Nulle part sur la terre • Michael Farris Smith

par Electra
Nulle part sur la terre • Michael Farris Smith

Je suis sans doute l’une des dernières à avoir lu ce roman. Et pourtant, il correspond totalement à mes goûts littéraires : l’Amérique des perdants, le Sud, la route, la rédemption.  Mais finalement, j’ai apprécié de le lire loin de tout ce buzz. J’ai aimé suivre les destins croisés de Russel et Maben.

Michael Farris Smith livre un premier roman très prometteur et j’ai beaucoup pensé au roman de Matt Lennox, Redemption qui racontait aussi le retour d’un ancien condamné dans sa ville natale. Décidément, ce thème m’est cher !

McComb, Mississippi – Russell retourne dans sa ville natale, après avoir passé onze ans en prison. Son père l’attend – il lui a préparé son logement et refilé son vieux pick-up. Mais la joie est de courte durée, les frères de sa victime l’attendent, bien décidés à venger leur famille.

A quelques kilomètres de McComb, une jeune femme accompagnée d’une petite fille, marche sur une route de Louisiane. Un homme a pitié d’elles et accepte de les emmener jusqu’à une station service, où un motel les accueille pour la nuit. Maben compte ses derniers dollars, même l’aide menue de l’homme ne suffit plus. La jeune femme est désespérée, elle n’a nulle part où aller et après avoir quitté le Mississippi où elle a grandi, elle y revient toute aussi démunie. La station est fréquentée par de nombreux routiers et en regardant par la fenêtre de sa chambre, Maben aperçoit des prostituées se glisser dans les camions. Maben a connu la rue et la prostitution. Elle hésite longtemps mais elle a besoin d’argent pour aller jusqu’au refuge pour sans-abri de McComb. Sa petite fille, Annalee, s’est endormie, ça sera l’affaire d’une heure au plus.

Russell Gaines n’a pas profité longtemps de sa première nuit de liberté – d’une part, les frères Larry et Walt l’attendent et le rouent de coup. Russell se confie à son père – ce dernier a refait sa vie après la mort de son épouse. Une Mexicaine, immigrante illégale, est venue travailler chez lui. L’homme et elle communiquent dans le silence.  Inquiet pour le bien-être de son fils, il lui confie son arme. Bien qu’en liberté conditionnelle, Russell accepte. Il la cache sous son lit et attend la prochaine visite des deux frangins. Russell doit se réhabituer à sa liberté. Incapable de rester en place, il passe ses soirées dans un bar puis roule des heures dans la nuit. C’est alors qu’il est arrêté par un policier, la panique l’empare mais l’officier, Dodds, est un ancien ami de lycée qui accepte de taire le fait qu’il est saoul et en possession illégale d’une arme. Les deux hommes étaient de très bons amis. La nuit est belle et Russell repart. Larry et Walt ne sont jamais loin.

Le lendemain, le shérif local est retrouvé mort, assassiné à côté de son véhicule, au beau milieu de nulle part. Dodds, l’ami de Russell, réalise qu’il l’a croisé le lendemain, que faisait-il la nuit du meurtre ? Le doute s’installe. De so côté, Maben arrive à McComb et obtient un poste de plongeuse dans un dinner.  Un jour, leurs chemins se croisent …

La prose de Farris Smith possède une finesse qui vous émeut et la fluidité du récit vous entraine dans les consciences torturées de ces deux protagonistes. Malgré toute leur volonté, le destin semble ne pas vouloir les lâcher. Russell ne peut échapper à ses poursuivants, Maben fuit depuis une dizaine d’années et pourtant là voilà de retour à la case départ. Les personnages du roman sont réels, approfondis, travaillés. Farris Smith est obsédé par la rédemption, le pardon et la justice. A-t-on réellement payé sa dette après onze ans de prison ? Est-on une bonne mère en laissant seule son enfant ?

Il y a une part de religieux dans ce roman avec la présence de cette statue de la Vierge Marie que le père de Russell a offert à sa nouvelle compagne, une Mexicaine pieuse. Elle représente la bonté, l’amour et le pardon. L’auteur connaît la profondeur de l’âme humaine et il la sonde avec un vrai talent. Même dans la personnage de Larry, dévoré par la haine envers Russell, on ne peut pas s’empêcher de ressentir de la compassion envers lui lorsqu’il va voir son fils dont il a perdu la garde lors d’un match de base-ball.  L’auteur américain nous offre un roman magnifique sur nos faiblesses, nos doutes mais aussi notre profond espoir en l’avenir et en nous-mêmes.  J’ai beaucoup aimé la sagesse du père de Russell.

L’auteur sera présent au Festival America, j’ai hâte de le rencontrer !

♥♥♥♥

Editions Sonatine, Desperation Road, trad. Pierre Demarty, 2017, 450 pages

Et pourquoi pas

26 commentaires

Fanny 23 juillet 2018 - 7 h 18 min

Tu n’es pas la dernière ! Pas encore lu! On verra si je le croise en bibliothèque parce que l’histoire a tout pour me plaire !

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 42 min

Ah bon ? je croyais vraiment le contraire ! Du coup, oui. Je l’ai emprunté aussi car j’hésitais à me le procurer. Je pourrais l’acheter au Festival du coup

Livreslibres 23 juillet 2018 - 7 h 31 min

J’ai beaucoup aimé ce roman aussi. J’aime les histoires qui parlent de redemption. Par contre, ce n’est pas son premier roman. Il a également écrit « une pluie sans fin » que tu aimera sans doute beaucoup 😉

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 44 min

Oui, j’ai vu ça en allant chercher des infos. Du coup, je le note !

