Les buveurs de lumière ∴ Jenni Fagan

par Electra
Les buveurs de lumière ∴ Jenni Fagan

2020. Le monde entre dans l’âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s’annoncent, il faut faire provision de lumière – neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.

Encore un roman apocalyptique ! Après Station Eleven, me revoilà de nouveau plongée dans un futur effrayant. Je n’étais pas, j’avoue, très tentée de le lire mais ma bonne fée (elle se reconnaîtra) m’a poussée à le faire. Évidemment, elle avait raison !

Nous voici tout au nord de l’Écosse, dans la petite communauté de Clachan Fells. C’est dans ce parc de caravanes que débarque, au beau milieu d’une nuit glaciale, un géant barbu et tatoué, prénommé Dylan. Dylan vivait à Londres, dans un cinéma d’art et d’essai, propriété de sa mère Vivienne et sa grand-mère, Gunn, originaire de ce bout du monde.  Malheureusement, celles-ci sont décédées et Gunn a légué une caravane à son petit-fils.

Dylan a longuement hésité avant de venir, car la population fuit vers le sud (les pays du sud) car le froid a gagné le Royaume-Uni, et en allant au nord, il s’expose dangereusement aux éléments naturels, comme ce fameux iceberg.

Dylan fait alors la connaissance de la jeune Stella, une petite fille très vive, qui l’aide à vider la caravane. Celle-ce lui présente Constance, sa mère. La jeune femme est une bricoleuse de génie qui l’aide à chauffer son nouveau domicile et à la protéger au mieux du froid. Les deux filles subsistent en récupérant du mobilier jeté à la décharge et en leur redonnant leur jeunesse. L’argent manque souvent mais Stella ne le ressent pas vraiment. Autour d’eux, gravitent quelques marginaux (un taxidermiste, un ancien rentier qui a claqué sa fortune dans le jeu, une actrice porno, un couple de satanistes) mais tous font front face à cette période glaciaire. En novembre, la neige tombe et très vite la température avoisine les -20°.

Dylan tombe immédiatement amoureux de la jolie Constance. Celle-ci a aimé deux hommes pendant plus de quinze ans, dont le père de Stella, alors que celui-ci était marié et déjà père. Une situation qui avait déjà mise à l’écart la jeune femme de la communauté pratiquante de Clachan Fells. La situation particulière de sa fille, Stella, va les isoler du reste de la communauté. Car Stella est en fait un garçon.

Mais au fond d’elle, c’est une fille et sa mère a décidé d’accepter cette situation, au grand dam du père de Stella , de l’école et de ses anciens camarades de classe, qui l’ont déjà violemment attaqué. Alors que les conditions atmosphériques déclinent de jour en jour, Constance se bat pour se procurer les hormones supposer ralentir le développement hormonal de Stella (pousse des poils, mue de la voix).

Les températures continuent de plonger, et chaque jour les journaux apportent de terribles nouvelles, mais au pied de ces magnifiques montagnes (les « Sept Soeurs »), ces habitants résistent, malgré l’arrivée imminente de cet iceberg gigantesque. On s’entraide, on s’organise comme on peut : on bricole des poêles, on fabrique du gin artisanal, mais surtout on tente de continuer à vivre le plus normalement possible.

« On tente de s’aimer dans une lumière de miracle » nous dit l’éditeur. Cette lumière que les buveurs de lumière ingurgitent avant l’arrivée de la nuit.

Mes craintes étaient aussi liées au style, je ne suis pas très fan du lyrisme mais ici il est nécessaire. Il traduit cette fin du monde programmée, cette urgence vitale, cette nécessité de continuer à vivre. De se battre. La lumière face aux ténèbres qui vont vous emporter.

Jenni Fagan invente des personnages magnifiques, étranges et étrangement beaux. Ils sont tous très attachants, tous déjà cassés par la vie, mais si attachés à celle-ci. Ils aiment et s’aiment. J’ai beaucoup aimé le personnage solaire de Stella, cet enfant, amoureuse de son ancien meilleur ami, Luke, et qui veut être aimée pour ce qu’elle est.

J’ai, je l’avoue, résisté quelques temps à cette histoire – mais la fin m’emporte et la poésie et la tendresse de l’auteur envers ses personnages relève de la magie. Et en aparté, l’auteure dresse un portrait magnifique des femmes (de Gunn à Stella), plusieurs générations de battantes.

