Les fils de la poussière · Arnaldur Indriðason

par Electra
Les fils de la poussière  · Arnaldur Indriðason

La première enquête officielle d’Erlendur (Sveinsson) est enfin là ! Paru en 1997, Synir duftsins (les fils de la poussière) est enfin traduit ! Arnaldur Indriðason a publié deux enquêtes avant d’écrire La Cité des Jarres en 2000 qui lui valut une reconnaissance internationale.  Il était temps de retrouver notre cher inspecteur bourru ..

Lorsque Palmi rend visite à son frère ainé, Daniel, interné en hôpital psychiatrique, il découvre que celui-ci a mis à sac sa chambre et menace le personnel. Daniel est schizophrène et a passé la majeure partie de sa vie hospitalisé. Palmi arrive et tente de le calmer, Daniel lui demande alors ce qui est arrivé aux « autres », les autres élèves de l’école, sont-ils eux aussi tombés du Paradis ? Et la seconde d’après, Daniel se jette de la fenêtre. Bouleversé, Palmi veut comprendre pourquoi son frère a mis à ses jours. Il découvre alors que ce dernier recevait la visite d’un vieil homme et qu’il gardait soigneusement une photo de classe près de lui. Palmi décide de mener l’enquête. Le même jour, Erlendur Sveinsson est appelé sur les lieux d’un incendie. Les pompiers découvrent le corps d’un homme carbonisé, encore attaché à une chaise. La victime s’appelle Halldor, un vieil homme ancien maître d’école.

Peu à peu, les deux personnages font le rapprochement : Halldor était le professeur de Daniel. Il enseignait à cette classe de « cancres », car à l’époque, les élèves en difficulté (étaient surtout visés ceux des couches pauvres et populaires) étaient isolés dans ses classes. Cette année-là, les élèves, habituellement mauvais en classe, se mirent à avoir des notes incroyables mais leurs comportements changeaient également. Certains vomissaient, avaient froid aux extrémités, d’autres se mirent à boire et à fumer, comme Daniel. Deux élèves moururent cette été-là, l’un d’une crise cardiaque, devant ses camarades et l’autre renversé par le tracteur de son grand-père qu’il conduisait. Les années ont passé et tous se sont perdus de vue.  Palmi apprend qu’on leur donnait quelque chose tous les jours à avaler (sauf aux filles) et de son côté Erlendur découvre que Halldor cachait un terrible secret…

Quel plaisir de retourner en Islande et de retrouver la voix d’Erlendur. Il était temps que ce roman soit enfin traduit. A cela s’ajoute une enquête passionnante et surtout un portrait de l’Islande,  de ses classes sociales les plus pauvres, celles qui tiennent à coeur au romancier islandais. L’auteur aime donner la parole à ses habitants, venus des couches les plus populaires. Ceux qui ont quitté la campagne pour venir s’installer dans les bidonvilles de Reykjavik. Très vite ils ont sombré dans l’alcoolisme, la pauvreté, et même la misère. Leurs enfants, laissés à eux-même, grandissaient comme de mauvaises herbes, parqués dans des classes, isolés des autres.

De parents indifférents, absents ou pire violents, ils n’avaient que leurs amis pour résister. Un portrait magnifique de ces garçons, victimes d’être nés pauvres. Impossible de ne pas s’attacher à eux. Son récit a mis des visages sur leurs noms, et c’est très fort.  Ces fils de la poussière (je vous laisse découvrir l’origine de ce nom) vont me hanter longtemps.

Contrairement aux autres enquêtes d’Erlendur, celle-ci est menée conjointement par deux personnages et ce choix narratif apporte un véritable rythme à l’histoire. Palmi est touchant dans sa quête de vérité, et son introspection. La relation avec ce frère ainé qu’il n’a connu que malade et dont il avait toujours eu peur est très bien écrite et on comprend la complexité de leurs relations. Et puis toujours le portrait de son pays, j’y reviens mais l’écrivain islandais dresse toujours un portrait si fin de la société islandaise, de ses moeurs, de sa culture.

Arnaldur Indriðason a publié une deuxième enquête, Dauðarósir (1998) et j’espère vivement que Métailié va également la traduire ! On y retrouve Erlendur enquêtant sur le meurtre d’une jeune femme, accro à l’héroïne, et qui pourrait toucher certaines personnalités du monde des affaires, Erlendur, de son côté, a des soucis avec ses propres enfants. Si les éditions Métailié la traduise, ça sera l’occasion de relire ensuite La cité des Jarres, j’y pense depuis quelque temps…

Un roman que j’ai dévoré, toujours très bien écrit, passionnant de bout en bout. Un vrai plaisir ! Erlendur est de retour, accueillez-le comme il se doit !

♥♥♥♥♥

Editions Métailié, 2018, Synir duftsins, trad. Eric Boury, 304 pages

Et pourquoi pas

8 commentaires

keisha 4 octobre 2018 - 8 h 16 min

Ah j’ai lâché Erlendur il y a un bout de temps…

Electra 4 octobre 2018 - 8 h 19 min

Grosse erreur ! Tu peux recommencer au début avec ce livre !

Jerome 4 octobre 2018 - 12 h 55 min

Tout pareil que Keisha ! Mais je suis prêt à renouer le contact avec lui grâce à ce roman 😉

Electra 4 octobre 2018 - 17 h 36 min

Tu peux et ainsi tu repars au début !

Eva 5 octobre 2018 - 12 h 06 min

J’ai tellement envie de le lire!! je n’ai pas encore lu la trilogie des Ombres mais j’ai lu toutes les enquêtes d’Erlendur …j’étais un peu déçue par les derniers livres, et je me demandais ce que valaient les deux premières enquêtes, qui n’avaient pas été traduites… je vais vite le savoir pour ce premier livre 🙂

Electra 5 octobre 2018 - 21 h 24 min

J’ai été un peu déçue lorsqu’il a enchainé deux romans, l’un était Hiver Arctique, l’autre le nom m’échappe .. mais après ça allait ! J’ai beaucoup aimé la trilogie des Ombres (le dernier tome est si émouvant) mais oui ça fait du bien de retrouver ce cher et tendre Erlendur, toujours aussi bourru !

Marie-Claude 9 octobre 2018 - 16 h 53 min

Enfin! J’ai hâte de retrouver Erlendur. Il me manquait. J’attends son arrivée ici.

Arnaldur Indriðason, Les fils de la poussière – Lettres exprès 9 novembre 2018 - 8 h 02 min

[…] avis d’Electra, Eva, Lectrice en campagne et […]

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