Persuasion · Jane Austen

par Electra

Première participation au challenge Victober avec des retrouvailles avec l’une des mes auteures préférés et un roman que j’avais presque totalement oublié..

En choisissant Persuasion, je remplis du coup deux défis du challenge : lire un roman de moins de 250 pages et relire un livre. Je l’ai lu il y a fort, fort longtemps.. A cette époque-là, j’étais étudiante et je lisais beaucoup de classiques anglais. Je crois qu’à l’époque j’étais trop jeune pour apprécier toute la teneur de ce roman. Je me souviens d’avoir trouvé Anne Elliot, l’héroïne, fade et un brin trop romantique. Il m’aura fallu lire Jane Austen de nouveau quelques années plus tard pour prendre conscience de son talent immense.

Persuasion est le dernier roman achevé de l’auteure, un an avant sa mort en 1817. Il sera publié à titre posthume en 1818.  Autre particularité de ce roman : il est contemporain de l’époque puisque l’exil de Napoléon à l’île d’Elbe après sa défaite est décrite en toile de fond.  Mais revenons à l’histoire : Anne est la cadette de l’honorable Sir Elliot de Kellynch. Son ainée Elizabeth et sa benjamine Mary complètent cette famille, après la mort tragique de leur mère lorsque Anne avait 14 ans. La jeune femme a 26 ans et n’est toujours pas mariée. Elle s’était fiancée, il y a huit ans, avec un jeune officier de marine, Frederick Wentworth mais celui-ci n’avait aucune fortune personnelle, et la famille d’Anne, en particulier Lady Russell, l’amie de sa mère, l’avait convaincu de rompre. Depuis, la famille connaît à son tour de gros soucis financiers et leur unique solution est de louer le château familial et de s’installer à Bath pendant quelques années. Le père d’Anne s’y oppose au départ mais finalement accepte lorsque l’Amiral Croft se montre intéressé. Lorsque ce dernier s’installe au Château, Anne découvre qu’il est le beau-frère de Frederick. Ce dernier a fait fortune en mer et revient grand vainqueur de la guerre contre la France. L’homme a mûri et se révèle être un parti très convoité par les amies d’Anne…

Anne fut persuadée de rompre.. Etait-ce une bonne décision ? Jane Austen s’amuse de nouveaux avec les sentiments humains et ici réussit à construire une véritable tension dans ce roman. Oui, je connaissais la fin mais j’ai quand même eu un doute en le relisant ! Et j’ai adoré m’offrir ce guilty pleasure : quel plaisir de retrouver le style de l’auteure britannique, son talent pour saisir nos petits défauts, nos travers ! Son roman n’a pas pris une ride. Car oui, on peut lire un roman se situant il y a deux cent ans et pourtant s’y reconnaître, car Jane Austen savait sonder l’âme humaine comme personne.

Mais surtout, comme dans ses autres romans (je pense à Lady Susan), elle offre aux lecteurs une satire particulièrement féroce d’une société anglaise “engoncée dans ses principes”. Elle sait parfaitement décrire les classes sociales et leur fonctionnement, ainsi le regard porté autrefois à Frederick évolue-t-il avec sa nouvelle fortune…Comme dans Northanger Abbey, l’auteure utilise la vie mondaine et très superficielle de Bath en arrière-plan pour servir ses propos. J’adore son regard aussi acéré sur ses contemporains. Et je note que l’être humain n’a pas énormément évolué !

L’auteure croque une superbe galerie de personnages, principaux et secondaires – un autre de ses nombreux talents – Je pense ainsi au père qui ne supporte pas l’idée de vivre plus chichement, à sa soeur cadette égocentrique et capricieuse, à un cousin arriviste.. Anne n’est pas épargnée non plus et je réalise à quel point j’étais jeune et étrangement distante quand je l’ai lu. A la même époque, j’étais tombée en amour de l’oeuvre d’E.M Forster (Howards Ends et Chambre avec vue) et je n’ai relu Jane Austen que longtemps après…

Sinon, j’ai voulu voir si une adaptation télévisée existait, et j’ai trouvé quelques extraits mais j’ai trouvé les comédiens particulièrement fades comparés au roman. Wentworth est grand, fort, sombre et là il est blond, timide.. non, ça ne va pas du tout ! Décidément, la BBC et moi ça ne marche pas à tous les coups…

Et vous, avez-vous lu Persuasion, quel souvenir en gardez-vous ?

