Viens voir dans l’Ouest · Maxim Loskutoff

par Electra

Parution récente de ce recueil, premier d’un jeune auteur américain, Maxim Loskutoff  – il était tout naturel qu’il arrive dans ma bibliothèque et participe au challenge #maiennouvelles

Je lis rarement les chroniques des autres pour ne pas être trop influencée, j’y retourne après pour voir si j’ai partagé les mêmes émotions et le même plaisir. Mais j’avoue que je suis allée lire le billet du Caribou en amont, et que j’avais lu en grandes lignes celui de Mr K. Du coup, avec ces avis bien partagés je me suis lancée. Et si je connaissais déjà pas mal de choses sur la première nouvelle L’ours qui danse, avec entre autres certaines scènes très particulières, je n’ai pas pu m’empêcher de faire des “oh” et des “ah”. Et j’avoue que je n’ai pas saisi le propos de cette nouvelle, ni la violence gratuite à la fin, sinon l’isolement profond d’un être humain – mais c’était son choix, doit-on le rappeler?

J’ai continué avec Le temps de la fin, qui si je ne me trompe raconte l’histoire d’un couple dont l’animal de compagnie est un coyote. Ce dernier est gravement blessé et les deux jeunes gens prennent la route pour rejoindre la première clinique vétérinaire. Au cours du chemin, le conducteur se rappelle le temps du bonheur tandis, qu’il le sent, son couple se délite. S’il n’y avait pas le coyote, je ne pense pas que cette histoire m’aurait parlé, et j’avoue, que même quelques heures après ma lecture, je n’en retiens pas grand chose.

Puis, le recueil évolue avec la troisième nouvelle, Papa a prêté serment, où l’on entend parler pour la première fois des survivalistes, des personnes qui ne reconnaissent pas le pouvoir fédéral et ont décidé d’occuper illégalement un parc national en prenant les armes. Ces milices ont toujours existé aux Etats-Unis avec plus ou moins de succès, comme dans ce recueil, on les retrouve principalement dans le Montana, l’Idaho et le Michigan. Cette fois-ci, ils ont établi leur camp à la Redoute et le père de famille a décidé de joindre le mouvement, laissant sa femme seule avec leurs deux enfants. L’homme s’est retranché et le FBI doit bientôt passer à l’assaut, les journalistes font le pied de grue devant le logement et la jeune mère de famille ne sait plus quoi faire d’elle. Elle est tiraillée entre son amour pour cet homme aux principes forts et son choix de les quitter pour ce mouvement qui prône la liberté par la violence.

Par la suite, ce mouvement prend de l’ampleur, le pays n’est pas en guerre civile (les côtes Est et Ouest sont épargnées et apparemment ils continuent de vivre normalement) et dans chaque nouvelle, on les soutient ou à l’inverse on les hait. Ainsi dans l’une des dernières nouvelles (Trop d’amour ), un jeune homme qui vient de se faire larguer par l’amour de sa vie, vient pleurer dans les bras de son meilleur ami, Arn. Ce dernier a décidé de rejoindre le mouvement, lui hésite entre deux sanglots. Puis se laisse convaincre.

Je te demande pardon, maman, d’être devenu si minable. C’est peut-être Arn qui avait raison, si je m’étais impliqué dans quelque chose.. ou alors si Jess voyait aux infos mon cercueil enveloppé dans un drapeau. Est-ce qu’elle m’aimerait à ce moment-là?  (…) J’ai regardé Arn, qui continuait à dévisager la file de types débraillés le long de la route, dans le noir et j’ai failli éclater de rire. Je n’avais jamais chois le camp des gagnants. Je n’avais aucune raison de croire que ça allait commencer maintenant.

