Les délaissés · Richard Van Camp

par Electra

Il y a des livres qui vous poursuivent. J’ai dans ma wishlist depuis trois ans ce roman canadien (en anglais) The Lesser Blessed avec la photo du visage de cet ado indien qui m’obsède.  L’an dernier, je repère une liste d’auteurs indiens canadiens (parfait pour mes challenges Canada en 12 lectures et Nation Indienne) et je note leurs noms. Je découvre que l’un d’eux a été traduit en français par Gaïa  en 2003 et je l’achète malgré son vieil âge (paru en 1996). Je réalise ce matin que Les Délaissés est la version française de The Lesser Blessed ! Le Caribou l’a repéré sur mon blog et s’est empressée de le l’acheter ! Nous l’avons lu en même temps mais j’avais oublié de publier ma chronique… Or il le mérite amplement !

Fort Simmer, Territoires du Nord-Ouest, province du Canada. Larry a seize ans. Il est indien, issu de la tribu des Dogrib. Le garçon vit seule avec sa mère, excepté lorsque le petit ami de sa mère, Jed, vient passer quelques mois par an chez eux. Larry l’adore. L’école lui réussit moins bien. Il est grand, maigrichon et indien. Il est souvent pris à parti par les autres garçons de l’école. Mais cette année, il devient le meilleur ami de Johnny, un Métis, qui n’a peur de rien. Une grande goule qui s’oppose aux profs mais surtout sait se battre. Il fait aussi tourner les têtes avec ses beaux yeux bleus et ses cheveux noir corbeau. Il entraîne Larry avec lui dans ses sorties, où ils écoutent tous deux du heavy metal et fument tout ce qui leur tombe sous la main. Larry plane souvent et raconte des choses étranges qui fascine son ami. Les deux jeunes gens sont inséparables et Larry prend peu à peu confiance en lui.

Larry, timide, est amoureux de Juliet Hope, il sait qu’elle est connue pour être une fille facile mais Larry est trop timide. Il est indien et se sent perpétuellement inférieur aux autres. Le retour de Jed à la maison lui fait du bien, même s’il ne sait pas chasser comme lui, l’homme lui transmet leurs croyances. Jed est issu de la tribu voisine des Esclaves (Slavey).  Larry et Johnny écument les sorties et fument beaucoup. Aucun ne boit, ils ont tous deux les images de leurs parents alcooliques (la mère de Larry a arrêté).  Lorsque Johnny commence à fréquenter Juliet, quelque chose se casse en Larry. Pourtant la jeune fille ne reste pas indifférente à son regard…

Lorsqu’il plane ou qu’il est malade, Larry est poursuivi sans cesse par des cauchemars – un incendie qu’il aurait provoqué, sa longue hospitalisation à l’unité des grands brûlés. Sont-ils des souvenirs ou des hallucinations ? Le chiot que lui avait confié un ami et qui est mort ? Larry est un conteur né, un poète. On boit ses mots, on navigue à travers ses pensées, on participe à ses rêves, bons ou mauvais.

Et impossible de ne pas aimer ce jeune homme qui se sent perdu, loin des siens, loin de son peuple. Délaissé.  Ce qui est fort dans ce roman, c’est la voix de Larry, sa rage, sa colère mais aussi sa tristesse et son profond sentiment de solitude. Dans un monde où être indien est une tare, il a grandi au milieu de parents dévastés par les pensionnats français, qui ont fui leur souffrance dans l’alcool. Déracinés, il faudra une tragédie pour que l’un d’eux reprenne sa vie en main et sauve son enfant.

Larry est très touchant et le roman parle d’amour, de réconciliation, d’amitié. A sa sortie, il avait été largement salué par la presse et avait connu un beau succès. Richard Van Camp a créé un adolescent tellement réel et poète à ses heures qu’il m’est difficile de ne pas croire en son existence ! Un personnage de fiction magnifique.

*****

A l’époque de sa parution, les territoires du Nord-Ouest (TNO) englobaient encore le territoire du Nunavut. Les TNO se situent au-dessus de l’Alberta (entre autres) et sont voisins du Yukon. La capitale est Yellowknife. L’action se déroule dans une petite ville du sud, Fort Simmer.  Les dogribs ou flancs-de-chiens ont vu leur vie changer en 2003, sept ans après la parution de ce roman. Ils ont changé de nom pour celui du territoire de 39 000 km2 qu’ils ont obtenu du gouvernement canadien. Située entre le Grand Lac de l’Ours et le grand lac des Esclaves (proche de l’Alberta), cette terre s’appelle Tlicho, leur nouveau nom. Ils ont désormais leur propre pouvoir législatif sur l’impôt, la chasse, la pêche et le développement industriel. Ce changement est venu au terme de vingt ans de négociations sur la revendication des terres. Les quatre communautés parlent leur propre langue, le dogrib, menacé longtemps d’extinction. L’auteur est issue de la nation Tlicho et vit à Vancouver.

Et je réalise que le visage de Larry sur cette nouvelle édition vient d’une adaptation cinématographique du roman (2013) que je vous laisse découvrir ici (si Larry ressemble à Larry, Johnny a perdu ses beaux yeux bleus et Juliet est blonde…).

Je participe avec roman au challenge Canada en 12 romans, pour les Territoires du Nord-Ouest et à mon challenge nation indienne.

♥♥♥♥

Editions Gaïa, The lesser blesssed, trad. Nathalie Mège, 2003, 188 pages

Et pourquoi pas

6 commentaires

Fanny 24 juin 2019 - 9 h 59 min

La couverture et le titre m’interpellent beaucoup! Et ce que tu en dis me plait assez!

Electra 24 juin 2019 - 19 h 05 min

Oui, je pense qu’il te plairait ! Après il date du coup il faut un peu fouiller pour le dénicher mais le personnage de Larry te toucherait beaucoup

Jeorme 24 juin 2019 - 12 h 07 min

Tellement envie de le lire celui-ci !!!

Electra 24 juin 2019 - 19 h 05 min

Je te comprends 🙂

Marie-Claude 26 juin 2019 - 5 h 14 min

Comme tu le dis si bien: impossible de ne pas aimer Larry. Je suis tant et tant contente de l’avoir lu, avant toi, en plus.
Plus plus grand souhait, maintenant: une réédition pour que le plus grand nombre puisse découvrir ce fabuleux roman…

Electra 26 juin 2019 - 7 h 13 min

Oui, je ne ne montrerai plus mes livres à présent 😉 Oui, ils l’ont fait en anglais après le film, ils devraient le faire aussi en français …

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