Journal de l’année du désastre · Kathrine Kressman Taylor

par Electra
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Dans le cadre de notre défi annuel, le Caribou m’a proposé trois lectures avec comme thème une castastrophe naturelle. Oui, vous avez bien lu. J’ai porté mon choix sur le récit de Kathrine Kressman Taylor, journaliste américaine, présente à Florence le soir du 3 novembre 1966, lorsque la ville italienne est engloutie par son fleuve.

Installée dans une petite pension au bord de l’Arno accueillant une majorité d’Américains, la journaliste assiste impuissante à une brusque montée des eaux et va connaître des heures d’angoisse et de terreur. Car l’Arno a tout emporté sur son passage, faisant craindre à une catastrophe plus importante. Il y a l’eau, mais surtout la boue et tout ce que le fleuve transporte, les arbres, des maisons entières, et puis ce fichu mazout qui vient tout compliquer. En une nuit, Florence a presque tout perdu. La moitié de ses entreprises ont disparu sous l’eau, les commerçants du centre ont vu leurs boutiques complètement détruites. Et puis surtout, les musées, la bibliothèque nationale .. Les monuments, tout est sous l’eau. L’électricité, le chauffage, l’eau buvable ont disparu. Plus rien ne fonctionne.

L’eau va se retirer pour laisser place à un spectacle de désolation, des tonnes de boue « fango« , mais aussi ce mazout qui s’est déposé sur les magnifiques statues romaines, sur 3 cygnes qui tentent maladroitement de s’en défaire ..Mais il y a aussi un autre spectacle auquel la journaliste assiste : celui de la résilience. Dès le lendemain, les habitants se mettent au travail. Très peu craquent et des milliers d’étudiants viennent au secours de la ville. Il faut sauver tous les livres et les milliers d’oeuvres d’art. Alors très vite, tout le monde s’organise. La ville, isolée au départ, va être bientôt secourue par les villes avoisinantes et le monde entier va se mobiliser pour sauver cette ville millénaire.

Les habitants ont de l’humour comme cette pancarte qui indique « bains de boue gratuits » et cet élan va permettre à la ville toscane de reprendre pied et de sauver la majorité de ses oeuvres.

Me reviennent en mémoire les jours de boue, d’horreur et de puanteur ; jours de besogne opiniâtre et solitaire dans le froid, l’humidité et la désolation. Je revois les étudiants radieux statufiés par le fango, les marchants d’art, de l’eau jusqu’à la taille, luttant pour sauver leurs tableaux. Je songe au degré de civilisation d’un peuple qui se réjouissait du sauvetage d’un Boticelli tout en répugnant à verser une larme sur son propre sort. Je me rappelle l’extrême courtoisie, la curiosité bienveillante et attentive qu’ils se manifestaient les uns aux autres. « Sono molto contento. Nous sommes fortunatissimi.

J’ai lu ce récit en deux fois, le style est très journalistique, et la journaliste, américaine, reste parfois très américaine, elle passe ainsi beaucoup de temps à saluer l’aide américaine , mais bon, elle aime présenter son pays sous son meilleur jour.  Je salue néanmoins l’effort de ces milliers d’étudiants venus volontairement du monde entier sauver les oeuvres d’art, comme les livres ou ces statues de marbres (il faudra plus de 30 nettoyages pour retirer le mazout sur une seule oeuvre) et surtout la force des habitants qui ont tout de suite voulu rouvrir leurs commerces et reprendre une vie normale. Toute la Toscane sera touchée, toute la campagne avoisinante. Il y aura près de 200 victimes. La dernière grosse crue remontait à plusieurs siècles. Ici on parle de 4m de hauteur.

Je me dis que Florence, malgré ses blessures, peut compter sur une richesse : ses habitants, leur fière éducation, le choix qu’ils font, lorsque tout paraît sombrer, de sauver avant tout ces deux fermes cadeaux de la vie que sont à leurs yeux la créativité et l’intégrité. Sans oublier leur inépuisable courage.

