Frère d’âme David Diop

par Electra

David Diop a remporté le Booker’s Prize 2021 avec ce roman. J’en avais entendu parler et lorsque j’ai vu qu’il était disponible à la BM, je l’ai emprunté. Alors, mérite-t-il ce prix ?

En tout premier lieu, un point sur l’histoire de ce roman. Nous sommes quelque part en France, pendant la première guerre mondiale, dans une tranchée au milieu des combats qui opposent l’armée allemande à l’armée française, ou plutôt à ses plus dignes combattants : les tirailleurs sénégalais. Ils sont là, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux amis, presque frères qui s’élancent pour aller vaincre un ennemi qui les craint. Eux les « sauvages », mais Mademba tombe, blessé, les intestins à l’air, éventré par une baïonnette ennemie, il implore son meilleur ami de le tuer. Mais Alfa refuse, et son meilleur ami agonise des heures durant, loin de sa terre natale, loin du soleil et seul. Alfa ramène son corps dans la tranchée. Quelque chose en lui vient de se casser. Alfa, le paysan d’Afrique va alors laisser libre court à cette voix qui lui dit de distribuer la mort…

Le sujet est fort, l’atmosphère fiévreuse. David Diop sait à merveille retranscrire l’horreur de la guerre. Celle qu’on oublie à force de films vantant le courage et la loyauté. Ici, la mort est partout et bientôt elle a le visage d’Alfa. Celui qu’on célébrait à son retour des combats, fait désormais peur à ses camarades qui le craignent. Il sème la mort, sent la mort, respire la mort.

La deuxième partie du roman raconte son temps à l’Arrière, dans un hôpital où il rencontre un médecin qui tente de l’apaiser, malgré la barrière de la langue. Saura-t-il sauver Alfa ? Un roman court qui se lit en une fois. Un roman fort, avec les croyances sénégalaises – j’ai aimé les découvrir.

Alors, oui – je comprends l’engouement de la presse anglophone et des lecteurs qui découvrent cette partie de l’histoire de France qu’ils n’ont jamais étudié à Dallas ou à Londres. Celle de ces tirailleurs sénégalais à qui on promettait la carte nationale d’identité, la reconnaissance de la mère patrie – la France. Terrible mensonge, mais les Anglais oublient qu’ils ont fait de même avec l’Inde, idem pour le Portugal. Mourir pour la France a un prix. En échange, Alfa aura connu le plaisir auprès de Fary Thiam, avant son départ. Il se remémore aussi l’histoire de sa mère, partie tenter de rejoindre les siens.

Evidemment, je le conseille. Pour ma part, il n’aura pas 5 étoiles pour deux raisons, totalement personnelles. Je ne supporte pas les allitérations dans les romans, comme dans le roman Elles n’avaient jamais vu la mer, je ne supporte pas lorsque l’on répète la même phrase, encore et encore. Une litanie qui produit chez moi très rapidement une sensation de lassitude. De trop plein. Ici, Alfa ne cesse de dire « Par la vérité de Dieu ». Si cela peut effectivement au départ, porter sa voix, chez moi cela produit un effet négatif. J’ai juste découvert qu’une autre lectrice avait eu la même sensation. L’autre bémol du roman est le choix de l’auteur (et pourtant j’avoue que l’histoire même est super intéressante) d’ajouter des malheurs aux malheurs. Je parle de la famille du personnage principal. Mais, la majorité des lecteurs ont mis 5 étoiles. Donc, oubliez mes bémols !

Il mérite le Prix Goncourt des Lycéens, pour le Booker Prize – je comprends aussi. Mais pour moi, il m’a manqué ce quelque chose.

