Quand j’ai lu Kitchen pour la première fois, je l’ai lu en français. Je n’avais encore jamais lu de roman japonais et je n’avais pas du tout accroché à cette novella. Par contre, j’avais aimé la nouvelle qui suit, Moonlight Shadow. A l »époque, j’avais pensé que la littérature japonaise n’était pas faite pour moi. Je n’en ai pas relu pendant des années. J’avais publié une critique sur mon ancien blog, et je crois qu’elle est toujours disponible.
Quand Sunalee a proposé une lecture commune, je me suis dit pourquoi pas ? Car j’ai relu Banana Yoshimoto l’an dernier, avec son recueil de nouvelles Dead-end Memories et j’ai beaucoup aimé.
Et je l’avoue ma lecture a été cette fois-ci très différente. Je dois préciser que, comme ses nouvelles, j’ai préféré lire la version anglaise à la version française. Je lis les auteur.es asiatiques en anglais et je trouve qu’on retrouve la fluidité qui me manque parfois dans la version française. Je ne sais pas si cela a joué sur mon expérience en tant que lectrice mais je m’y retrouve mieux.

Kitchen raconte l’histoire d’une jeune femme qui a perdu ses parents alors qu’elle était enfant. Elle est allée vivre avec ses grands-parents mais son grand-père est décédé rapidement. Lorsque l’histoire commence, elle vient de perdre son dernier parent, sa grand-mère. Jeune femme, elle avoue que se retrouver seule est compliquée. Élevée par des gens d’une autre génération, elle a grandi de manière isolée et a très peu d’amis. Mais étrangement, un jeune homme, qui connaissait et appréciait sa grand-mère se présente à elle. Lui et sa mère se connaissaient et appréciaient son aïeule, ils lui proposent de venir vivre chez eux.
La jeune femme, un peu déboussolée et ayant peur de la solitude accepte. Un pari un peu fou d’aller vivre chez des « inconnus » et de plus qu’une jeune femme et un jeune homme vivent sous le même toit peut faire jaser dans cette société conservatrice. Mais l’héroïne s’y sent très bien. Ils sont chaleureux, protecteurs et adorent cuisiner. Un jour, le jeune homme lui confie que sa mère, est en fait, son père mais qu’il a choisi d’être femme il y a des années et il travaille comme hôtesse dans un bar de nuit. Le trio finit par prendre forme et la jeune femme peut faire son deuil dans de bonnes conditions, en attendant de trouver un nouveau chez soi.
Je ne vous raconte pas la suite, qui comporte un nouveau drame mais qui aborde surtout de manière très touchante et intelligente le deuil, la solitude d’une partie de la jeunesse, les relations parents-enfants et le regard d’une société conservatrice envers ceux qui dérogent à la sacro-sainte norme. Des sujet qui me parlent et que je lis souvent depuis. Donc mon expérience fut totalement différente, je me suis attachée aux personnages, j’ai adoré ce trio, bousculé par la vie mais qui choisit de vivre et d’assumer leur identité dans une société qui rejette la singularité.
J’ai ensuite relu la nouvelle Moonlight Shadow, qui part ici dans la fantastique mais finalement je crois que pour cette seconde lecture, j’ai préféré Kitchen. Je remercie donc Sunalee d’avoir initié cette lecture commune.
Je vais donc continuer ma découverte de l’œuvre de Banana Yoshimoto avec grand plaisir !

4 commentaires
Nos avis se rejoignent en effet, notamment sur la fluidité de la langue anglaise dans la traduction.
J’ai encore une série de ses livres à la maison, en français et en anglais, donc oui, je vais sans doute en relire d’autres;
Oui, je trouve ça drôle de voir comment ma première lecture diffère de celle-ci. Mais à l’époque, je lisais essentiellement des romans américains – l’univers japonais m’était totalement inconnu
je veux commander encore un roman en anglais pour le lire plus tard
Je l’avais lu en français pour ma part et j’en garde un plutôt bon souvenir. Je me souviens en particulier avoir été épatée par la maturité de l’autrice et la profondeur de ses réflexions autour de la thématique du deuil alors qu’elle n’avait que 23 ans quand elle a écrit cette nouvelle.
Tant mieux ! Je ne lisais aucun roman asiatique à l’époque, principalement des thriller et des romans américains. Maintenant, je le relis et j’ai une interprétation totalement différente. Elle est très douée en effet !