Chant des âmes sans repos · Tove Alsterdal

par Electra
Chant des âmes sans repos · Tove Alsterdal

Lorsque Babelio a eu l’excellent idée de dédier une opération masse critique au polar, j’ai lu avec soin les livres proposés et mon choix s’est porté sur le roman de Tove Alsterdal, une romancière suédoise dont je n’avais jamais entendu parler, et je me suis fiée aux éditions Rouergue – ai-je eu raison ?

Eva est obsédée par son ex-conjoint. Pourtant c’est elle qui a demandé le divorce il y a déjà presque trois ans. Et pourtant ce soir-là, elle observe Svante Levander dans sa maison flambant neuve, au côté de sa nouvelle conjointe, beaucoup plus jeune. Lorsque Svante décide d’aller faire une dernière course, Eva le suit. Elle a déjà prévu un scénario dans sa tête mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’elle se trouve à l’extérieur du magasin, une femme Rom l’interpelle et lorsqu’elle refuse de lui donner de l’argent, le ton monte entre les deux femmes. Svante intervient et invective son ex.  Eva est abasourdie par la violence de ses propos lorsque soudainement le noir l’envahit. A son réveil, Eva est à l’hôpital, et Svante mort, assassiné. Eva est la première suspecte.

Comment va-t-elle l’annoncer à son fils Filip ? Ce dernier a toujours considéré Svante comme son père et ne parle plus à sa mère depuis leur séparation. Il est parti s’installer à Berlin. Après plusieurs jours de prison, Eva est finalement libérée et sait que le témoignage de cette femme Rom est crucial or celle-ci a disparu. Le même soir, Nicklas, voisin de Svante, découvre dans la chambre de son fils un crâne humain. Le garçon de douze ans accepte d’emmener son père dans les bois, tout près d’un des anciens bâtiments de Beckomberga, l’ancien hôpital psychiatrique, abandonné depuis des années et dans lequel on a récemment rénové de nouveaux appartements et créé ce lotissement. Accompagné de son fils et des amis de celui-ci, Nicklas découvre le lieu de sépulture et sent la présence d’une autre personne qui les épie…..

J’en dis trop ? Non car l’histoire va beaucoup plus loin. Ce livre mélange passé et présent et aborde de manière très intelligente notre politique migratoire, ici c’est la Suède, mais l’histoire aurait pu avoir lieu en France tant les préjugés sont les mêmes. Et lorsque Eva décide d’aller à la recherche de cette femme Rom, elle nous ouvre les yeux sur l’histoire de ce peuple malmené depuis des siècles. Anciens esclaves puis exterminés par les Nazis, les Roms avaient trouvé un peu de répit du temps du dictateur roumain. Depuis, ils sont chassés de toutes parts.

A cette histoire s’ajoute celle de Beckomberga et de notre rapport à l’autre, à la maladie mentale – comment s’occupe-t-on de nos malades mentaux ? Le personnage principal de la deuxième moitié du livre a travaillé toute sa vie dans ce lieu, fermé au regard des autres. J’ai adoré ce personnage et sa vision de l’autre monde.

Sans oublier l’histoire d’Eva et surtout sa réflexion sur notre capacité à connaître l’autre, même après vingt ans de mariage. Qui sommes-nous ? Si l’enquête n’est pas ici primordiale (mais ne vous inquiétez pas, vous connaîtrez la vérité), elle permet à l’auteur de sonder l’Europe contemporaine, ses peurs ancestrales et sa manière de les gérer, ou pas. Ce livre est aussi un excellent page-turner malgré un rythme plutôt lent. Ici pas de courses poursuites, on enquête dans l’âme humaine. Je retiens juste une étrange impression qui m’a accompagné tout au long de ma lecture : une prise de conscience envers ceux qu’on a voulu volontairement oublier.

Je l’ai lu en à peine deux jours, toujours heureuse de m’y replonger. J’ai tout de suite accroché au style de l’auteure suédoise, à son souci du détail et à la résonance de ses mots. J’ai aimé la manière dont elle travaille l’âme humaine, nos doutes, nos peurs.

Bref, un énorme coup de coeur pour ce roman ! En regardant les avis français sur ses autres romans, je vois qu’elle ne remporte pas le même succès, mais moi elle m’a conquise (et les anglophones aussi, décidément) du coup, je vais me précipiter sur ses autres livres.

♥♥♥♥

Editions du Rouerge, Vänd dig inte om, trad. Johanna Brock,  2019, 426 pages

6 commentaires
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Et pourquoi pas

6 commentaires

Marie-Claude 24 avril 2019 - 2 h 56 min

Voilà que tu piques ma curiosité! Tu sais être tentante, moi qui n’est pas du tout dans une phase polar… Je le note, miss!

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Electra 24 avril 2019 - 7 h 52 min

Oui, je sais mais il est tellement différent des polars habituels et tu devrais aimer l’infirmière psy !

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mingh 24 avril 2019 - 9 h 54 min

Merci pour cette découverte moi qui suis fan de polars et de polars scandinaves en particulier. Je note pour ne pas oublier. Je suis en retard dans mes lectures. J’ai sur ma table en ce moment un polar québecois “Sous la surface” de Martin Michaud.

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Electra 24 avril 2019 - 18 h 23 min

Je n’ai pas eu de chance avec les polars québécois mais pour les Scandinaves, celui-ci renouvelle le genre – on traverse toute l’Europe et on remonte le temps. Il est aussi très bien écrit.

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Jerome 24 avril 2019 - 12 h 22 min

Un énorme coup de coeur qui peine toutefois à me convaincre que c’est un livre pour moi. A voir…

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Electra 24 avril 2019 - 18 h 24 min

Ah oui, il n’est sombre à boire une bouteille de whisky mais c’est une vraie réflexion sur notre société européenne – du coup, j’avoue j’hésite !

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