Le Diable et Sherlock Holmes · David Grann

par Electra
Le Diable et Sherlock Holmes · David Grann

David Grann, auteur de plusieurs récits désormais connus (La Note Américaine, La Citée perdue de Z) a été longtemps journaliste et a publié ses enquêtes dans de nombreux journaux. Ce recueil les réunit aujourd’hui en un seul volume, très éclectique.

Si vous avez déjà lu l’auteur, vous serez ravi de retrouver sa prose et surtout son enthousiasme à chaque nouvelle enquête, son côté obsessionnel et son besoin d’aller s’immerger. L’auteur trouve un fait divers et comme une pelote de laine, tente de dénouer cette dernière en tirant sur le fil. Les douze enquêtes sont bien réelles mais contées avec la plume de Grann. Parfois, ses enquêtes trouvent une fin, d’autres finissent en queue de poisson. Ce qui en fait leur force, c’est en premier lieu, le talent de conteur de David Grann et son enthousiasme, il enfile plusieurs costumes : historien, détective, journaliste pour aller plus loin que ces prédécesseurs.

Et les sujets varient énormément. Difficile de ne pas citer la première, consacrée à la mort étrange d’un collectionneur passionné par Sir Arthur Conan Doyle – d’ailleurs, je me permets de corriger la présentation de l’éditeur. La victime était fan de Doyle et non de Sherlock Holmes, qui a ses propres fans, très nombreux et très virulents, et qui remettent parfois en cause le fait que Sherlock était un personnage créé de toute part et non un vrai détective. Bref, revenons à l’histoire. Cet homme, passionné par l’oeuvre du romancier anobli, est mort à Londres dans d”étranges circonstances. Retrouvé mort dans son lit, étranglé avec une ficelle et une série d’objets inattendus à ses pieds. Il s’était plaint à ses amis d’être suivi ou menacé par un Américain. Il n’en faut pas plus pour que Grann saute dans un avion, direction Londres. A son arrivée, il découvre le monde des fans de Sherlock Holmes (assez effrayant) et en apprend plus sur la vie de la victime, son amitié avec l’une des filles du romancier anglais et les documents uniques rédigés par Doyle qui devaient normalement être légués à la National Library pour être finalement vendus à des propriétaires anonymes, au grand dam de la victime….

Grann aime les fêlés, les passionnés, les absolutistes, comme ces explorateurs dans la cité perdue, prêts à donner leur vie pour elle. Il s’attache alors forcément à l’histoire de ce vieux braqueur de banque, incarcéré pour avoir commis un vol à l’âge de 78 ans alors qu’il avait une belle maison, une femme aimante. Pourquoi donc replonger ? Un regard étonnant sur la vie de cet homme qui a souvent échappé à la justice et n’a jamais su rien faire d’autre que de braquer des banques.

Grann nous entraine ensuite en Ohio, dans une cité surnommée Crimetown où l’on suit le démantèlement d’un des plus vieux empire mafieux. Comment réussit-on un jour à détruire un système aussi performant et huilé ? Quel homme est prêt à mettre carte sur table ? Nous sommes en Ohio et pourtant en lisant Grann, on se croit à Chicago ou à New York.

Puis il nous entraine dans le système carcéral américain avec l’enquête impressionnante du FBI et d’un jeune procureur pour faire tomber l’un des gangs les plus influents. Ce dernier, composé de plusieurs prisonniers devenus célèbres avait réussi à créer un véritable réseau en prison, dans plusieurs institutions. L’argent, la drogue, les assassinats qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur continuaient et ces hommes, pourtant détenus, engrangeaient des milliers de dollars. Ils commanditaient des meurtres et menaçaient les familles des détenus pour les forcer à tuer. On se croirait dans un film de Scorsese.

Ceci n’est qu’un exemple et vous pouvez bien évidemment les picorer ci et là, en grande fan de l’auteur, j’ai dévoré tout le recueil. Car son talent de conteur font qu’on arrive à oublier presqu’il s’agit ici d’histoires vraies, car on retrouve tout ce qu’on aime dans la fiction.

♥♥♥

Editions du Sous-Sol, The Devil and Sherlock Holmes, Tales of murder, Madness and Obsession, trad. Johan-Frederik Hel Guedj, Marianne Reiner, Claire Debru et Violaine Huisman, 2019, 464 pages

 

8 commentaires
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Et pourquoi pas

8 commentaires

Ingannmic 12 juin 2019 - 10 h 55 min

J’attendais ton avis avec impatience, ayant beaucoup apprécié “La note américaine” et je ne suis pas déçue. Je n’avais pas vu qu’il s’agissait d’une “compilation”, c’est vraiment très alléchant !

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Electra 12 juin 2019 - 19 h 07 min

Oui, je sais que certains sont un peu déçus car on enchaine les enquêtes au lieu d’une seule mais on retrouve ici son enthousiasme et son talent de conteur ! Il te reste aussi son autre récit La cité perdue 🙂

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Eva 12 juin 2019 - 16 h 13 min

ahhh, j’ai tellement aimé La Note Américaine ! très envie de lire cet ouvrage 🙂

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Electra 12 juin 2019 - 19 h 26 min

oui si tu as aimé son enthousiasme et son talent de conteur, tu devrais t’y retrouver !

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Marie-Claude 14 juin 2019 - 2 h 25 min

Pour ma part, j’ai un mauvais feeling… Je vais m’en tenir à “La note américaine”!

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Electra 14 juin 2019 - 7 h 01 min

je pense que tu as surtout aimé l’histoire, moi j’ai aussi aimé le conteur mais j’ai lu avant La citée perdue de Z qui m’a conforté que j’aime l’auteur et ses obsessions, du coup, oui tu peux passer ton chemin !

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Titezef 15 juin 2019 - 22 h 01 min

J’en ai lu quelques unes. Pas encore terminé. J’aime ces histoires façon enquêtes, mais je peux pas les lire toutes à la suite….
J’en avais certaines , déjà publiées en petit format chez Alia, conseillées par ma libraire après l” la note américaine”
Ce que tu en dis du receuil me promet de bons moments 😉

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Electra 15 juin 2019 - 22 h 07 min

Oui, il les a écrites à des années d’écart – prends ton temps ! j’aime sa manière de vivre chaque histoire 🙂

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