Je suis partie en octobre dernier passer mes vacances en Croatie. J’avais mis de côté ce roman pour le lire sur place. L’histoire se déroule en effet en partie à Split (également à Zagreb et Zadar). Et c’est vrai, que pouvoir lire ce roman à Split, assise face à la mer, bercée par la musique des flots m’a encore plus rapprochée des personnages. J’adore la Croatie, ce pays me fascine (comme la langue que j’apprends), et comme sa voisine, la Bosnie-Herzégovine. Aussi, pouvoir lire un roman contemporain qui embrasse cette période historique, après-guerre, est vraiment intéressant, en plus de l’intrigue.
Ivona et Vlaho se rencontrent un soir, à Zagreb. Tous deux ont quitté leur famille pour étudier dans la capitale croate. La guerre a fini il y a peu. Un nouveau millénaire commence, rempli de promesses. C’est l’amour fou. Malgré leur jeune âge et la réticence de leurs familles, tous deux choisissent de sa marier. Mais de retour à Zadar, les temps sont durs. La guerre a laissé derrière elle un pays exsangue et la reprise économique est retardée par la corruption qui gangrène toutes les professions. Si Vlaho trouve du travail, Ivona, la narratrice, est au chômage. Les années passent et la jeune femme déprime. Vlaho travaille à la banque et accepte de rentrer le midi déjeuner avec sa jeune épouse qui tourne en rond. Après dix ans d’union, Ivona demande le divorce. Vlaho ne comprend pas.
Turn the heat up and let the water boil. Let the whole thing blow up if it must, even if it takes me out with it.
Les années ont passé, Vlaho est remarié et père de deux enfants. Ivona est la marraine du deuxième. Le couple et l’ex-femme sont devenus amis. Une situation étrange mais qui semble avoir été acceptée par tous, sauf par la mère de Vlaho.
Mais Ivona pense surtout à sa propre vie : elle est retournée vivre chez son père. Sa mère est décédée subitement et le vieil homme, atteint d’un cancer, ne peut plus vivre seul. Il avait investi toutes ses économies dans une propriété, afin de la transformer en hôtel. La propriété comprend un verger d’oliviers. L’olive, c’est une des richesses de la Croatie – l’huile d’olive extra vierge. Ivona a passé son enfance à jouer dans ce verger. Mais le projet a été abandonné et la banque menace de les exproprier mais son père refuse de vendre, et son frère, refuse aussi. Ivona fait alors une rencontre décisive : un homme d’affaires anglais lui propose de racheter l’ensemble pour un prix qui lui permet d’effacer leurs dettes. Mais cet homme lui offre aussi un autre avenir….
If people want to love you, they do, no matter how flawed you are.
Que dire ? Le nom d’Emilie Saint John Mandel me vient à l’esprit : un roman atmosphérique. J’ai pu parfaitement visualiser les lieux et les vergers, en ayant moi-même visité plusieurs pendant mon séjour. La lumière du coucher de soleil, l’air de la mer, l’air iodé qui donne un goût partiel à leurs olives – l’écriture de Lidija Hilje est magnifique. Fluide. Nous sommes avec Ivona. On dirait son journal intime. Peu à peu, la femme semble soudainement ouvrir les yeux sur sa vie et son passé.
J’ai dévoré le roman, que j’ai lu en 3 sessions. Assise à la terrasse d’un café dans le palais Dioclétien, j’ai eu la surprise de voir une touriste anglaise s’arrêter et venir me dire qu’elle avait adoré ce roman et que j’avais eu raison d’attendre d’être à Split pour le lire !
J’ai beaucoup aimé cette prise de conscience, l’étau qui longtemps s’est refermé sur Ivona, et son choix, de s’en libérer soudainement. Mais aussi l’amour, les regrets, les non-dits et en filigrane la renaissance d’un pays. C’est magnifique. Un roman olfactif, visuel, tous mes sens ont été réveillés par cette lecture. Même si dans ma tête, j’avais peut-être imaginé une autre fin, celle-ci est parfaitement logique et bien amenée.
But every time we talked, she’d say : Opportunities pick strawberries – an old croatian adage.
Une très belle découverte. Un beau moment de lecture. Le livre a été traduit en néerlandais. Je n’ai pas encore trouvé de traduction française.
♥♥♥♥♥
Éditions Daunt Originals, 2025, 376 pages
Photo de Eryk Piotr Munksur Unsplash

1 commentaire
J’ai aimé plusieurs romans croates et j’adore cette langue moi aussi (même si je ne la parle pas du tout). J’espère que celui-ci sera bientôt traduit en français !