Allegheny River · Matthew Neill Null

par Electra

Vous le savez déjà, les nouvelles c’est mon dada. Et quand j’ai vu la sublime couverture du recueil du jeune auteur américain Matthew Neill Null, mon petit coeur a tressailli. Et pourtant, les débuts furent…

Déroutants ? Est-ce le bon mot ? Je dois avouer une chose : je déteste la chasse. Je comprends qu’il faille chasser lorsqu’une certaine espèce, probablement parce que nous avons tué ses prédateurs naturels (le loup) se met à pulluler comme les cervidés ou les sangliers. Mais c’est une chasse encadrée par la loi. Celle décrite dans les deux premières nouvelles du recueil n’ont rien à voir. C’est celle de ces hommes qui chassent, souvent en dehors des périodes de chasse autorisées, juste pour se sentir puissant. Facile quand on est armé jusqu’aux dents et que l’animal n’a aucun moyen de se défendre, comme d’aller ainsi tuer une ourse dans sa tanière. Bref, non pour moi, rien de glorieux en cela. J’ai juste eu très envie de vomir. Ces hommes ne sont pas plus “mâle”, ni puissants. Ils sont juste plus stupides à mes yeux. Qu’ils aillent chasser armés d’un couteau ou d’un arc, et on en reparlera.

Bref, voilà j’ai donc peu apprécié la première nouvelle, mais j’ai fort heureusement suffisamment accroché à la seconde, Un couple, pour vouloir lire les suivantes. Et j’ai bien fait ! Car dieu merci, l’auteur change de sujet et démontre ici son formidable talent de conteur,  une écriture puissante, et sait décrire cette nature magnifique qui l’entoure. Il change son fusil d’épaule (oui, j’assume) et montre la puissance de la nature, sa beauté cruelle. Et là, c’est sublime. Je pense à la nouvelle, La saison de la Gauley sur ces barrages que les hommes ont créés, détruisant la population naturelle des poissons (qu’on importe dorénavant dans cette Virginie occidentale) pour faire plaisir aux touristes, mais qui a créé une rivière parfaite pour le rafting. Les carrières ont fermé et on a dit aux hommes de développer le tourisme. Tout y est : l’homme destructeur, avide, la nature indomptable, l’orgueil, la vie, la mort. Et cette nature que l’homme s’acharne à détruire.

Dans Télémétrie, l’auteur américain oppose deux mondes : celui de ces habitants des bois et de ces scientifiques qui viennent suivre le parcours inhabituel des poissons. A nouveau l’empreinte de l’homme qui a bouleversé la nature et ces hommes qui viennent ensuite étudier leurs effets. En face, ces habitants qui veulent juste vivre en paix.  L’auteur nous entraîne aussi dans le passé de cette région méconnue, avec l’existence d’une île au milieu de la rivière où l’on envoyait les malades pour y mourir. Mais un jour, un jeune garçon s’éprend d’une petite fille coincée sur l’île. Une histoire magnifique, émouvante, lumineuse malgré sa noirceur.

Matthew Neill Null ne cesse de nous faire sourire comme dans La pierre branlante, sur l’histoire de ce grand-père et de ses petits enfants. On sait parfaitement que cela va finir par arriver, mais quand ? L’homme est faillible, l’homme est stupide.  L’auteur américain livre ici un bel hommage à sa région et aux draveurs (flotteurs) disparus avec l’industrialisation de la filière sylvestre. Ces hommes descendaient la rivière avec des milliers de troncs d’arbres. Un métier dangereux et fascinant, ils marchaient sur ces troncs, flottaient sur l’eau. Lorsque Sanders, un draveur talentueux apprend le métier à Henry, le fils d’un autre homme qu’il a formé avant, il est soudainement paralysé lorsque celui-ci est éjecté et disparaît sous les rapides. Il aurait pu le sauver mais quelque chose l’en a empêché et toute sa vie il sera poursuivi par ce sentiment de culpabilité. Le métier disparaîtra sous ses yeux avec l’arrivée des transports et des scieries.

