Girl, woman, other ⋅ Bernardine Evaristo

par Electra

Il me tardait de découvrir ce livre, encensé et récompensé l’an passé par le Booker Prize. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Il s’agissait d’un roman anglais écrit par Bernardine Evaristo, dont le nom m’était inconnu. Le sujet ? La condition de la femme noire en Angleterre.

Mais ce roman est tellement plus que cette chronique ne va pas être facile à écrire. Parce que l’autrice anglo-nigériane livre ici non seulement un roman moderne et joyeusement polyphonique (12 voix) mais également un portrait complet et saisissant de la question de la femme noire en Angleterre.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est girlwomanother-evaristo-195x300.jpg.Qu’elles soient d’origine africaine, jamaïcaine, américaine, elles ont toutes grandi en Angleterre à différentes époques et lieux. 12 portraits de femme.  L’autrice a divisé son livre en quatre chapitres, avec à l’intérieur le portrait de 3 femmes. Quatre d’entre elles sont liées par le sang (mère et fille). D’autres sont des proches. Si l’autrice a choisi de donner voix à ces femmes à la troisième personne du singulier, ne craignez rien. J’ai été bluffée par ce style, cette “prose fiction” qu’elle décrit comme fluide. Des phrases courtes, directes. Et très rapidement, ces femmes ont surgi devant moi et à la fin de ma lecture, j’étais persuadée d’être devant un portrait de femmes existant bel et bien. Qu’elles soient mères, filles ou grand-mères, épouses, divorcées ou mères célibataires, gays, hétérosexuelles, transgenre ou non-binary (j’avoue que j’ignore le terme français pour une personne qui ne se reconnaît dans aucun sexe) : elles sont là. Devant vous. Et vous mettent au pied du mur. Leurs histoires m’ont prise à la gorge.

Elles sont amies d’enfance pour certaines avec des parcours de vie différents. Des morales différentes, d’ailleurs Shirley n’a jamais vraiment approuvé l’homosexualité de son amie, même si elle s’en cache. Alors quand Amma, l’invite elle et d’autres personnages à la première de sa pièce de théâtre à Londres, elles se reconnaissent, des années après, s’évitent ou se retrouvent. Comme Amma et sa meilleure amie Dominique, qui tentaient de percer dans le cinéma du Londres des années 80, mais leurs peaux brunes, leurs cheveux frisés, leur grande taille faisaient peur. Dominique tombe amoureuse d’une Américaine qui veut l’emmène loin dans un autre monde, où les femmes ne sont plus gouvernées par les hommes. Mais il y a tant de personnages que je ne peux pas tout décrire….

Comme Megan qui ne se sent ni fille, ni garçon, ne supporte plus ses seins. Et devient Morgan. Cela trouble forcément son arrière-grand-mère, Hattie, 93 ans. On fête son anniversaire et elle se souvient de sa mère. Dans sa famille, les peaux ont blanchi de génération en génération. On sait que la mère d’Hattie a fait un beau mariage d’où la grande propriété et que sa fille se serait entichée à la fin du 19è S. d’un soldat Abyssin. Et depuis, les mariages se font uniquement avec des hommes blancs et d’ailleurs, les petits-enfants ne semblent plus posséder de sang noir, juste cette teinte dorée qui peut indiquer une multitude d’origine… 

J’ai adoré Hattie, mais également Bummi qui a repris sa vie en main et puis Winsome dont j’ai adoré l’histoire même si elle peut choquer certains. Des femmes qui se marient, sont trompées, ou sont veuves prématurément mais qui font toujours face dans l’adversité. Et élèvent des amazones.

Le roman est prenant et puissant, et le nombre de personnages peut vous fatiguer. Un tourbillon d’émotions. Je vous conseille de faire parfois une pause entre les chapitres. Mais cette histoire est tellement moderne et offre ici un merveilleux nombres de voix féminines qu’il est essentiel d’écouter. Je comprends maintenant l’engouement autour de ce roman.  Et j’ai dorénavant très envie de lire les autres écrits de Bernardine Evaristo. 

♥♥♥♥♥

Editions Penguin, 2020, 453 pages

Photo by Katie Atkins on Unsplash

10 commentaires
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Et pourquoi pas

10 commentaires

Fanny 2 septembre 2020 - 7 h 12 min

Sans surprise, je te rejoins complètement !
J’ai aussi adoré, et je suppose que c’est pareil dans la version originale, la syntaxe, la ponctuation presque inexistante qui apporte quelque chose de fort.

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Electra 2 septembre 2020 - 19 h 50 min

Oui tout pareil. Cela donne un rythme particulier et l’emploi de la troisième personne ne tient pas le lecteur éloigné, on a l’impression d’avoir un portrait de vraies femmes, qui existent !

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Eva 2 septembre 2020 - 11 h 44 min

un de mes repérages de cette RL, et ton avis me conforte dans mon envie de le lire au plus vite !

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Electra 2 septembre 2020 - 19 h 50 min

ah oui ! Tu dois, je pense que tu vas beaucoup aimer 🙂

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La Rousse Bouquine 4 septembre 2020 - 12 h 47 min

Dans ma PAL, j’ai hâte de le lire.
Je pense le lire “par morceaux” pour savourer et picorer les différents portraits entre plusieurs lectures !

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Electra 6 septembre 2020 - 17 h 22 min

Et tu as tout à fait raison ! J’étais sur la plage du coup, j’en ai lu la moitié (avec le retour en train) mais je pense qu’effectivement, on peut prendre son temps … 🙂

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Mes échappées livresques 4 septembre 2020 - 15 h 03 min

Sur ma liste d’envies de cette rentrée, il finira par atterrir entre mes mains c’est certain!

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Electra 6 septembre 2020 - 17 h 22 min

Oui ! J’espère ne pas me tromper, mais je pense qu’il va vraiment te correspondre !

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L&T 5 septembre 2020 - 11 h 55 min

Ce livre me parle beaucoup avec le sujet qu’il aborde! J’ai très envie de le découvrir. Merci beaucoup pour cette découverte qui sort des sentiers battus.

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Electra 6 septembre 2020 - 17 h 23 min

De rien ! Il remue là où n’a pas souvent l’habitude d’être remuée. Et quel talent d’écrivaine, un vrai régal !

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