Manikanetish · Naomi Fontaine

par Electra
Manikanetish ·  Naomi Fontaine

Il me tardait de découvrir l’oeuvre de Naomi Fontaine, ma copine Caribou ayant eu la gentillesse de m’offrir ses deux romans. Je commence par le second, Manikanetish – dévoré le temps de deux trajets en bus.

Tenu comme une sorte de journal de bord, celle qui se voyait journaliste, raconte ici son expérience d’enseignante dans le secondaire dans la réserve innue de Uashat sur la Côte-Nord.  Naomi Fontaine romancise ici son expérience. Celle d’une jeune femme, arrachée enfant à la réserve et qui finalement retourne chez elle pour y enseigner. Les cheveux noirs, la peau brune, les yeux moins bridés, elle avoue ici son extrême tension à l’idée de revenir chez elle. Elle se refuse à parler innu à ses élèves, à cause de son accent « bien trop blanc ». Face à elle, des enfants, purs produits de la réalité économique et culturelle contemporaine. Confrontée à la dure réalité de la réserve (alcoolisme, violence, grossesse précoce, suicide), la jeune femme fait front.

Nous étions ailleurs, très loin des livres et des bureaux. Très loin des réseaux sociaux et des commérages de la réserve. Très loin de la souffrance et des drames familiaux. Plus loin encore que tous les endroits où j’avais déjà posé les pieds. Et pourtant nous étions si près. Si près de soi.

Malgré le fort taux d’absentéisme, de grossesse précoces, d’abandon scolaire, elle résiste. La jeune femme, recrutée pour enseigner le français prend le risque de faire jouer Le Cid à ses élèves. Cette pièce de théâtre, véritable défi, va révéler ici toute la force et la résistance de ses élèves. Elle l’avoue : ce sont eux qui lui enseignent la vie et pas le contraire. De retour chez elle, elle reprend des forces en allant passer ses week-end dans sa famille, à chasser avec ses oncles et écouter la sagesse de ses tantes. Le portrait qu’elle dresse de la société autochtone est sans fard, et malheureusement en phase avec tout ce qu’on peut lire ci et là : la pauvreté, les grossesses précoces, des parents absents. Mais lorsqu’elle réussit à établir un contact avec eux, la rencontre est magnifique. Porteuse d’un formidable espoir. On s’attache très vite à ses élèves.

Une très jolie découverte qui me donne à présent très envie de lire son premier roman, Kuessipan. J’ai eu la chance de l’écouter au Festival America – elle est revenue sur ce roman et sur son expérience d’enseignante (et l’annonce du suicide de l’une de ses élèves). Une femme très intéressante.

♥♥♥♥♥

Editions Mémoire d’encrier, 2017, 140 pages

Et pourquoi pas

12 commentaires

Mes échappées livresques 10 octobre 2018 - 10 h 15 min

Fanny m’a dit beaucoup de bien de cette auteure, il est sur ma liste 😉

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Electra 11 octobre 2018 - 6 h 59 min

Elle te plaira !

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Anne 10 octobre 2018 - 11 h 11 min

J’ai lu les deux romans de Naomi Fontaine et je l’avais écoutée lors de mon tout premier festival America, il y a six ans. Elle est rayonnante et cela se sent dans ses romans. J’ai particulièrement aimé celui-ci.

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Electra 11 octobre 2018 - 7 h 00 min

Oui, je l’ai vue au Festival et j’ai beaucoup aimé la personne, sa simplicité et quand elle parlait de ses élève – très touchante !

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Anne 10 octobre 2018 - 11 h 13 min

Oh mais il peut compter pour la Nation indienne, je l’ai lu cette année. Voici mon lien : https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/2018/06/26/manikanetish/

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Electra 11 octobre 2018 - 7 h 01 min

Oui ! Merci ! Il peut tout à fait compter 🙂

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Aifelle 11 octobre 2018 - 7 h 43 min

Je l’ai croisée plusieurs fois au festival America, j’ai assisté à un débat où elle était, mais je ne l’ai pas vue en dédicace. Dommage, j’aurais bien aimé discuter un peu avec elle. Je vais commencer par Kuessipan.

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Electra 11 octobre 2018 - 20 h 45 min

Tu as quand même eu de la chance, moi je lui ai indiqué où étaient les toilettes 🙂 Bonne lecture !

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Marie-Claude 12 octobre 2018 - 3 h 56 min

Ravie! J’ai beaucoup aimé aussi, même si, comme toi, il s’est mérité seulement trois étoiles!!!
Je n’ai pas encore lu « Kuessipan ». Peut-être un jour.

En passant, on dit «enseignante au secondaire», et non «enseignante dans le secondaire». Bientôt, tu connaîtras toute les spécificités de notre français!

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Electra 12 octobre 2018 - 8 h 13 min

ah le Québécois ! nous on dit « dans » – oui, je ne regrette pas de l’avoir lu juste avant de la rencontrer !

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Lili 17 octobre 2018 - 15 h 31 min

Je vais essayer de lire, enfin, Kuessipan qui est dans ma PAL depuis bien trop longtemps, pour Québec en novembre. Après quoi, clairement, je me pencherai sur Manikanetish qui, au-delà de la question autochtone, aborde la question de l’enseignement qui m’est cher 🙂

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Electra 17 octobre 2018 - 19 h 09 min

Ils sont très courts, si tu as deux heures, ça le fait ! j’ai aussi Kessuipan dans ma PAL – Manikanetish est un très bel hommage aux enseignants !!

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