Il y a aussi les fondations qui vont lâcher, les moisissures qui réapparaissent au bout de plusieurs semaines … Evidemment ce récit fait écho aux inondations du Nord de la France. Certains pensaient aussi que cela ne se produisait que très rarement. La nature reste imprévisible.  Je me rends très rarement en Italie, donc merci au Caribou pour ce détour.

Si vous connaissez la ville de Florence, la journaliste fait de nombreuses références à tous les sites et rues célèbres de la ville, aussi vous aurez sans doute une expérience différente de la mienne.

♥♥♥

Editions Autrement,  Diary of Florence in flood, trad. Olivier Philipponat (1967), 2021, 287 pages

 

Par UNESCO / Dominique Roger, CC BY-SA 3.0 igo

 

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10 commentaires

Marie-Claude Rioux 18 mars 2024 - 0 h 33 min

J’étais loin de me douter que tu choisirais celui-ci. Mais, à ce que je vois, tu as eu la main aussi chanceuse que moi. Ton billet est fort instructif. Sa lecture me suffit, si tu vois ce que je veux dire!

Electra 18 mars 2024 - 8 h 07 min

oui, j’ai hésité avec Zeitoun mais le nombre de pages m’a effrayé et j’avais envie d’apprendre cette partie de l’histoire que j’ignorais et du coup ce fut fort instructif

je lis je blogue 18 mars 2024 - 6 h 49 min

C’est une très bonne idée ce défi. Cela permet de faire des découvertes. J’ignorais que Florence avait été victime de telles inondations et pourtant il semble que plusieurs livres et films y fassent référence. De Kathrine Kressman Taylor, ,’ai lu son roman le plus célèbre, « Inconnu à cette adresse », qui est souvent adapté en pièce de théâtre.

Electra 18 mars 2024 - 8 h 09 min

Oh, tu es médium ? J’ai cherché son roman lors d’un passage en librairie d’occasion vendredi, j’ai trouvé au moins 4 exemplaires en Poche mais la pagination était catastrophique. L’après-midi j’ai eu de la chance de découvrir une nouvelle librairie qui mélange livres neufs et anciens et je l’ai trouvé dans la même édition que celui-ci (Autrement) et du coup je l’ai acheté et je compte le lire très prochainement !

keisha 18 mars 2024 - 7 h 33 min

Oh oui, l’inondation de 1966 et la mobilisation, aussi pour sauver les œuvres d’art! je m’en souviens.

Electra 18 mars 2024 - 8 h 10 min

Moi, j’ignorais tout de ce pan de l’histoire et les journalistes n’en reparlent pas malgré les grandes inondations. Oui, les oeuvres d’art est une partie prenante du récit qui m’a vraiment passionné !

Kathel 18 mars 2024 - 13 h 14 min

Je ne me souvenais pas de cette catastrophe naturelle… (bon, j’avais 8 ans quand c’est arrivé) et je n’ai pas spécialement envie de lire sur ce thème, je dois dire…

Electra 18 mars 2024 - 14 h 24 min

Oui, moi pas née mais jamais entendu parler même des années après, étrange car avec toutes les oeuvres d’art et le mazout.. oui, le sujet n’est pas très gai et je ne pense pas relire de livres sur ce sujet à nouveau !

Ingannmic 18 mars 2024 - 13 h 21 min

L’idée du thème est en tous cas très originale… j’ai l’impression que Le Caribou y a davantage trouvé son compte que toi…

Electra 18 mars 2024 - 14 h 25 min

Oui ! j’avais mieux choisi qu’elle les livres LOL J’avoue qu’un autre me tentait mais le nombre de pages m’a rebuté, je reprends à lire après un très très très long blocage du coup j’ai préféré lire le plus court. Mais je me suis quand même instruite 🙂

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