Une pause BD, ça vous tente ?

par Electra
Une pause BD,  ça vous tente ?

Deux lectures aujourd’hui avec la découverte d’un dessinateur dont j’ai tout lu depuis 🙂

Mon ami Dahmer – Derf  Backderf
♥♥♥♥♥

En suivant la chaine de Sophie, j’ai découvert ce roman graphique écrit par l’un des rares amis de Jeffrey Dahmer, devenu l’un des plus prolifiques tueurs en série américains. J’avais oublié l’existence de cet ouvrage lorsque je suis tombée par hasard dessus à la BM. Je n’ai pas hésité une seconde malgré le sujet.  Derf (un surnom, il s’appelle John) a passé son enfance à Richfield, petite ville de l’Ohio, touchée par la crise dans les années 70. Lorsqu’il intègre le collège, il croise un autre élève, Jeffrey Dahmer, un enfant solitaire. Les années qui suivent, il oublie son existence car Jeffrey est transparent. Il appartient pourtant à un club (astronomie ?) et pratique le tennis. A la rentrée du lycée, Derf retrouve Jeffrey, celui-ci a changé, il a beaucoup grandi (1m90) et s’amuse à imiter une personne atteinte d’un syndrome nerveux (cris et gestes brusques et non maîtrisés du corps) provoquant l’hilarité des autres élèves. Derf l’intègre à sa bande d’amis et ils font leur scolarité jusqu’à la fin du lycée.

Derf sait que Jeffrey est différent – d’ailleurs, il a entendu parler de cette invitation qu’il a lancé à d’autres garçons. Ceux-ci l’ont croisé portant un chat mort. Jeffrey les aurait emmené dans un cabanon dans les bois (la maison de Jeffrey était totalement isolée au milieu de la forêt) où il  s’amuse à plonger les corps des animaux morts dans l’acide pour regarder leur décomposition. La même année, un corps d’animal conservé dans le formol au collège est volé. Jeffrey admettra des années plus tard en être l’auteur. Ses fascinations morbides l’isolent des autres. Excepté Derf, Jeffrey n’a aucun ami.

La dernière année, les amis invitent Jeffrey à un nouveau jeu : poser dans toutes les photos de groupes de l’école (les lycées américains comptent de nombreux clubs, danse, théâtre, échecs, économies et les photos de classe). Repéré par l’un des professeurs sur une des photos de classe, celle-ci noircira son visage et cette photo deviendra un symbole de l’enfance meurtrie du garçon. Jeffrey cachait aux autres sa situation familiale. Derf est allé quelques fois chez lui et trouvait la mère de Jeff étrange. Celle-ci avait été hospitalisée en psy à plusieurs reprises. Ses parents se sont séparé et son père a quitté le domicile familiale la dernière année de lycée. Puis sa mère est partie dans le Wisconsin avec le petit frère en laissant seul Jeff. Deux abandons qui ont sans doute précipité Jeff dans la dépression.

Derf  trouvait Jeff étrange, morbide, et avoue avoir profité un peu de sa naïveté et solitude mais n’aurait jamais soupçonné qu’il cachait en lui une telle violence et noirceur.  Une fois le lycée terminé, Derf oubliera l’existence de Jeff jusqu’à l’année 1991 (et un peu avant lors d’une réunion entre amis de lycée où il plaisanta, je vous laisse découvrir l’objet de la plaisanterie) où ses crimes furent révélés à la terre entière. Jeff Dahmer fut arrêté et avoua 17 meurtres. Surnommé le « cannibal de Milwaukee » il sera assassiné en 1994 dans sa cellule. La mort de Jeff va réveiller en Derf les souvenirs enfouis de leur jeunesse, et Derf bossera sur une première version. Il publiera finalement ce roman graphique après avoir recontacté ses anciens amis, les professeurs de lycée et en s’appuyant sur tous les documents officiels publiés.

Derf ne nie en rien des actes gratuits et monstrueux de son ancien ami, mais a souhaité dresser un véritable portrait de l’adolescent Dahmer car à l’époque, les médias circulaient de fausses informations. Je crois aussi qu’il a voulu essayer de comprendre ce qui avait mené Jeffrey à perpétrer ses crimes (Jeffrey associait la sexualité à la morbidité, et se masturbait devant les corps inanimés de ses victimes avant de les démembrer). A l’époque, il était impensable d’avouer son homosexualité et toutes ses victimes furent de jeunes hommes qu’il trouvait attractif.

Il y a des faits troublants chez cette personne. Jeff a commis son premier crime après la fin des cours (un des amis de Derf qui l’aura ramené en voiture ignorait que le corps de sa première victime se trouvait à quelques mètres de lui) puis il réussit à contrôler ses envies pendant près de 9 ans avant d’assassiner 16 personnes, dans une escalade incontrôlable. Contrairement à d’autres psychopathes, Jeffrey Dahmer regrettait ses crimes et les a tous avoués, il n’a jamais tenté de manipuler la police (comme Charles Manson) et trouvait sa vie pathétique et misérable. Il ne savait comment expliquer cette envie de tuer et se rappelait les quelques amis qu’il avait eu au lycée.