Étant assez terrienne, j’ai longtemps cru (erreur de ma part) que la fin du monde dans ce roman était due au réchauffement climatique, or non puisque le soleil se retire peu à peu (la nuit tombe à 14h) or ce phénomène de réchauffement n’a aucun impact sur la rotation de la terre par rapport au soleil.

Une lecture vraiment à part dans ce programme de rentrée littéraire, j’ai eu vraiment le sentiment d’appartenir également à cette communauté et de faire face, moi aussi, à cette fin du monde. J’écris ces mots une dizaine de jours après ma lecture et je me sens de nouveau envahie par les mêmes émotions. Un très bon signe chez moi !

♥♥♥♥

Éditions Métailié, The Sunlight Pilgrims, trad. Céline Schwaller, 304 pages

Copyright photo : John McSporran

 

Et pourquoi pas

18 commentaires

Sonia 20 septembre 2017 - 9 h 59 min

J’adore cette chronique, moi qui également détesté le roman apocalyptique ou le roman d’anticipation (pourtant 2020 c’est demain!!) et tu m’as définitivement donné envie de lire ce livre! La bonne fée viendrait-elle d’un coin où il fait également très froid?

Electra 20 septembre 2017 - 12 h 13 min

Oui sans doute ! Pareil que toi je n’aurais pas lu ce roman de moi-même or une erreur ! Un roman lumineux

keisha 20 septembre 2017 - 13 h 10 min

Ah ce roman, je tourne autour, sans vouloir le lire! Un jour peut-être. Les billets sont positifs pourtant
Tu as lu Au nord du monde, au fait?

Electra 20 septembre 2017 - 13 h 15 min

Pourquoi tu tournes autour ? Qu’est-ce qui te bloque ? Non pas lu.

keisha 22 septembre 2017 - 7 h 57 min

Lis le, tu devrais aimer!!! Gros coup de coeur de la blogosphère à l’époque (et ne cherche pas à en savoir plus avant)
Pour répondre à ta question : sais pas, le style?

Electra 22 septembre 2017 - 8 h 45 min

Mais tu lis tous les styles

Jerome 20 septembre 2017 - 13 h 28 min

Il m’attend celui-là. J’avais adoré son roman précédent en plus.

Electra 20 septembre 2017 - 13 h 35 min

Tu la connais ? Je comprends mieux ton enthousiasme alors, car le sujet est grave mais il y a une telle tendresse. Bonne lecture !

gambadou 20 septembre 2017 - 21 h 55 min

ça fait du bien aussi de lire des livres « à part »

Electra 20 septembre 2017 - 22 h 00 min

Oui ! Je suis sortie de ma zone de confort. Et finalement c’était aussi bien

Eva 21 septembre 2017 - 11 h 20 min

un livre qui me fait vraiment envie! et depuis Station Eleven et Dans la Forêt, je développe un goût pour les romans post-apocalyptiques !

Electra 21 septembre 2017 - 16 h 13 min

Et celui-ci est d’une douceur ! Il fait chaud au cœur (malgré la glace ❄️)

Yv 21 septembre 2017 - 11 h 21 min

J’en ai entendu beaucoup de bien, de ma libraire entre autres

Electra 21 septembre 2017 - 16 h 23 min

Il est lumineux ! Je le conseille vivement

Virginie 21 septembre 2017 - 15 h 25 min

Il vient d’arriver sur ma PAL, je te lirai plus tard 😉

Electra 21 septembre 2017 - 16 h 23 min

Bonne nouvelle !

Marie-Claude 22 septembre 2017 - 14 h 10 min

Une lecture tout indiquée pour mon prochain hiver?! Forcément, il me tente. Tu le sais, les romans post-apo, j’aime ça. Ici, c’est le côté lyrique qui me freine. Tu penses que j’accrocherais quand même?

Electra 22 septembre 2017 - 14 h 40 min

Le lyrisme me freinait aussi mais ce n’est pas celui auquel je m’attendais (genre de grandes phrases style opéra) – ici au contraire c’est beaucoup d’intimité face à cette fin du monde. Il est magnifique et je sais qu’il est fait pour toi ! (et en plus avec Stella !)

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