Know my name · Chanel Miller

par Electra

Je me souvenais de bribes concernant le procès et surtout du choc suite au verdict. Un jeune homme de bonne famille condamné à six petits mois pour viol. La victime qui souhaitait rester anonyme est devenue soudainement et, malgré elle, le symbole du mouvement #metoo. Après un long chemin, elle a réalisé que son silence ne l’aidait pas. Elle a souhaité raconter son histoire avec ses propres mots, pas ceux des médias, ni ceux de l’avocat de son agresseur. Elle qui avait caché à tous ses amis qu’elle était la fameuse “Emily Doe” . Et quelle claque !


L’histoire de Chanel Miller est malheureusement celle de milliers de jeunes femmes à travers le monde. Celle d’une jeune femme de 24 ans, qui a accepté un soir, d’accompagner sa petite soeur, encore étudiante, à une soirée dans une fraternité sur le campus de l’université Stanford. Celle d’une jeune femme qui a bu un peu plus que de raison, qui a dansé sur les tables.. et puis qui a repris conscience, allongée sur un chariot d’ambulance, sans comprendre ce qui lui est arrivé. Un véritable black-out puis à l’hôpital, la confirmation du pire.

J’ai noté tant de passages dans ce récit qu’il m’est difficile de les retraduire tant ils me semblent justes et forts. Sur la place de la femme aujourd’hui, sur sa responsabilité :  elle n’aurait pas du sortir, ni s’habiller de manière sexy, ni boire .. bref tout est toujours de sa faute. Jamais de celle de l’homme qui l’a entrainée dans la nuit, puis a profité d’elle dans un bosquet. Il l’a déshabillée et puis…Jusqu’où serait-il allé  si deux jeunes étudiants suédois ne l’avaient pas vus et stoppés dans son élan ?

Les fêtes sur les campus américains se terminent souvent mal pour les jeunes femmes. Les chiffres sont assez effrayants : environ 15% des jeunes femmes subiront un abus sexuel pendant leurs études. De la chair à pâté pour jeunes mâles en chaleur. Ils sont chez eux, dans leur tanière. J’ai étudié là-bas, j’ai aussi mis les pieds dans leurs soirées mais je ne suis jamais restée trop longtemps. J’ai aussi eu le témoignage d’une amie, qui s’était réveillée le lendemain dans le lit d’un inconnu, sans aucun souvenir.

Jeune diplômée, Chanel avait trouvé un bon job et sortait depuis longtemps avec son petit ami. Tout allait très bien. Un an après alors que le procès va enfin avoir lieu et après avoir subi toutes les formes d’interrogatoire possibles, elle vit de nouveau chez ses parents, sans travail, incapable de mener une vie normale. Il lui a volé sa vie. Il lui a volé son envie de vivre. Elle dévoile sans fard les mois qui suivent submergée par la dépression, l’angoisse. 

Elle raconte aussi sans fard comment se passe un jury aux USA, comment la victime est jugée avant le coupable. Chanel avait avoué avoir déjà fait des fêtes sans souvenir de la nuit suivante. Rapidement elle est jugée comme responsable. Il faut faire témoigner son petit ami, sa soeur, mais même là l’avocat de la défense réussit à la détruire. Et puis comme par magie l’agresseur est transformé en victime, lui bénévole, sportif émérite, serviable .. Non c’est forcément sa faute à elle. Il le répète, elle n’a pas dit non. Mais quand les étudiants suédois l’ont trouvée à terre, elle était inconsciente. A quel moment a-t-elle donc pu dire oui ?

When a woman is assaulted, one of the first questions people ask is, Did you say no? This question assumes that the answer was always yes, and that it is her job to revoke the agreement. To defuse the bomb she was given. But why are they allowed to touch us until we physically fight them off? Why is the door open until we have to slam it shut?

Et même s’il est finalement reconnu coupable, le juge le condamne à la plus ridicule peine jamais prononcée pour ne pas gâcher son avenir. Les propres mots du juge :  “le jeune homme est un garçon émérite et une erreur de jeunesse ne peut lui coûter son avenir”.  Une erreur de jeunesse ???? Quid de l’avenir de Chanel, de son potentiel ? Je ne vous raconte pas la suite.

