Middlemarch · George Eliot

par Electra

Victober m’aura permis de venir à bout de ce pavé ! Middlemarch, aujourd’hui considéré comme le chef d’oeuvre de George Eliot, ne m’aura finalement pas résisté. Et pour être honnête, j’y ai succombé .. et pourtant j’ai lutté.

Quand j’ai acheté l’édition Penguin Classics de 2003, je savais qu’elle comptait 880 pages, mais avec une toute petite police. Du coup, j’ai pris peur. Parce que lire un roman moyen de 400 pages, pourquoi pas, mais le double ? Allais-je aimer ? Et le livre pèse une tonne, difficile de l’emporter partout avec moi. Et j’avoue que les premières pages ne m’ont pas emballées. Je ne connaissais pas George Eliot et son style m’a paru tout de suite moins fluide que celui de Jane Austen ou Elizabeth Gaskell. Bref, j’hésitais. De plus, je savais que Middlemarch, étude de la vie de province a été au départ publié en 8 volumes entre 1871 et 1872. L’histoire se déroulant dans la ville fictionnelle de Middlemarch dans les Midlands de 1829 à 1832.

Bref, en emportant le livre avec moi, et en lisant une petite vingtaine de pages (au lieu de quarante habituellement) dans les transports, j’ai pris peur. Combien de temps allait-il me falloir pour vaincre la bête ? Et puis, j’ai eu comme un déclic. J’ai saisi ma Kindle et téléchargé la même version. Et là, tout est devenu facile. Ma liseuse, que j’utilise en voyage, est devenue ma meilleure alliée : son poids léger, et sa police plus grande m’ont libérée et j’ai enchainé rapidement les pages. J’ai choisi les pourcentages par chapitre et non la totalité du livre et du coup, je me suis concentrée sur la lecture.

Autre point très positif : il suffit d’appuyer sur un mot pour accéder à Wikipedia et à sa définition (en anglais je précise). Le langage datant, il m’a permis de ne jamais louper le sens d’une phrase. Bref, je conseille vivement à ceux qui doutent et qui possèdent une liseuse de le lire sur cet outil. Et pour ceux qui préfèrent le lire en français, la version Folio Classiques de 2005 compte 1 152 pages.

Mais qu’importe le médium, lisez-le ! J’avoue donc, que le style m’a un peu décontenancé au départ. Je le trouvais très classique, et puis George Eliot comme le souligne le titre complet, livre non seulement plusieurs histoires croisées, certaines magnifiques, mais surtout met en avant son étude des moeurs et les thèmes qui lui sont chers : le statut des femmes (quel plaisir!), la nature du mariage, les classes sociales, la place de la religion, la bourgeoisie locale, l’éducation et les réformes politiques. Elle situe son roman à une époque charnière de l’Angleterre. Du coup, je trouvais le texte au départ trop intellectuel, plus centré sur le descriptif que le narratif, et puis très rapidement, je pense vers les deux cent pages (?), un déclic s’est produit et je suis devenue totalement accro à Middlemarch, aux personnages, à leurs vies, leurs destins. Et j’ai dévoré le roman ! Et même au bout de 880 pages, j’en redemandais !

Le premier personnage est celui de Dorothea Brooke, une jeune femme idéaliste qui semble promise à un propriétaire terrien voisin, Sir James Chettam. Mais au grand désarroi de son oncle Mr Brooke qui l’élève, et de sa jeune soeur Celia, Dorothea, 21 ans, choisit d’épouser l’un des amis de son oncle, le révérend Edward Casaubon dont elle admire l’intelligence. Elle espère s’accomplir à ses côtés, en l’aidant sur ses recherches. Mais la jeune femme voit ses illusions s’effondrer leur de leur voyage de noces à Rome. Ce dernier, un intellectuel morose, à la cinquantaine triste, ne sait pas comment interagir avec sa jeune épouse et lui rappelle sans cesse son infériorité liée à son sexe.  J’avoue que Dorothea m’a profondément énervée au départ. Elle pense être plus intelligente que ses pairs et pense pouvoir s’élever encore plus en épousant ce révérend sinistre. Elle juge ainsi sa jeune soeur Celia, qui finit par épouser Chettam, futile et superficielle. Mais parfois, les apparences sont trompeuses…  C’est alors que Dorothea croise la route du jeune cousin de son époux, Will Ladislaw. Les deux jeunes gens sympathisent à Rome et se revoient à Middlemarch, au grand dam de son époux qui déteste Will. Il lui a payé ses études mais le trouve antipathique. Will aime l’art, dessiner, croquer la vie, la beauté. A l’opposé de Casaubon. Après un premier incident de santé, Casaubon prend peur. Il ne peut supporter l’idée que Dorothea se remarie avec Will s’il vient à décéder subitement. Car le nouveau médecin du comté, le Dr Lydgate, lui a confirmé ses craintes. Le coeur fragile, Casaubon prépare un codicille dans lequel il insère une clause dans son testament.

