Radio Silence · Alice Oseman

par Electra

Il m’est toujours difficile de revenir vers la fiction après avoir enchainé plusieurs récits authentiques. Et c’est vers un roman jeunesse, chose encore plus rare, que je me suis finalement dirigée. J’avais entendu grand bien de ce roman, disponible en français sous le même titre.

Alice Oseman est apparemment très appréciée des lecteurs anglophones, ses romans sont traduits en français. Radio Silence raconte l’amitié entre deux jeunes anglais, Frances Janvier et Aled Last. Frances est en dernière année de lycée. Un lycée privé où la jeune femme brille par ses notes. La preuve, elle est a obtenu le statut de “Head” (la tête), la représentant de son école. La jeune femme n’a qu’un souhait : être accepté à Oxford ou Cambridge. Elle est en perpétuelle compétition avec un autre élève de son école, Daniel. La jeune femme ne sort pratiquement pas et passe ses soirées à étudier. Son unique distraction est un podcast, Universe City.  Elle suit avec attention les aventures de Radio Silence, un jeune homme qui survit dans cet univers, qu’il déteste et où tout est faux. Les conspirations s’enchainent. Une série de fantasy où la jeune femme se reconnaît et qu’elle met en scène à travers des dessins, son activité préférée mais qu’elle garde pour elle.

Hello, I hope somebody is listening.

La jeune femme accepte de sortir avec ses amis. En Angleterre sortir rime avec boire, seule activité acceptable apparemment. Elle y croise alors Daniel, accompagné de son meilleur ami, Aled Last. Les Last vivent juste en face de chez Frances. Frances a été brièvement amie avec la soeur jumelle d’Aled, Carys. Les jeunes femmes prenaient ensemble le train le matin mais allaient dans des écoles différentes. Mais Carys a mystérieusement disparu il y a dix-huit mois. Le jeune homme vient d’intégrer l’université. Il est très timide et se confie peu mais ce soir-là, totalement ivre, il avoue à Frances être l’auteur d’Universe City.  Les deux jeunes gens se rapprochent.

J’avoue, j’ai adoré cette première partie – vraiment très bien écrite et passionnante. Les deux jeunes gens sont enfermés dans leur monde, virtuel ou académique et trouvent enfin quelqu’un à qui s’ouvrir, parler. L’auteure sait bien reproduire ces sentiments d’isolement et j’ai été totalement embarquée dans l’histoire. Je ne pensais pas, à mon grand âge, être aussi touchée par des histoires d’ados.  Aparté : je n’aime pas les histoires d’ado en général (le Caribou le sait). Il y a quelques exceptions à mon sentiment général (Salinger, Kiston ou Hegland) et là j’étais ravie de voir que l’on pouvait reproduire aussi bien cette période charnière de la vie, où l’on quitte l’enfance pour l’âge adulte.

Mais j’ai parlé trop vite, car la seconde partie m’a nettement moins enchanté. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais les deux amis se disputent et tous deux sombrent. Une sorte de drama s’installe et soudainement la jeune femme intelligente se transforme en gamine stupide. Ils n’ont plus dix-huit ans mais treize ans. Son interview à Cambridge est si ridicule (elle doit parler de son livre préféré, L’attrape-coeurs – évidemment, j’étais donc très intéressée) et elle s’exprime moins bien qu’une enfant de huit ans. Et puis surtout, la découverte d’un personnage mystère est si ridicule ! Elle, si intelligente, met des mois à découvrir ce que j’avais deviné dès les premières pages du livre, avec des indices plus gros qu’un éléphant dans une pièce.

La toute fin rattrape un peu l’histoire, avec leur intervention de sauvetage, assez amusante. Reste aussi quelques erreurs comme le personnage de la mère d’Aled et Carys, dont le comportement est tellement anormal qu’il en devient risible et quelques autres éléments improbables font que j’ai perdu au fil de ma lecture le plaisir intense du début. Je pense qu’elle n’avait pas besoin d’en faire autant. Reste le message général sur l’université, la pression parentale pour faire de leurs enfants des petits génies, l’image négative de ces boîtes à bac. Rien de révolutionnaire. Ce que j’ai vu moi, dans le personnage d’Aled, c’est surtout une forme de dépression. Le terme n’est jamais abordé, mais il semble qu’elle en parle dans d’autres romans. Or c’est vraiment de cela que souffre le jeune homme et pas d’une haine de l’université. Celle-ci catalyse les problèmes d’une génération d’enfants perdus.

J’ai failli oublier, le roman aborde la sexualité (l’homosexualité, l’asexualité) mais vraiment de façon très diluée dans le roman, un peu plus vers la fin. Mais ce n’est, en mon sens, pas du tout le sujet principal du livre.

Je ne dis pas que je ne lirai pas à nouveau l’un de ses romans, étrangement l’un d’eux est souvent détesté par ceux qui ont aimé Radio Silence et du coup, je serais curieuse de le lire si j’en ai l’occasion. Il aura eu au moins le mérite de me redonner le goût à la lecture !

♥♥♥

Editions Harper Collins,  2018, 416 pages

Et pourquoi pas

8 commentaires

Fanny 23 décembre 2019 - 8 h 53 min

Etrange de voir un roman jeunesse ici 😀

Electra 23 décembre 2019 - 20 h 41 min

Oui je sais, moi aussi ça me fait tout bizarre 🙂

Fabienne 23 décembre 2019 - 16 h 46 min

J’ai bcp souri en lisant ton article 😉 Curieuse de savoir quelle sera ta prochaine lecture du coup, vu que tu en as déjà abandonnée une 😉

Electra 23 décembre 2019 - 20 h 42 min

Je viens d’en abandonner une autre .. une page m’aura suffit ! mais depuis je me suis rattrapée avec deux coups de coeur mais merci pour le sourire ! Oui, je pense ne pas être faite pour les romans jeunesse !

Autist Reading 23 décembre 2019 - 18 h 14 min

Je passe mon tour… et ma LàL te remercie au passage.
(malheureusement, c’est une réalité : les Anglais ne savent pas “s’amuser” sans se murger jusqu’au coma éthylique… Un désastre 🙁 )

Electra 23 décembre 2019 - 20 h 43 min

et les étudiants américains non plus.. pour avoir vécu cela, les corps dispersés sur les pelouses … bref sinon de rien ! Ma LàL ne te remercie pas par contre ! hihihihi

Ingannmic 23 décembre 2019 - 21 h 22 min

Coucou Electra,

Rien à voir avec ta chronique (même si je l’ai lue comme d’habitude avec attention…), mais juste pour te prévenir que je fais paraître un billet le 26/12 invitant à une LC autour d’un de ces deux titres de Russo : Ailleurs ou Le pont des soupirs (après concertation avec The Autist). Ce billet sera signé, sauf contre-ordre de ta part bien sûr, du nom des cinq participants (dont toi, donc) à la LC d’Un homme presque parfait.

Bonne soirée.

Jerome 26 décembre 2019 - 12 h 16 min

C’est chouette de te voir lire un roman jeunesse, même si ce n’est pas un grand coup de coeur 😉

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