I did not come into existence when he harmed me. She found her voice! I had a voice, he stripped it, left me groping around blind for a bit, but I always had it. I just used it like I never had to use it before. I do not owe him my success, becoming, he did not create me. The only credit Brock can take is for assaulting me, and he could never even admit to that.

Chanel Miller est une voix à suivre. Elle a finalement fait face à son ennemi dans ce livre et l’a écrasé. Mille fois.

Il serait bon que ce livre soit lu en terminale, par les filles et les garçons mais aussi par toute victime. Elle souhaite devenir journaliste et elle le peut aisément, car si l’histoire est forte, elle fait aussi preuve d’un incroyable talent pour l’écriture. 

Editions Penguin, Kindle, 2019, 302 pages

Photo by Ravi Roshan on Unsplash

12 commentaires
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Et pourquoi pas

12 commentaires

keisha 1 octobre 2020 - 13 h 25 min

Merci pour ce billet! Tu ne le dis pas, mais elle a été droguée?

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Electra 1 octobre 2020 - 17 h 54 min

Non. Enfin, ça n’a jamais été abordé et les analyses n’ont trouvé que de l’alcool. Mais elle avait déjà eu le même souci physique après avoir bu de l’alcool (son origine asiatique pourrait en partie expliquer sa faible tolérance à l’alcool) ?

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Katell 1 octobre 2020 - 18 h 01 min

histoire reprise aussi dans le dernier Karine Tuil mais je n’y ai pas aimé le traitement car en effet elle a rendu le violeur presque “sympathique”

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Electra 3 octobre 2020 - 13 h 28 min

ah bon ? ah oui, ici non pas du tout. Sa victime rappelle qu’il est intelligent et qu’il doit assumer ses actes.

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L&T 3 octobre 2020 - 1 h 53 min

Un livre qui a l’air très fort et éprouvant, mais en effet qu’il est nécessaire de lire…

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Electra 3 octobre 2020 - 13 h 29 min

oui exactement ! Il décrit les mois qui suivent, l’angoisse et le regard des autres. Prendre la plume l’aura aidé c’est certain.

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Ingannmic 3 octobre 2020 - 11 h 26 min

J’avais vu un documentaire il y a quelques années sur Canal +, sur les viols perpétrés dans les universités américaines par des étudiants de bonne famille, qui bénéficient d’une sorte d’impunité, alors que leurs victimes sont soient silencieuses soit fustigées…. RÉVOLTANT.. et le phénomène est d’une ampleur qu’on a du mal à imaginer.

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Electra 3 octobre 2020 - 13 h 29 min

Oui ! elle a été très courageuse, mais elle doit uniquement son procès au témoignage des deux étudiants suédois puis des tests ADN sinon il s’en sortait (elle avait bu …) c’est vraiment révoltant !!

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Eva 8 octobre 2020 - 10 h 12 min

Je me souviens très bien de cette histoire, de “l’erreur de jeunesse”, je crois que le père de l’accusé en avait rajouté également…c’est courageux de la part de la victime d’écrire ce livre et de témoigner pour faire bouger les choses, et faire cesser ces comportements absolument honteux et le manque de coopération de la justice.

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Electra 8 octobre 2020 - 19 h 30 min

Oui ! je crois que le commentaire du juge a été la goutte d’eau ! On a du mal à imaginer que des gens pensent encore comme cela, comme les Proud Boys qui ont comme moto “armes à la main, femmes à la maison” ….

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Eva 8 octobre 2020 - 10 h 12 min

Je me souviens très bien de cette histoire, de “l’erreur de jeunesse”, je crois que le père de l’accusé en avait rajouté également…c’est courageux de la part de la victime d’écrire ce livre et de témoigner pour faire bouger les choses, et faire cesser ces comportements absolument honteux et le manque de coopération de la justice.

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Electra 8 octobre 2020 - 19 h 30 min

un doublon ?

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