De son côté, Rosamund Vincy, fille du maire de Middlemarch, tombe amoureuse de ce jeune médecin, Tertius Lydgate qui va, avec l’aide du banquier, Bulstrode, ouvrir un hôpital et appliquer la médecine qu’il a appris aux côtés de Laënnec en France. Mais les gens sont méfiants, ils ne comprennent pas qu’il ait été choisi aux détriments des médecins de famille locaux et de plus, il ne prescript pas automatiquement des potions et parle “d’hygiène de vie”. Malheureusement pour lui, sa proximité avec le notable Bulstrode va bientôt mettre sa carrière en péril. Ce dernier cachant un terrible secret incluant le jeune Will Ladyslaw. J’allais oublier Fred Vincy, le frère de Rosamund, qui se destine, sans envie, à l’église. Souvenez-vous qu’à l’époque, il était courant que l’un des fils se destine à une carrière militaire et l’autre à l’église. Mais Fred rechigne, il n’est pas religieux et ne s’imagine prêcher dans une paroisse. De plus, il est amoureux depuis son plus jeune âge de Mary Garth, la fille d’un maître de ferme. Une jeune femme au physique ingrat mais qui incarne la bonté même et qui sait que Fred serait une catastrophe pour le clergé. Cette dernière travaille auprès de Mr Featherstone, un oncle lointain de Fred qui doit lui léguer sa fortune. Mais une nouvelle fois le destin se charge de tout bouleverser….

Peu à peu, tous les personnages vont être touchés par une crise politique, sociale et financière et la petite ville de Middlemarch va connaître de terribles émois.

George Eliot est un génie ! Elle sait créer une véritable ville avec ses habitants et en situant l’histoire à la veille de la Reform  Bill, elle recrée l’Angleterre avec ses aristocrates, ses notables, ses classes sociales. J’ai vraiment aimé le portrait à cette époque et puis les femmes, le statut des femmes – elle leur donne la parole et imaginez-vous, nous sommes à la fin du 19ème Siècle, elle exprime ici la supériorité sur le sexe faible, le rôle des femmes réduit à un rôle de représentation. J’ignore ce que les lecteurs de l’époque ont ressenti en lisant ses mots. Elle juge aussi cette société qui ne fonctionne qu’en matière de classes sociales, un homme ne peut épouser une femme pauvre et l’inverse est identique. Les mariages sont scrutés, jugés et sévèrement réprouvés lorsqu’ils ne correspondent pas à l’ordre établi. Défier les conventions est un acte de liberté.

Je ne suis pas fan des histoires d’amour en général, d’ailleurs je ne lis que celles des romans classiques. Pourquoi ? Peut-être parce que je trouve que la femme existe ici, dans une société patriarcale, mais sur un pied d’égalité. Dans tous les romans de Jane Austen, des Soeurs Brontë ou Gaskell, elle s’affranchit des codes et des moeurs. J’ai d’ailleurs pris des dizaines de notes avec ma Kindle. Impossible de toutes les citer, mais George Eliot fait mouche à chaque fois !

Bref, il me reste à lire, dans le cadre du challenge, Vanity Fair de William Makepeace Thackeray, et surprise l’édition fait 768 pages ! Du coup, je n’ai pas hésité une seconde. Je l’ai téléchargé sur ma liseuse et ayant vu des avis positifs, j’ai hâte de repartir dans l’Angleterre victorienne. Et j’ai bien l’intention de lire tous les autres romans de George Eliot.

♥♥♥♥♥

Editions Penguin Black Classics, 2003, 880 pages

16 commentaires
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Et pourquoi pas

16 commentaires

mingh 30 octobre 2019 - 10 h 48 min

Bravo pour l’exploit ! Je suis rentrée dans Middlemarch autrefois et j’avoue que j’avais sauté plusieurs pages. Difficile de tenir sur la longueur… Je signale que la version BBC (1994) donne un assez bon aperçu du roman pour celles et ceux qui n’ont pas ton courage et de liseuse !

