La danse du vilain · Fiston Mwanza Mujila

par Electra

Me voilà pour une échappée en Afrique, dans les zones diamantifères, entre la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) et l’Angola. Et quel voyage !

Fiston Mwanza Mujila signe un deuxième roman (je n’ai pas lu le premier, Tram 83, publié en 2014 chez Métailié) tonitruant. L’adjectif est faible. J’ignore si je peux écrire une chronique qui est fidèle au rythme endiablé de ce roman. La rumba. Le sang, le diamant, la musique, la guerre. Tout y est.

On suit un groupe d’enfants des rues, enfin, qui ont choisi la rue. Sanza, Le Blanc (il est albinos), et Ngungi, l’enfant-sorcier. Ils ont parfois quitté des familles aimantes et bourgeoises pour vivre au centre de Lubumbashi près de la poste, comme Molakisi. La ville est en plein chaos, comme le pays, qui s’appelle encore Zaïre. La guerre civile n’est pas loin. Mais on rêve d’argent, de gloire et pour cela, certains sont prêts à passer clandestinement la frontière de l’Angola pour aller chercher le diamant. La fortune. Avec si possible la protection de Tshiamuena, la Madone des mines de Cafunfu.

Elle était l’Angola. L’autre Angola. L’Angola des mines, de l’argent, des diamants, des éboulements, de la rivière diamantifère de Kwango,; l’Angola dont tout homme – amoureux de l’argent ou non – rêve au moins une fois dans sa vie.

Beaucoup partaient et ne revenaient jamais. Les conditions de vie et de travail étaient inhumaines. Swanza tentera sa chance. Ce roman comprend une multitude de personnages, tous plus en couleur les uns que les autres. Comme cet autrichien qui a pris la nationalité zaïroise et se balade à travers la ville avec une valise pleine de phrases, pour son soi-disant futur grand roman.  Les gamins des rues doivent rester sur le garde, leurs bagarres risquent d’intéresser un peu trop Monsieur Guillaume et sa police secrète.

Le pays lui vit au gré des coups d’état, la République du Congo devient Zaïre – la rivière. Où tout est possible, car rien n’est impossible pour un Zaïrois. Mais les années passent et le régime de Mobutu faiblit et bientôt la révolte gronde. Au gamin des rues, se mêlent les enfants combattants. La défaite approche. Et lorsque le général est renversé, les habitants entament la danse du Vilain : un pied à gauche, un pied à droite, tout en roulant les derrières, une grimace sur la figure, les bras tendus et les mains ouvertes comme si on jetait l’argent.

Ils rêvaient tous de commercer avec Le blanc, puisque ce dernier était frappé d’albinisme. Nous étions des adultes à part entière. Nous étions des maîtres, nos propres maîtres. Nos propres prophètes de malheur.

Un roman magnifiquement écrit (quel talent!), doté d’une multitude de couleurs, il y a du sang, de la sueur, de la musique et une furieuse envie de vivre. Une jolie échappée.

♥♥♥

Editions Métailié, 2020, 272 pages

Et pourquoi pas

8 commentaires

Clete 18 novembre 2020 - 11 h 34 min

Bon, tu as réussi à me convaincre, je vais l’extraire de la pile…

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Electra 18 novembre 2020 - 17 h 44 min

Une pile ? Une seule ? ça bouge beaucoup, un peu chaotique mais c’est le charme de l’Afrique… bonne lecture !

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Jérôme 18 novembre 2020 - 13 h 49 min

Trop longtemps que je n’ai pas lu de littérature africaine, il faudrait que je m’y remette (d’autant plus que j’ai toujours pas lu le deuxième roman de Leye Adenle qui m’attend depuis sa sortie^^).

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Electra 18 novembre 2020 - 17 h 43 min

Oh ! pas bien ! Oui, moi j’en lis peu aussi Adenle et deux autrices nigérianes mais c’est mon premier romancier Cogonlais. J’ai appris un peu plus sur l’histoire mouvementée de ce pays. Et j’étais même à la recherche du traducteur avant de réaliser que la langue officielle est le français !

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Ingannmic 18 novembre 2020 - 20 h 21 min

Je suis toujours intéressée par les propositions de titres africains, j’essaie d’en lire de temps en temps, mais mes tentatives ne sont pas toujours fructueuses…

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Electra 18 novembre 2020 - 20 h 30 min

Oui, je lis uniquement ceux de Métailié et pour l’instant ça va ! Récemment, surtout des auteurs/autrices nigérians du coup ça fait du bien de changer de pays 😉

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Fabienne 22 novembre 2020 - 11 h 41 min

Je ne lis que trop peu de littérature africaine malheureusement mais comme je te l’avais dit, j’avais repéré celui-ci. Je finirai par me laisser tenter! Et puis j’ai aussi “Born on a Tuesday” dans ma pal que j’avais acheté en vo suite à ton billet.

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Electra 22 novembre 2020 - 18 h 57 min

Born on a Tuesday est aussi très bien mais complètement différent. Celui-ci est tout feu tout flamme ! je ne lis aussi que trop peu de littérature africaine

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