Virginie 23 juillet 2018 - 7 h 42 min

Je l’avais vraiment beaucoup aimé !!

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 42 min

Je comprends mieux pourquoi 🙂

Christelle 23 juillet 2018 - 7 h 50 min

Pas encore lu non plus, et je ne m’y étais pas arrêtée….. mais là, je le note !

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 42 min

Ah ! Je me sens moins seule, mais oui il vaut le détour !

Alaska 23 juillet 2018 - 14 h 45 min

Je ne l’ai pas encore lu. J’attends sa sortie en poche 😉 Mais je compte bien le lire. Il m’attire!

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 43 min

Encore une ! Bon ,ça me rassure. Bonne idée la sortie en Poche, il vaut le coup – les personnages sont très attachants.

Titezef 23 juillet 2018 - 18 h 54 min

Pas encore lu , non plus 😉. Par contre je vais attendre encore un peu . Je viens de finir le Blues de la harpie où le personnage sort de prison et reviens aussi dans sa ville natale. Trop ressemblant, là tout de suite. Tu me rassures néanmoins, car j’avais lu pas mal d’avis plus que mitigés, alors qu’il me tentait à sa sortie.

Electra 23 juillet 2018 - 19 h 44 min

Ah oui, j’ai emprunté le Blues puis je l’ai rendu, par manque de temps et pareil – moi j’ai pensé à Rédemption, un autre roman sur le même thème . Des avis mitigés ? Moi c’était l’inverse, tout le monde l’acclamait – du coup, je me méfiais LOL

Marie-Claude 23 juillet 2018 - 23 h 19 min

Moi, je l’ai abandonné après une cinquantaine de pages. J’ai eu l’impression de lire un livre déjà lu… Le personnage du père aurait pu me retenir, mais ça n’a pas suffit.
Une chose est sûre, j’irai aux toilettes pendant que tu rencontrera l’auteur. Pas question que tu me fasses la honte en lui disant que j’ai abandonné son roman alors que tu as eu un coup de coeur!

Electra 24 juillet 2018 - 7 h 07 min

Moi qui étais au contraire certaine que tu l’avais dévoré ! Décidément, ma mémoire me joue des tours. Dommage car il est très bien ! Il évolue vraiment dans le bon sens. Merci pour le fou rire matinal en lisant ton commentaire sur ta fuite aux toilettes si je rencontre l’auteur LOL J’ai dorénavant l’image en tête !

Titezef 24 juillet 2018 - 16 h 39 min

Ah ben le Caribou devait faire partie de ces avis mitigés…
Comme toi , j’ai eclaté de rire devant la vision de Marie courant se réfugier aux toilettes 🤣. Heureusement j’avais avalé ma gorgée de café….
Pas lu Redemption, mais vu beaucoup passé à l’époque.

Electra 24 juillet 2018 - 20 h 03 min

Je lui préfère Rédemption car plus sombre et puis tout simplement parce que c’est le premier sur ce thème – mais lui est très très proche et pareil maintenant j’ai cette image de Marie courant vers les toilettes !!! LOL

Marie-Claude 25 juillet 2018 - 1 h 18 min

J’ai nettement préféré « Redemption ». Nulle comparaison possible pour moi!

Le boute de la marde serait que je sorte des toilettes avec du pq qui dépasse de ma jupe et que j’arrive face à face avec Michael! Morte de honte!

Electra 25 juillet 2018 - 8 h 12 min

Redemption restera dans mon coeur !! Maintenant j’ai une autre image de toi !! mais tout est possible !

Livreslibres 24 juillet 2018 - 7 h 48 min

Pour avoir lu les deux, j’ai trouvé Le blues de la Harpie bien meilleur. Plus noir, plus poétique. Ça a été un gros coup de coeur.

Electra 24 juillet 2018 - 20 h 04 min

Super ! Moi je resterai avec Rédemption que j’ai lu il y a longtemps, profond et plus noir aussi mais celui-ci n’est pas loin, un très bon opus ! Le Blues attendra, je n’aime pas lire deux romans trop proches en thème ou histoire 🙂

Nelfe 25 juillet 2018 - 16 h 51 min

Mais non tu n’es pas la dernière et puis on s’en fout, on fait pas la course 😉
J’ai vraiment aimé cette lecture de mon côté (mais ça tu le sais déjà ^^) et je suivrais de près les prochaines sorties de cet auteur !

Electra 25 juillet 2018 - 20 h 13 min

Moi aussi et oui, je ne suis pas à la traine, la preuve tous les commentaires mais bon je le voyais tellement et toi surtout toute amoureuse ! LOL Il sera au FA donc je le prendrai en photo pour toi LOL

Eva 29 juillet 2018 - 16 h 26 min

Un livre que j’ai beaucoup aimé, et j’ai hâte de rencontrer l’auteur! j’ai « Redemption » sur ma liste depuis des plombes, il serait grand temps que je le lise!

Electra 30 juillet 2018 - 22 h 49 min

Ah oui, il est grand temps que tu le lises ! bizarre que tu sois passé à côté de celui-ci – nous serons donc deux à suivre Farris Smith dans les allées du Festival !

Violette 30 juillet 2018 - 11 h 29 min

Oh oui, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer ce livre! Comme pour toi, tous mes ingrédients préférés étaient réunis mais il y avait ce je-ne-sais-quoi en plus qui en fait un livre excellent!

Electra 30 juillet 2018 - 23 h 06 min

Ta réponse est un formidable hommage à ce livre !

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