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Electra 30 octobre 2019 - 19 h 35 min

MDR – oui parfois une adaptation cinématographique est la solution ! Merci – oui, j’ai tout lu et une fois dedans, j’étais bien accro ! Je suis assez fière de moi 😉

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keisha 30 octobre 2019 - 14 h 02 min

Arf, tu vois les romancières victoriennes sont incontournables! J’ai lu deux fois Middlemarch (la deuxième c’était pour une LC mais la blogueuse m’a abandonnée) j’ai tenté en VO mais je confirme ce n’est pas fluide et je suis sagement revenue au français. Bizarrement j’ai avalé sans encombres Daniel Deronda et The mill on the floss (recommandés bien sûr!) en vO…
Vanity fair, ah c’est quelque chose, amuse toi bien!!!

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Electra 30 octobre 2019 - 19 h 37 min

Oui, je lis facilement en anglais mais je sais reconnaître quand le niveau change et je déconseille certaines lectures (Les Hauts de Hurlevent en particulier car beaucoup de dialogues avec du jargon) et puis pour un pavé il faut être à l’aise ! Je n’ai pas lu Mill on the Floss or c’est le livre préféré d’une amie .. je dois le lire ! Je commence juste Vanity Fair autre ambiance mais déjà les premières critiques bien salées d’une société bourgeoise si vaniteuse !

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Ingannmic 30 octobre 2019 - 18 h 28 min

Bravo pour ta persévérance, elle a été récompensée ! J’ai été moins courageuse que toi, ayant eu ce titre entre les mains, en librairie, pour finir par le reposer après avoir lu les premières pages, découragée d’avance ! Un jour, peut-être, d’autres pavés m’attendent…

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Electra 30 octobre 2019 - 19 h 39 min

Merci ! Mais j’ai dit pareil que toi, les premières pages m’ont décontenancées et j’ai cru ne jamais le lire mais promis après cinquante pages, ça change et c’est ensuite addictif ! si tu as l’occasion de le retenter un jour ! Sinon, oui moi aussi j’ai encore plein de pavés à lire !! d’ailleurs, j’en ai recommencé un …

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Zarline 31 octobre 2019 - 4 h 01 min

Dans ma Pal depuis des lustres dans une édition hardback et vo. Du coup je n’ai jamais eu le courage de l’attaquer (pourtant j’aime assez les pavés). Peut-être que je devrais me le télécharger sur liseuse pour la lecture et garder mon édition maousse pour la déco…

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Electra 31 octobre 2019 - 18 h 00 min

Je te conseille la liseuse, car ta version papier doit peser une tonne ! et si tu aimes les pavés, tu ne pourras qu’aimer cette aventure ! Je garde aussi ma version papier 🙂

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Fabienne 31 octobre 2019 - 19 h 41 min

Sacré exploit, bravo! J’aime bien les pavés mais là j’avoue que ça me rebute un peu. Si je le lis un jour, j’emprunterai la liseuse de ma fille!

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Electra 31 octobre 2019 - 20 h 33 min

oui, je te le conseille fortement mais sinon l’histoire est vraiment prenante et j’avais toujours envie de m’y replonger, un vrai feuilleton !

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Fanny 1 novembre 2019 - 10 h 40 min

Je me rends compte de mon ignorance… je n’avais jamais entendu de cette romancière ni de ce roman… tu me donnes envie d’aller à sa rencontre.

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Electra 1 novembre 2019 - 10 h 44 min

Idem pour moi i y a encore quelque temps, c’est en suivant des booktubeuses anglophones que j’en ai appris plus sur ce roman (je connaissais de nom George Eliot) – il n’est jamais trop tard pour découvrir des classiques

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Autist Reading 5 novembre 2019 - 11 h 07 min

Chapeau bas ! Je n’ai jamais lu George Eliot, comme de nombreux classiques anglais d’ailleurs (à part ceux au programme à la Fac). Il y a quelques temps, je m’étais attelé à la lecture de Vanity Fair et si j’étais plutôt ferré, j’ai abandonné en route par manque de temps.

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Electra 5 novembre 2019 - 20 h 03 min

ah je viens de reposer Vanity Fair car épuisée et puis trop près de Middlemarch, mais je vais aussi le reprendre ! George Eliot m’a paru un peu terne au départ, un style “plus classique” mais en fait, une fois pris dedans, impossible de le reposer – en fait, la taille est à la fin plaisante car on n’a plus envie de les quitter .. je comprends mieux pourquoi ils étaient diffusés en feuilletons dans la presse écrite.

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Mes échappées livresques 5 novembre 2019 - 11 h 10 min

Encore une auteure que je découvre grâce à toi! Je me la note pour de prochaines virées bouquineries…

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Electra 5 novembre 2019 - 20 h 04 min

Oui, elle a écrit plein de romans, d’autres plus courts .. c’est vrai que Jane Austen a fait de l’ombre à pas mal d’autres auteures !

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