Five Little Indians · Michelle Good

For every terrified child taken

par Electra
6 commentaires

J’ai repéré ce roman il y a un bout de temps, et j’ai finalement eu l’occasion de l’acheter à Québec à la librairie Pantoute. Ce roman aborde le douloureux sujet des pensionnats religieux qui ont accueilli les enfants autochtones canadiens.

Enlevés à leurs familles (de manière souvent brutale), les enfants sont envoyés dans ces pensionnats tenus par des Frères et des Soeurs bien décidés à leur ôter toute trace d’indigène en eux, pour en faire de bons petits catholiques. C’est le sort de Kenny, Lucy, Clara, Howie et Maisie au début des années 1960. Très rapidement, les sévices commencent. Interdiction de parler leurs langues, on leur coupe leurs cheveux à l’arrivée, on les affame et on les bat. Les insultes pleuvent. Certains enfants commencent ainsi à mouiller leurs draps. Le lendemain, ils doivent porter le drap mouillé sur leur tête et une pancarte autour du cou rappelant qu’ils sont sales….

Pourtant certains résistent, malgré leur jeune âge, comme Kenny. Il a eu un coup de coeur pour la jeune Lucy, et il lui passe des mots pour l’aider à tenir lorsqu’ils sont réunis dans la même salle. Filles et garçons étant évidemment séparés le reste du temps. Les années passent, certains élèves décèdent, d’autres disparaissent comme Howie… Kenny, qui a fait plusieurs tentatives d’évasion, finit par disparaître à l’âge de 12 ans .. Les Frères annoncent qu’il s’est noyé mais les enfants refusent d’y croire et toute une légende se crée autour de lui.

Puis à l’âge de 16 ans, les enfants sont du jour au lendemain, renvoyés. La plupart ont perdu tout contact avec leurs familles, les lettres étant retournées aux parents, les visites refusées. Certains vont tenter de retourner vivre auprès de leurs proches, mais dorénavant tout les sépare. La barrière de la langue, les traumatismes et les parents, qui ont parfois plongé dans l’alcool, la misère.

The house was smaller than in my memory, but familiar, and the whole evening I just wanted to cry as I took it all in, the place I had been dreaming about for ten years. (…) I lasted a month.  No matter how hard I tried, this place, their house, was no longer home, and these people, though kind and loving, were like strangers pretending to be family.

D’autres préfèrent aller dans le tristement célèbre quartier de Vancouver, le Downtown Eastside (où un fameux tueur en série allait sévir quelques années plus tard). Il faut trouver du travail, vivre le racisme au jour le jour, essayer d’oublier d’où l’on vient, essayer de dormir malgré ses cauchemars récurrents, résister aux attraits de la ville, l’alcool, la drogue, la prostitution.

A travers le portrait de ces cinq jeunes gens, auxquels je me suis très vite attachée, l’autrice Michelle Good livre un ici un puissant réquisitoire contre ces pensionnats qui ont ruiné, non seulement, la vie de ces enfants mais aussi ceux de leurs parents, de communautés entières. Il y a des scènes parfois très difficiles. J’ai particulièrement aimé comment l’autrice montre la répercussion sur leur vie d’adulte. Des personnages magnifiques, je ne peux trop divulgâcher mais je pense en particulier à Kenny.

Something that had been gone a long time filled her again, like her heart had suddenly started beating again after a long silence.

Leur amitié profonde, leur envie de se protéger les uns les autres, leur aura permis de survivre. Mais pas de vivre. Poignant.

Michelle Good est membre de la nation Cree de Red Pheasant au Saskatchewan.

Ce roman fait partie de mes challenges #nationindienne et #Canadaen12romans

♥♥♥♥

Editions Harper Perennial, 2020, 295 pages

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6 commentaires

Ingannmic 22 mars 2022 - 10 h 46 min

Ca m’a fait bizarre : le gamin devant à droite sur la photo qui illustre ton billet est le sosie de mon frère quand il était enfant !
Un sujet intéressant, et ce titre a vraiment l’air très bien, mais j’en ai déjà plusieurs sur ce thème sur mes étagères, dont « Jeu Blanc » de Wagamese.

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Electra 25 mars 2022 - 8 h 29 min

ah oui étrange similitude ! Oui, il y a pas mal de livres qui sont sortis, celui-ci m’a marqué car on les suit à l’âge adulte et pas uniquement leurs années au pensionnat

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Marie-Claude 23 mars 2022 - 3 h 29 min

Il faut absolument qu’il soit traduit. Encore un roman canadien anglais que je veux lire et que j’enrage qu’il ne soit pas traduit. J’espère qu’un éditeur le repérera…

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Electra 25 mars 2022 - 8 h 29 min

oui, je ne comprends pas vu son succès au Canada, que font les éditeurs québécois ? ou alors c’est le sujet qui fâche ?

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Mes échappées livresques 24 mars 2022 - 10 h 14 min

Le sujet m’intéresse et j’espère comme Marie-Claude qy’il sera vite traduit.

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Electra 25 mars 2022 - 8 h 30 min

oui le sujet et en plus il est très bien écrit et les personnages très touchants ! au boulot messieurs dames !

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