Sombre avec moi ⋅ Chris Brookmyre

par Electra

Un polar écossais, pourquoi pas ? Inverness, au milieu de l’hiver … Une voiture qui finit à l’eau. Une épouse qui ne s’effondre pas. Je ne connaissais pas l’auteur, Chris Brookmyre, mais la quatrième de couverture m’avait intriguée.

Le procès s’ouvre enfin. La salle a les yeux rivés sur elle. Qui est-elle ? Revenons en arrière. Diana Jager travaille désormais comme chirurgienne à l’hôpital d’Inverness après une carrière brillante stoppée brutalement. Elle avait créé un blog où elle dénonçait, de manière anonyme, le sexisme ambiant dans la profession médicale. Son surnom Bitchblade (la salope au couteau) était devenu célèbre. Mais un jour elle avait osé s’en prendre aux informaticiens et l’un d’eux avait dévoilé son identité. Virée, elle avait réussi, grâce à ses compétences, à retrouver du travail à Inverness et à 40 ans n’imaginait pas rencontrer l’amour. Puis Peter est apparu, plus jeune qu’elle, qui ne connaît pas son histoire. Il est attentionné, drôle et très vite le couple se marie très vite. Mais six mois plus tard, deux policiers sont appelés en pleine nuit sur une route : la voiture de Peter est retrouvée au fond d’une rivière …

L’enquête commence, avec le duo de jeunes flics, alors que la voiture est sortie de l’eau. Le corps n’y est pas, mais le courant l’a sans doute emporté. Les policiers sont troublés par la réaction plutôt froide de l’épouse à l’annonce de l’accident. La jeune policière est persuadée qu’elle n’est pas innocente. Comme la soeur ainée de Peter, Lucy, qui demande à un journaliste, Parlabane, d’enquêter sur Diane. Parlabane hésite mais il est troublée par Lucy et il accepte d’enquêter et peu à peu va découvrir que le bonheur du couple n’était qu’une façade, et les preuves à l’encontre de Diane vont s’accumuler… De son côté, Diane raconte sa rencontre avec Peter, leur coup de foudre et puis peu à peu le changement de comportement de son époux, fuyant, mensonger…

Je n’ai pas relâché le livre et je l’ai dévoré en une journée. J’ai beaucoup aimé la construction narrative du récit – un récit choral qui sert parfaitement à l’intrigue, bluffante ! On alterne entre la voix de Diane, celle des flics et du journaliste, chacun racontant comment il perçoit les choses. Et j’aime énormément la psychologie des personnages et le travail réalisé par Chris Brookmyre, qui montre à quels points nos préjugés sont tenaces et qu’il est facile de faire prendre à une même histoire une tournure différente. Que ce soit Diane, la policière ou le journaliste, tous vont être trompés, et se tromper. S’égarer. Pourquoi écoute-t-on plus certaines voix que d’autres ? Pourquoi réagit-on ainsi ? J’ai ainsi beaucoup aimé la finesse psychologique de l’auteur lorsque la policière doute soudainement et que son partenaire lui explique à quel point notre peur peut pousser notre corps à créer de faux symptômes. Et puis, j’avoue, je n’ai pas deviné la fin – il faut dire que l’auteur ne nous laisse pas non plus le temps de réfléchir, et vous savez quoi ? C’est agréable.

L’autre point fort du récit, c’est aussi la décision de l’auteur écossais de mettre en avant une femme et les combats qu’elle doit mener contre le sexisme. Chris Brookmyre fait un procès à tous ceux qui continue de nier que les femmes ont les mêmes droits que les hommes, et ont le droit de vouloir réussir.  Les préjugés ont hélas encore le vent en poupe.

Je ne suis pas fan des thrillers psychologiques, j’en ai abandonné d’autres. Ici on suit quand même l’enquête, sur le passé de Peter, sa disparition et puis la voix de Diane, son récit, sont passionnants. Je me suis laissée emporter dans l’Ecosse hivernale, sous la pluie et j’ai passé un excellent moment. Et je trouve le titre français encore meilleur que le titre original.

Du coup, j’ai envie de lire les autres romans de l’auteur écossais, qui bonne nouvelle, sont traduits et où apparemment le journaliste Parlabane apparaissait déjà.

♥♥♥♥

Editions Métailié, Black Widow, trad. Céline Schwaller, 2019, 496 pages

Et pourquoi pas

6 commentaires

mingh 21 août 2019 - 10 h 08 min

En général j’accroche bien aux polars écossais. Il ne me reste plus qu’à tenter celui-ci. Et puis Métailié sort toujours des textes intéressants. Jamais déçue…

Electra 21 août 2019 - 20 h 04 min

Oui, il fait beau et je vous parle de froid et de pluie .. mais j’aime bien le propos et l’idée que l’on juge parfois trop vite les personnes.

Jérôme 21 août 2019 - 13 h 15 min

Un polar écossais pourquoi pas, oui. ça me changerait au moins^^

Electra 21 août 2019 - 20 h 04 min

oui, de ton abattoir pour êtres humains ?! mon pauvre, tu as du souffrir !

Marie-Claude 22 août 2019 - 1 h 23 min

Pas tentée du tout… Tu es étonnée?

Electra 22 août 2019 - 11 h 03 min

non pas vraiment, toi et les polars .. ça fait deux ! par contre je note que tu abandonnes souvent les romans un peu trash qui te tentent beaucoup (tu sais avec des moutons égorgés ..) changerais-tu ?

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