Detroit · Charlie LeDuff

par Electra
32 vues

En ce moment, j’aime lire de la non fiction, et surtout le journalisme d’investigation. J’ai trouvé ce livre usagé sur la ville de Détroit un peu par hasard (il y a à l’intérieur de très belles photos en noir et blanc). Charlie LeDuff est originaire de Détroit. Sans diplôme, il réussit à se faire embaucher par un journal, et de fil en aiguille, il obtient un job au NY Times. Il gagne  même le Prix Pulitzer. Puis la crise de 2008 frappe l’Amérique et surtout sa ville natale, Detroit.

What happened ? How did Detroit – the most iconic of American cities – become a cadaver ?

Le journaliste a comme une révélation : avec sa femme (également originaire de Detroit), et leur fille, ils décident de quitter NY pour le Michigan et Charlie accepte un job au journal local à Detroit. Il retrouve une ville qui croule sous les dettes, la corruption, les faillites et les maisons qui brûlent jour et nuit.. Car seul l’argent des assurances rentre encore dans les poches des habitants. L’emploi a disparu, et des milliers d’habitants ont quitté la ville. Le journaliste raconte dans ce livre son enfance, l’histoire de cette ville, de son expansion et de sa faillite. C’est passionnant de bout en bout. J’ai noté tant de passages. Impressionnant ! Il reprend son stylo et dénonce la corruption qui règne. L’argent fédéral injecté est vite réorienté dans les poches des élus, les arrestations et condamnations s’enchainent…

I looked out the window realizing that Detroit was doing something to me that a story’s never done to me before. It was hurting. (…) Before, when I was in the rough places of desperation, I had a plane ticket out. Now I was living in it, a captive, a native son.

Detroit vient du mot français détroit et a été créée par un Français, nommé.. vous l’aurez deviné : Cadillac. Car Detroit ce sont les voitures. Ford, GM Motors .. toute l’industrie automobile s’est installée dans cette ville ouvrière du Michigan. Elle a généré la plus grande migration nationale du Sud vers le Nord. Des milliers d’hommes et de femmes noirs ont quitté le Sud ségrégationniste pour cette ville. La ville, majoritairement blanche dans les années 30, est devenue majoritairement noire (à 80%).  Mais comme le dicton le dit « The car made Detroit and the car unmade Detroit ».

C’est aussi la seule ville ayant vu l’armée (oui l’armée) venir remettre l’ordre dans la ville à trois reprises. La dernière fois en 1967 après des émeutes raciales. Mais quand la crise économique est venue frapper à la porte, Detroit n’a opposé aucune résistance. L’entreprise automobile n’avait pas les reins solides face aux voitures asiatiques. Et les subprimes ont fait plonger des milliers de familles dans la crise. Sans ressources, obligés soudainement de rembourser des emprunts dont les intérêts ont été multipliés par 10 ou 20, expulsés de leur maison – leurs voitures saisies, ils ont sombré dans la drogue, l’alcool et les plus vigoureux ont quitté la ville. Detroit a perdu plus de 300 000 habitants en moins de trente ans.

Charlie raconte son histoire personnelle, sa propre soeur assassinée, ses frères endettés… Des quartiers entiers ravagés. Des milliers de maisons à l’abandon. Le journaliste n’a peur de rien. Il enquête. Il dénonce les conditions horribles de travail des pompiers, tout l’argent qui leur été destiné a été volé. Leurs équipements sont vieux, comme leurs camions. Ils risquent leur vie pour des misères de salaire. Et lorsqu’un de ses amis pompier perd la vie en allant encore stopper l’incendie d’une maison vide, LeDuff décide de dénoncer leurs conditions de travail dans la presse.  Très vite il est accusé à son tour ..La police et les juges sont corrompus. Mais pourtant, il reste des gens biens. Et Charlie veut le rendre hommage.

Walt was put in the ground, as as quick as that, the hero went forgotten by the city.

Le livre est passionnant de bout en bout et on pense évidemment à Eminem, l’enfant de la ville (avec Henri Ford et Aretha Franklin ou Malcom X) et la fameuse 8 Mile. Et il fait une magnifique déclaration d’amour. J’ai tout aimé dans ce récit et j’ai évidemment envie de lire ses autres écrits. Cette autopsie de la ville symbole américaine des années 60 est minutieuse et son résultat est vraiment dérangeant. Mais je pense toujours à ceux qui sont restés. Eminem y vit encore. Comme Prince n’avait jamais quitté Minneapolis. Le journaliste n’y va pas par quatre chemins, et son style, très rock, pourrait déranger parfois certains lecteurs mais son portrait est si réaliste. Il explique ainsi comment ce grand pays ne s’est jamais remis de cette crise. Un excellent moment de lecture.

♥♥♥♥♥

Editions Penguin Press, 2014, 336 pages

Photo de Doug Zuba sur Unsplash

Et pourquoi pas

6 commentaires

Sunalee 4 mai 2026 - 9 h 08 min

C’est tentant ! Le livre sur les transports en commun aux USA que j’ai lu récemment aborde certaines de ces thématiques, en très résumé.

Reply
Electra 4 mai 2026 - 10 h 16 min

oui je pense qu’il te plairait, j’aime son style et j’ai appris beaucoup sur cette ville

Reply
keisha 4 mai 2026 - 9 h 19 min

Pas trop désespérante, cette lecture? J’ignore si c’est déjà traduit, j’espère qu’un jour, oui.

Reply
Electra 4 mai 2026 - 10 h 17 min

oui, j’ai relu mon billet et il donne cette impression mais non heureusement il y a des gens biens et je sais que Eminem a aussi donné énormément mais ce qui m’inquiète c’est la corruption – on n’y pense généralement pas pourtant elle est bien réelle

Reply
Sacha 4 mai 2026 - 9 h 39 min

Je lis peu de non fiction mais là, c’est exactement le genre de sujet qui me passionne !

Reply
Electra 4 mai 2026 - 10 h 17 min

ah top alors ! je pense que ça va te plaire donc ! un très bon souvenir de lectures !

Reply

Leave a Comment