« Ces nouvelles sont autant de chefs-d’oeuvre à la beauté cruelle. Cette voix, ce regard, sont bien ceux d’un poète et d’un maître conteur. » The San Francisco Chronicle

La dernière est de nouveau centrée sur la chasse et celle que je déteste. Une démonstration des testostérones débile. Je l’ai lue cependant car le narrateur, pourtant originaire de la région, y participe mais exprime peu à peu son incompréhension face à cet acte stupide et incompréhensible. L’écriture est toujours là.  Je sais que l’auteur a livré un portrait très fidèle à sa région, n’oubliez pas que j’ai habité dans le Montana  et le Tennessee – les chasseurs sont très populaires aux USA, disons que je me situe plus du côté de David Vann. Mais je retiens quand même l’écriture magnifique de l’auteur, et je vais m’empresser de lire son roman, Le miel du lion (en espérant qu’il évite la chasse…).

Je vous le conseille donc pour notre challenge #maiennouvelles 2020 !

♥♥♥♥

Editions Albin Michel, Allegheny Front, trad. Bruno Boudard, 2020, 288 pages

14 commentaires
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Et pourquoi pas

14 commentaires

Eva 10 février 2020 - 10 h 09 min

Lecture prévue en Février ! 🙂

Electra 10 février 2020 - 19 h 40 min

Super ! Hâte de voir ce que tu en penses 😊

mingh 10 février 2020 - 11 h 49 min

Pas très fan du format nouvelle, mais il m’arrive de faire des exceptions. Je lis en ce moment Thomas McGuane “Quand le ciel se déchire”. “Un homme en Louisiane” est en train de me convaincre. C’est clair, concis, de l’humour et de l’émotion. Un petit bijou d’éciture, traduit par le grand Brice Matthieussant. Je conseille… et je note “Allegheny river”.

Electra 10 février 2020 - 19 h 41 min

J’ai lu McGuane un incontournable ! Découvert il y’a longtemps. J’ai presque tous ses romans. Brice Matthieussent est une célébrité.

Fabienne 10 février 2020 - 11 h 58 min

Pas adepte des nouvelles non plus mais je vais aller voir son roman de plus près.

Electra 10 février 2020 - 19 h 42 min

Dommage ! Mais si le roman est sur la même verve 😊

Autist Reading 10 février 2020 - 18 h 48 min

A lire ton billet, j’ai l’impression que cette lecture sera plus source d’aigreur et de rage que de plaisir. Je ne suis pas sûr d’en avoir envie en ce moment. J’ai largement ma dose de connerie humaine chaque jour sans avoir spécialement besoin d’en rajouter…

Electra 10 février 2020 - 19 h 43 min

Non c’était juste au début avec les chasseurs après c’est du bonheur ! Et humour au rendez-vous. Désolé si c’est pas drôle pour toi ces temps-ci. J’espère que tu trouves de belles échappatoires dans les livres

krol 10 février 2020 - 21 h 44 min

La chasse, je déteste aussi. Je vis à la campagne, et les chasseurs du dimanche qui te font réfléchir à deux fois avant de décider d’aller faire un tour, par peur de te faire tirer dessus, j’ai juste envie de les… trucider. Oui, je sais, ce n’est pas cohérent. Mais si tu dis que c’est juste la première nouvelle… Et si l’humour est au rendez-vous, pourquoi pas.

Electra 10 février 2020 - 21 h 47 min

Oui ! Même constat. Fort heureusement les autres nouvelles sont superbes !

Marie-Claude 11 février 2020 - 2 h 16 min

Tu te doutes bien que je veux le lire! Je l’attends encore!

Electra 11 février 2020 - 7 h 09 min

Oui ! Et toi tu devrais pas être gênée comme moi. Hâte de lire ton avis ! Tu te doutes bien.

Marie-Claude 12 février 2020 - 20 h 36 min

Danse de la joie! Il vient tout juste d’arriver dans ma boîte aux lettres!

Chinouk 11 février 2020 - 10 h 18 min

Bon ben vu que je n’aime ni la chasse , ni les nouvelles, je passe mon tour 🙂

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