Editions Penguin Classics, 2006, 288 (avec une longue introduction)

12 commentaires
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Et pourquoi pas

12 commentaires

keisha 28 octobre 2019 - 8 h 10 min

Lu , relu, en français, en vO (j’ai même un poche VO avec une fin alternative -je te fais peur?- disons plutôt qu’il y a une version autre de la rencontre de la fin, que JA a écartée pour choisir celle de la lettre – si je me souviens bien) Inutile de dire que tu me donnes envie de relire encore (mais j’ai howards end sur mes étagères…^_^)

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Electra 28 octobre 2019 - 18 h 38 min

Je n’ai jamais lu ces auteurs en français – j’ai du mal à imaginer cette version, étrange, non ? c’est comme pour le Seigneur des Anneaux (dont les noms ont été carrément changés). Pour la lettre, j’ai un doute du coup.. mais je suis plongée dans Vanity Fair après Middlemarch… je finis par m’emmêler les pinceaux LOL – je veux relire Howards End aussi !

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mingh 28 octobre 2019 - 10 h 35 min

Lu et relu, mais tu donnes envie de le relire. Je ne l’ai qu’en vo. Je me souviens de la version BBC, je me souviens l’avoir bien aimée… après l’avoir revue. Il faut toujours revoir, tu as raison. Dans le même contexte, je regarde Sanditon actuellement diffusé sur la BBC. Je n’aime pas trop le choix de l’actrice pour l’héroïne, on a toujours des idées très précises en tête pour les versions filmées. Par exemple, j’ai vraiment aimé le choix de Romola Garai pour Emma (version BBC). Bref, on ne quitte jamais Austen !

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Electra 28 octobre 2019 - 18 h 40 min

Oh oui, pareil – depuis que j’ai vu le film de Pride&Prejudice, je n’ai que ces acteurs en tête et sinon comme toi, j’adore Romola Garai du coup, après c’est difficile d’aimer d’autres acteurs .. sauf pour Jane Eyre où j’ai changé d’avis en préférant une version plus récente (avec Mia Wasiwoska ?) bref sinon comme toi je ne les ai lus qu’en vo. Oui, avec le temps, on oublie certains passages et puis à l’époque j’avais eu un coup de coeur pour l’oeuvre de Forster du coup j’étais plus dure à l’encontre de celle d’Austen. Et pourtant quelle finesse, oui tu as bien raison, on ne quitte jamais son univers !

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Marie-Claude 28 octobre 2019 - 15 h 44 min

Juste à lire ton billet, il me pousse des boutons d’urticaire. Alors… imagine lire le roman!

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Electra 28 octobre 2019 - 18 h 42 min

Je ne comprends pas ta réaction car l’étude des comportements humains est tellement moderne ! Austen sait tellement se moquer de notre fierté mal placée ! Ou alors tu as peur de te reconnaître LOL Moi, c’est ton Dubois et toutes les histoires où c’est un homme qui remet en question sa vie qui me font fuir, quelle horreur !!!! là comme toi, je prends mes jambes à mon cou !

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hélène 29 octobre 2019 - 11 h 18 min

J’avais adoré !

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Electra 29 octobre 2019 - 20 h 19 min

Je comprends !

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Fabienne 31 octobre 2019 - 19 h 46 min

Tout comme toi, j’ai lu pas mal de classiques anglais en vo lors de mes études. Il faudrait que je pense à les relire.

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Electra 31 octobre 2019 - 20 h 34 min

Oui, tu vas voir, ils n’ont pas vieilli un pouce ! ou alors l’être humain n’a pas beaucoup évolué depuis …. 😉

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Fanny 1 novembre 2019 - 10 h 37 min

Ca fait tellement longtemps que je n’ai plus de romans de Jane Austen!

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Electra 1 novembre 2019 - 10 h 45 min

fais-toi plaisir ! c’est si fluide et si plaisant, et intelligent ! c’est comme une sorte de lecture doudou !

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