Le recueil prend alors un tournant beaucoup plus politique et social envers cette Amérique, celle de ces hommes antigouvernementaux qui prennent les armes, chassent et tirent sur les agents fédéraux, et veulent construire la nouvelle Amérique, celle de Dieu et des armes, muni d’un drapeau de 13 étoiles. Ils veulent être libres et expriment leur désir de “reprendre leurs terres”, car disent-ils, ce sont eux qui ont construit ce pays. En oubliant qu’ils l’ont fait les mains pleines de sang en tuant les Indiens. L’auteur s’interroge : quel attrait peut-on trouver à ces types armés jusqu’aux dents et assoiffés de sang ? Les nouvelles s’enchainent sur ce thème jusqu’à la fin.

Je retiendrai pour ma part trois nouvelles. Récolte, où l’on sent parfaitement le malaise monter à la lecture de l’histoire. Celle d’un homme ayant appartenu au mouvement et qui a promis de prendre soin de la femme et de l’enfant d’un de ses compagnons de lutte, mort dans ses bras. Arrivé à la ferme, il découvre la mère assassinée et fini par retrouver la petite, protégée à l’intérieur d’un bunker que son père a construit. L’homme s’installe et élève la gamine. Mais celle-ci rêve de quitter cet endroit désertique et est sévèrement punie lorsqu’elle en parle. Il déchire les dessins qu’elle fait et elle a ordre de ne jamais écouter les radios de leurs ennemis même si elles diffusent de la bonne musique. Il sent qu’elle lui échappe peu à peu… Je n’en dis pas plus, mais si le sujet est grave et terrible, il est rondement bien mené.

La proie, qui raconte l’histoire d’un jeune étudiant obèse qui vit en coloc et possède un python. Le jeune homme a très peu d’amis. Son serpent, long de plusieurs mètres, a réussi à s’échapper de son vivarium et est venu s’allonger une nuit auprès de son maître, de tout son long (2m15). L’étudiant est inquiet. L’animal refuse de manger. Son coloc, qui passe son temps menotté à sa petite amie, lui suggère d’aller chez le vétérinaire. Ce dernier lui apprend que l’attitude de son python signifie qu’il s’est mis en tête de … Je vous laisse lire la suite dont j’aime beaucoup la fin. (F-I-N).

Enfin, ma préférée est sans doute Comment tuer un arbre, où l’auteur exprime parfaitement la manière dont une histoire d’amour peut virer au cauchemar. Où comment on peut fantasmer sur le corps de son époux pour le détester un an plus tard. L’héroïne a suivi ce dernier, ils ont quitté la ville, leur appartement, la vie nocturne pour louer une maison à Denver, dans une banlieue poussiéreuse. Lui part travailler tous les matins, la laissant seule à la maison, sans travail. A 26 ans, elle a déjà envie de se tirer une balle dans la tête. Elle a abandonné ses études et sa famille, ses amis pour cette vie qu’elle exècre. Et que dire de cet arbre immense qui domine toute la maison? Elle le perçoit comme une menace, surtout les nuits de tempête et en journée, il n’apporte que de l’ombre, rien ne pousse sous ses branches. La voici soudainement en tête de trouver un moyen de tuer l’arbre … Une nouvelle à la fois drôle et effrayante.

Un premier recueil de douze nouvelles avec une vision très sombre et glaçante de l’Amérique, au bord de la guerre civile, qui m’a cependant paru inachevé et qui me laisse mitigée, car je n’ai aimé que trois nouvelles. Cependant, j’ai trouvé certains passages jubilatoires et j’aime sa manière de penser. A suivre, donc !

♥♥(♥)

Editions Albin Michel, Come West and see, trad. Charles Recoursé, 2019, 272 pages

© Michael Rönnau

 

Et pourquoi pas

6 commentaires

Marie-Claude 29 mai 2019 - 15 h 20 min

Eh ben…

Electra 29 mai 2019 - 18 h 09 min

ah bon ? à ce point là ?

Titezef 15 juin 2019 - 22 h 17 min

Je le note pour l’année prochaine 😉

Electra 16 juin 2019 - 11 h 00 min

Il ne laisse pas indifférent et je pense que son style te plaira !

TitezeF 17 juin 2019 - 20 h 46 min

Ah cool 🙂

Electra 18 juin 2019 - 20 h 25 min

🙂

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