Crazy Brave · Joy Harjo

par Electra
Crazy Brave · Joy Harjo

Cadeau de Noël, il m’était temps de découvrir qui se cache derrière ce magnifique visage. Joy Harjo vit dans l’Oklahoma, le lieu où a pris fin le funeste Chemin des Larmes. Poétesse, Joy livre ici sa propre histoire et le résultat est magnifique.

Quand une poète décide d’écrire son histoire et de confier le long chemin qu’il lu a fallu pour devenir l’artiste qu’elle est, on ne peut être que sous le charme de la musique de ses mots. Mais comme ses ancêtres, le parcours de Joy fut long et douloureux.

Joy Harjo est née d’un couple improbable, son père d’origine Muscogee Creek, sa mère d’origine Cherokee – deux tribus enemies mais toutes deux réunies lorsque le gouvernement américain décide de les exiler loin de leurs terres. Le chemin des Larmes les conduira dans l’Oklahoma. Joy a grandi dans une petite-ville née de cette immigration forcée. Son père, c’est l’eau, mouvant, insaisissable, sa mère c’est la terre, la solidité – ils s’attirent irrésistiblement mais leur couple est voué à l’échec. Joy admirait et craignait cet homme à l’aura magique. Il part alors qu’elle a huit ans, la laissant elle et ses frères et soeurs seuls. Sa mère se remariera peu de temps après avec un homme blanc très religieux et surtout très violent.

Le beau-père de Joy leur offre une belle maison mais c’est une prison, très vite il interdit à la mère de Joy de travailler et de sortir. Les enfants ont interdiction de faire du bruit, de chanter. De vivre. Ils vivent cachés lorsqu’il rentre le soir du travail. Joy peint, dessine et adore chanter mais son beau-père lui interdit toute activité extra-scolaire. Joy se réfugie alors dans la lecture. Et surtout dans son imagination, très fertile comme sa vie spirituelle. Car Joy est profondément indienne, fière de ses croyances et les dimanches à l’église n’y font rien.

La petite fille grandit et son beau-père la regarde différemment, Joy doit son salue à sa mère qui l’inscrira dans une école de beaux-arts à Santa Fe au Nouveau-Mexique. Joy a quinze ans et rejoint cette école qui accueille exclusivement des élèves indiens, ils viennent de tout le continent et Joy découvre avec joie les croyances Navaja, Sioux ou celles des tribus du nord-ouest. Les enseignants les protègent et les entourent. Mais Joy continue de souffrir d’horribles cauchemars, elle sait qu’elle n’est pas libérée.

C’est la poésie, les premiers mots couchés qui lui ouvriront soudainement une porte sur un monde plus vaste et plus généreux. Peu à peu, la jeune femme va se défaire de ses liens invisibles. Elle continue de se battre et comme par magie ses mots vont être lus et entendus. Et un jour, tardivement, elle sentira soudainement tout ce poids s’en aller et comprendra qu’elle est enfin libre. Un être libre. Une femme libre.

Un magnifique hommage à toute la nation indienne, à leur résilience face au malheur et à la politique d’annihilation qu’ils ont eu à combattre. Joy porte en elle le message de ses aïeuls et ils peuvent être fiers. Un très joli moment de lecture qui démontre le combat quotidien d’être indien, mais aussi d’être une femme dans une société où les hommes ont tout pouvoir.

Joy Harjo a mené une carrière remarquable de poétesse mais aussi d’enseignante. Elle a gagné de nombreux prix et travaille aujourd’hui à l’université du Tennessee à Knoxville.

J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Nation Indienne.

♥♥♥♥

Editions W.W Norton&Co., 2012, 176 pages

Et pourquoi pas

10 commentaires

Autist Reading 6 mars 2019 - 10 h 46 min

Bon, ben, ton billet ne fait que confirmer ce que je subodorais… La seule hésitation qui subsiste chez moi, c’est que l’auteur est avant tout poétesse et je crains que cela ne se sente trop dans le style. Mais, tant pis, j’ai très envie de voir par moi-même.

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Electra 6 mars 2019 - 20 h 28 min

J’avais aussi un peu peur de cela, mais non elle ne cite qu’un seul poème dans le texte ! tu peux foncer 🙂

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Jérôme 6 mars 2019 - 16 h 39 min

J’espère qu’il sera traduit en français un jour.

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Electra 6 mars 2019 - 20 h 28 min

oui, j’espère aussi ! on lit rarement des auteurs originaires des tribus d’Oklahoma et j’ai découvert qu’elle a énormément écrit …

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Jackie Brown 6 mars 2019 - 19 h 49 min

Mais tu lis plus vite que ton ombre ! Même hésitation qu’Autist Reading, mais je le note aussi. Ça m’a l’air super intéressant. (Au fait, l’IAIA se trouve au Nouveau-Mexique.)

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Electra 6 mars 2019 - 20 h 30 min

oui j’ai écrit quoi ? elle a étudié là-bas et vit à Albuquerque, elle a bien quitté l’OKlahoma (l’école est à Santa Fe). Je suis allée au NM, j’ai adoré ces villes.
Sinon, non je lis normalement, mais j’avais du retard dans la publication de mes billets et je lis vite quand j’aime !!!!

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Jackie Brown 7 mars 2019 - 0 h 35 min

Tu as écrit Arizona !

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Electra 7 mars 2019 - 22 h 30 min

Ah ! Zut ! Merci 😉

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Lili 11 mars 2019 - 10 h 51 min

Le merveilleux pouvoir résilient de la création <3
J'aimerais beaucoup lire ce livre. Sais-tu si une traduction est prévue ? Si ce n'est pas le cas, la langue te semble suffisamment accessible pour quelqu'un qui ne lit pas énormément en VO ?
En attendant, je vais aller découvrir les poèmes de Joy Harjo ! Merci !

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Electra 11 mars 2019 - 19 h 14 min

De rien ! J’ignore pour la traduction, mais je ne pense pas qu’elle a été déjà traduite mais oui c’est accessible si tu parles suffisamment anglais, elle raconte sa vie du coup c’est un langage très moderne. Je pense qu’il te plairait !

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