La mécanique du piano · Chris Cander

par Electra

J’étais curieuse de découvrir le premier roman traduit en français de l’auteure texane Chris Cander, l’histoire de ce piano qui venait unir deux destins de femmes à des époques et des lieux différents.

Clara, jeune mécanicienne d’une vingtaine d’années, va mal. Son petit ami vient de la foutre à la porte et elle doit demander l’aide de ses collègues pour transporter son encombrant piano, unique souvenir de ses parents. Sur un coup de tête, elle décide de le mettre en vente avant de regretter son geste. Son père lui avait offert quelques jours avant l’incendie de leur maison, Clara et le piano, en réparation, avaient survécu. Même si elle ne sait pas en jouer, elle ne peut s’en séparer alors lorsqu’elle annule la vente, elle accepte cependant la nouvelle proposition de l’acheter : une location. Ce dernier est photographe et veut transporter l’instrument au milieu de la Vallée de la Mort pour des photos. Clara, blessée à la main et donc incapable de travailler, décide de suivre les hommes venus chercher son piano …

Katia a grandi en URSS, elle a appris le piano grâce à un voisin, un Allemand détesté de tous, qui lui a légué ce magnifique Blüthner, après sa mort. Elle avait huit ans. Depuis la jeune femme joue des heures et ne conçoit sa vie qu’autour de la musique. Mais les années 60 puis 70 sont difficiles. Elle a épousé Mikhaïl après être tombée enceinte et leur maigre salaire ne leur permet pas de vivre correctement. De plus, les rayons des magasins sont vides et il faut parfois faire la queue des heures pour espérer obtenir un morceau de viande. Son mari l’a décidé : le couple va émigrer en Amérique. Katia est contre, elle aime son pays, sa ville Léningrad, mais elle n’a pas le choix. Son unique exigence : que son époux trouve un moyen de faire venir le piano en Amérique …

Je me suis attachée très vite à Katia qui ne décide pas grand chose de sa vie et trouve son salut dans la musique, sur ce piano. Clara est aussi troublante, perdue, jamais vraiment remise de la mort de ses parents et attachée à cet instrument. Sa décision de s’inviter à ces séances photos va, elle ne le sait pas encore, ouvrir la porte au passé. Car elle ignore que se trouve, caché, et gravé sur ce piano en alphabet cyrillique, un nom très important : Гриша.

L’histoire de ce deux femmes, liées par un instrument, et le même air de musique (le prélude n°14 en mi-bémol mineur de Scriabine) est très belle. La musique est présente mais ce n’est pas le sujet du roman, c’est bien l’histoire de deux femmes qui se cherchent.

J’ai aussi aimé le fait que l’arrivée en Californie d’exilés russes soit un échec et non une réussite. L’incapacité pour Katia de s’habituer à ce nouveau pays, à cet état perpétuellement ensoleillé. La jeune femme n’aimera qu’un seul endroit : la vallée de la Mort car depuis son départ, elle se sent comme morte spirituellement. Son piano qui a disparu, sa famille, restée derrière et un mariage épouvantable… bien loin du rêve américain.

Les descriptions de la Vallée de la Mort m’ont rappelé mes voyages là-bas, je suis allée aux mêmes endroits et l’auteure texane a su parfaitement rendre compte de cette atmosphère si particulière. J’ai aussi pris plaisir à lire ces phrases en russe, et forcément j’ai tout de suite su ce que ce nom signifiait !

Un seul bémol, l’auteure se perd parfois en digressions et elle aurait sans doute pu éviter quelques longueurs mais c’est un petit bémol car l’ensemble est vraiment touchant.

♥♥♥

Editions Christian Bourgois, The weight of a piano, trad. Florence Cabaret, 432 pages

12 commentaires
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Et pourquoi pas

12 commentaires

Autist Reading 10 septembre 2019 - 16 h 10 min

Pourquoi pas ? On dirait qu’il y a là-dedans comme un petit air de “The piano”, de Jane Campion, transposé depuis la Nouvelle-Zélande à la Vallée de la Mort.

Electra 10 septembre 2019 - 22 h 14 min

ah ce film ! ici aussi le piano signifie énormément pour les personnages – pour diverses raisons et oui la Vallée de la Mort a un rôle essentiel.

Marie-Claude 11 septembre 2019 - 3 h 29 min

Tu le sais, les pianos et la musique, en littérature, ce n’est pas ma tasse de thé. Tes trois petits coeurs font que je ne me sens aucunement coupable.
Il y a la cuisine en littérature, aussi, qui ne me fait pas tripper. Pourtant, tu as su me vendre Bass et je t’en remercie encore grandement!

Electra 11 septembre 2019 - 7 h 05 min

Je le savais déjà ! je m’en doutais, même si ici il s’agit d’un piano – on ne parle que très très peu musique ! mais tu sais que j’ai aussi mes propres blocages, comme les personnages qui se souviennent de leur naissance par exemple 😉

Ingannmic 11 septembre 2019 - 11 h 00 min

Ah, je comprends mieux ton commentaire à l’intention de Marie-Claude laissé suite au billet sur Powers !

Electra 11 septembre 2019 - 20 h 41 min

Oui, La couette a peur des instruments de musique, elle part en courant si elle en voit un 😉

Jérôme 11 septembre 2019 - 12 h 34 min

La musique n’est pas du tout un sujet qui m’attire. SI en plus il y a des digressions qui traînent en longueur, non merci 😉

Electra 11 septembre 2019 - 20 h 41 min

tiens, un autre effrayé par les instruments de musique … 🙂 avec la Couette, vous êtes pareil !

Mes échappées livresques 12 septembre 2019 - 7 h 28 min

Il est dans ma pal et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, ton avis me rassure malgré ton petit bémol!

Electra 12 septembre 2019 - 20 h 57 min

oui, les digressions sont peu nombreuses, l’histoire est intéressante. Du coup, tu peux le garder !

Eva 16 septembre 2019 - 13 h 22 min

Très intrigant !

Electra 16 septembre 2019 - 19 h 17 min

Oui, j’ai bien aimé passer d’un continent à l’autre, d’une époque à l’autre et de suivre ces deux femmes !

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