (BHL) à tout va. Tous les paumés du coin en ont largement profité. Justine et son père l’ignoraient jusqu’au jour de l’enterrement où tous sont venus lui rendre hommage et la remercier pour tout l’argent qu’elle leur a donné. Celui de BHL. En découvrant la vérité, tous les deux ont bien ri. Sans l’aide de son père, sa mère se serait rapidement retrouvée à la rue.

Est-ce que tu me vois, maman ? J’ai deux crédits à la banque, deux enfants que j’étouffe, quatre chats dont deux débiles et une estropiée, des rides en pattes d’araignée autour des yeux et des oignons aux pieds, le même amoureux qui me supporte et tient bon depuis vingt ans, quelle dinguerie, je ne suis ni parfaitement féministe, ni tout à fait écologiste, ni vraiment révoltée, pas encore alcoolique, plus du tout droguée, j’ai un abonnement à la gym, une carte de métro et une autre du Carrefour Market, je ne me fais pas les ongles, je ne me coiffe ni ne me teins les cheveux, je mets du rouge à lèvres une fois par an et surtout sur les dents, je suis toujours aussi raisonnable, aussi peu fantaisiste : je mets beaucoup d’énergie à essayer de ne pas te ressembler, maman. Je n’ai pas pu être une enfant et je ne sais pas être une adulte. »

Pourtant cette mère a fait souffrir terriblement Justine, comme lorsqu’elle et sa compagne l’ont oubliée un jour dans une gare .. comment peut-on oublier une enfant de 3 ans ? La drogue, l’alcool .. La fuite en avant. Alors Justine veut comprendre pourquoi sa mère était ainsi. Elle se révoltait, disait-elle, contre la société, les normes.. Alors, Justine a creusé, enfin tenter de creuser. Et on découvre l’enfance d’Isabelle (qui à l’âge adulte se coupera les ailes et se fera appeler Isabel). Cette femme très belle devenue mannequin a grandi dans une famille catholique très stricte. Jumelle, elle n’aura jamais de lien avec son jumeau Christophe, ni ses autres frères. Très vite, la petite Isabelle dérange. Elle est envoyée dès l’âge de 7 ans en pension et n’aura de cesse de s’enfuir. Elle n’aura de cesse toute sa vie de fuir son emprise liberticide. On comprend mieux ce qui la poussera à monter à Paris et son physique fera d’elle un mannequin célèbre.

Quand Justine veut enfin rencontrer le seul lien familial existant en France, elle part à la recherche de ce frère jumeau et le retrouve dans un hôpital psychiatrique. Je vous laisse lire la suite.

Justine a 50 ans, j’ai compris immédiatement : elle l’âge qu’avait sa mère quand elle est décédée. Elle ne fait pas immédiatement le lien. Cela m’a immédiatement parlé, car j’ai vécu cela, il y a plus longtemps. La même histoire – l’étrangeté de devenir plus âgé que son propre parent… Tous ceux qui l’ont vécu y pensent.

J’ai toujours une photo d’elle avec moi. Elle est jeune pour toujours. Mélancolique pour toujours. Figée dans un instant mort pour toujours.

Alors Justine part en Inde à la recherche de sa mère. BHL et elle sont tombés amoureux en Inde et apparemment ont conçu Justine en Inde. Justine se laisse emporter par ses émotions. Son écriture devient erratique et fiévreuse. Ses mots me parlent à chaque fois.  Comme Joan Didion dans ses écrits et en particulier Notes to John, elles abordent des sujets ou thèmes qui me sont chers. Elles me parlent. Justine depuis vingt ans. Ces deux auteures ont vécu des drames qui leur permettent aujourd’hui de créer un lien invisible avec leurs lecteurs et lectrices.

Chacun de ses livres m’a emporté. Elle s’adresse à sa mère mais c’est comme si elle m’incluait dans ses conversations. Joan a le même don. La puissance de ses mots et les dernières pages m’ont bouleversé. Merci. Je sais que ses livres ne parlent pas à tout le monde. Qu’importe, elle a ses fidèles.

Alors je nous laisse nous dévisager, elle en noir et blanc, beauté fatale et blême, et moi qui vieillis un peu tous les jours, horloge de la vie, lentement sous son regard.

♥♥♥♥♥

Editions Stock, 2025, 191 pages

Photo de Onur Bahçıvancılar sur Unsplash

Et pourquoi pas

1 commentaire

Fanja 28 janvier 2026 - 0 h 24 min

Je crois que c’est trop intime et personnel pour que j’y trouve mon compte, mais je comprends qu’il ait résonné en toi, ce qui est finalement l’essentiel.

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