♥♥♥(♥)

Editions Seuil, 2018,175 pages

Et pourquoi pas

16 commentaires

Fanny 2 août 2021 - 9 h 12 min

Ton avis est très intéressant et je note tes petits bémols (les allitérations ne me gênent pas, mais il ne faut pas que ça soit excessif)

Electra 2 août 2021 - 9 h 29 min

merci ! oui, je pense qu’il peut te plaire. Mes bémols sont très personnels.

mingh 2 août 2021 - 10 h 56 min

J’avais lu une critique assez réservée dès la parution du livre et tu rejoins en partie cette opinion. Pas de priorité pour moi donc d’autant que ma pal est assez conséquente. Je lis actuellement « Forêt obscure » de Nicole Kraus et suis passionnée par ce roman dans le roman.

Electra 2 août 2021 - 11 h 33 min

ah Nicole Kraus, Eva l’adore – j’espère trouver un temps pour la lire. Le texte de Diop est fort, puissant et il ne laisse pas indifférent, mais Française, je connaissais ce pan de l’histoire, et j’avoue avoir été un peu moins touchée par le personnage principal, surtout qu’à la fin du roman, on vire un peu dans le fantastique. Et puis, mon bémol tout à fait personnel : les allitérations. J’ai le même souci dans les chansons, je ne sais pas pourquoi – ça produit l’effet inverse chez moi. Bonne lecture donc !

Martichat 2 août 2021 - 12 h 25 min

Dommage. Le thème m’intéresse, d’autant plus que mes 2 grands pères sont morts dans cette foutue guerre. Mon grand-père maternel a même laissé un carnet de notes que j’ai pu lire, mais qui s’est malheureusement perdu dans les transferts familiaux, et qui montrait les horreurs de la guerre dans ses drames et ses banalités à la fois. Mais tes réticences me font craindre de ne pas trop apprécier cette lecture, je n’aime pas non plus les altérations trop fréquentes ni les apparitions du fantastique sans raison. Je passerai donc mon chemin.

Electra 2 août 2021 - 13 h 42 min

Mes bémols sont très personnels, reste une très belle écriture et les horreurs de la guerre et puis la culture africaine, les croyances. Il y a de très belles choses dans ce roman. Dommage pour ce carnets de notes. Une foutue guerre.

mingh 5 août 2021 - 14 h 27 min

Tente Nicole Kraus, depuis Forêt obscure je veux tout lire !

Electra 5 août 2021 - 15 h 12 min

Eva me l’avait déjà vendue, je note donc !

Martichat 2 août 2021 - 12 h 26 min

Fichu correcteur, je ne me suis pas relue : je voulais parler des alitérations…

Electra 2 août 2021 - 13 h 42 min

J’avais compris, pas de souci 🙂

Ingannmic 2 août 2021 - 12 h 30 min

J’ai comme toi fini par être lassée par le procédé narratif, même si c’est en effet un roman plein de qualités, notamment pourvu d’une belle puissance d’évocation. L’auteur est sinon passionnant, j’ai eu le plaisir de l’écouter sur un salon lors de la sortie poche de ce titre (c’est d’ailleurs à cette occasion que je l’ai lu), c’était un vrai plaisir !

Electra 2 août 2021 - 13 h 43 min

Oui, il doit être passionnant et il rend un formidable hommage à ces artilleurs – mais je suis très sensible à certaines choses, et le procédé narratif m’a lassé. Mais il plaît à d’autres.

Marie-Claude 3 août 2021 - 4 h 09 min

Malgré la force du sujet et tout ce que je pourrais apprendre, je passe mon tour. Tes bémols, oui, et l’ajout de malheurs aux malheurs. J’adore le malheur dans la fiction, mais faut pas charrier non plus!

Electra 5 août 2021 - 15 h 12 min

oui, du coup je pense au livre que tu voulais lire et qui est un exemple parfait de l’ajout de malheurs aux malheurs !

Virginie 26 août 2021 - 9 h 05 min

Lu à sa parution et beaucoup aimé cette histoire, j’ai le tout nouveau sur ma PAL de rentrée :o)

Electra 26 août 2021 - 10 h 54 min

bien ! moi la répétition m’a vraiment lassé et du coup, si j’ai aimé le sujet, j’ai moins apprécié ma lecture que toi. Du coup, hâte de te lire pour le nouveau 🙂

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