Editions Points, 2015, 240 pages

Lost at sea – Bryan Lee O’Malley
♥♥♥♥

Raleigh n’a plus d’âme. Un chat lui a volé son âme. C’est ce qu’elle dit aux gens. Enfin, c’est ce qu’elle dirait aux gens si elle leur parlait. Pourquoi est-ce que tout est si terrifiant ? Pourquoi est-elle dans cette voiture avec trois autres élèves de son école, à traverser la Californie ? Raleigh a dix-huit ans et aucune idée de ce qu’elle fait. Si vous avez eu 18 ans, ou si avez déjà été un peu perdu, alors lisez ce livre.

Lost at sea est en anglais, cette courte bande-dessinée est un petit bijou.  Un dessin épuré, en noir et blanc – des visages expressifs et Raleigh. Cette jeune fille connaît un passage difficile. La jeune femme est totalement confuse, elle se confie à nous. Elle m’a inquiété, elle a peur de tout. Mais peu à peu, la jeune fille va retrouver confiance, grâce à ses trois partenaires de voyage. Raleigh n’avait qu’une seule et unique amie qui a déménagé. Depuis, elle partage son temps entre Vancouver où elle vit avec sa mère, et la Californie où son père s’est installé avec une femme « transparente ».  Déprimée, Raleigh loupe son vol de retour et décide de retrouver des élèves de son école qui terminent leur road-trip. Et ces jeunes gens vont peu à peu l’aider à sortir de sa carapace et même participer à la recherche du fameux chat.

Une lecture très belle, très douce et moi qui ne suis pas attirée par les romans jeunesse ou les émois adolescents, j’ai été séduite par ce récit. A découvrir !

Editions Oni Press, 2005, 160 pages

Et pourquoi pas

16 commentaires

keisha 17 février 2018 - 14 h 36 min

Mon ami Dahmer… J’en ai lu trosi de l’auteur, sans doute toi aussi. Mon préféré demeure celui avec son expérience de camion poubelles…

Electra 17 février 2018 - 14 h 41 min

Oui j’ai lu les 3. J’ai beaucoup aimé Dahmer mais aussi celui des poubelles. Il vaut le détour

Marie-Claude 17 février 2018 - 16 h 44 min

Les deux me tentent beaucoup. Il faudrait juste une traduction pour « Lost at sea ». Mais je vais tenter de mettre la main sur la première, en espérant qu’elle ne coûte pas la peau des fesses!
Commences-tu à compter les dodos?!

Electra 17 février 2018 - 17 h 08 min

Oui les deux te plairaient. La première date donc tu devrais la trouver à petit prix. Oui je commence à compter !

Mes échappées livresques 18 février 2018 - 9 h 27 min

je ne connaissais pas du tout Mon ami Dahmer mais très tentée! noté 😉 au passage très chouette ce rdv bd!

Electra 18 février 2018 - 9 h 31 min

Merci 🙂 J’en lis beaucoup en ce moment, donc pas mal de rendez-vous en perspective ! Je l’ai découvert sur le net, intéressant de voir ce côté-là de l’histoire de Dahmer. Et depuis j’ai lu toutes les autres BD de l’auteur.

Virginie 18 février 2018 - 12 h 23 min

pas tentée du tout, je crois que c’est le graphisme qui me déplait…Mais je vais faire comme toi, m’inscrire à la biblio pour lire des BD ;o)

Electra 18 février 2018 - 12 h 45 min

Pas de souci ! J’ai réagi pareil pour un dessinateur très connu. Quoi qu’ici j’avoue que je ne suis pas emballée par le graphisme mais l’histoire de Dahmer prend le dessus. Oui la bibli est une bonne solution ! J’ai pu en emprunter douze et pas de regret si je n’aime pas au final.

Valérie 18 février 2018 - 18 h 03 min

Mon ami Dahmer fut une claque! Je ne m’y attendais pas car les dessins ne m’emballaient pas.

Electra 18 février 2018 - 18 h 18 min

Pareil ! Le dessin est étrange mais le récit est passionnant, du coup j’ai lu tous ses autres romans graphiques, et il possède un vrai talent de conteur 🙂

Jerome 19 février 2018 - 13 h 12 min

Dahmer m’a mis très mal à l’aise. Je ne comprends pas le but d’un tel témoignage, j’ai eu l’impression qu’à travers le portrait du tueur le discours de Backderf était très autocentré, que c’est finalement lui le héros de l’histoire…

Electra 19 février 2018 - 14 h 09 min

Ah bon ? moi je n’ai rien ressenti de tout cela – comme quoi, on a tous un sentiment différent en tant que lecteur. Il n’y a pas de « héros » chez Backderf, le personnage principal de tous ses romans graphiques c’est l’unité de temps : la période (fin des années 70) – avec la crise économique qui frappe sa région, très ouvrière. Et un regret sur cette période .. je pense qu’il ne cherche pas à « juger » Dahmer car après tout quand il l’a connu, Dahmer était juste un type de son école. Pareil pour ceux qui ont connu Nordal Lelandais j’imagine. Les gens évoluent … Mais intéressant de lire ton avis très différent des autres. Moi j’ai bien aimé que ce ne soit pas centré sur Dahmer au risque de lui accorder une place qui n’était pas réelle, si tu vois ce que je veux dire.

Fanny 20 février 2018 - 9 h 14 min

J’avais vu passer la bd « Mon ami Dahmer » mais je ne m’étais pas intéressée à l’histoire. J’ignorais que c »tait un tueur en série! Je crois qu’elle pourrait me plaire!
Et la deuxième aussi du coup, dommage qu’il n’y ait pas encore de traduction.

Electra 20 février 2018 - 12 h 32 min

Oui elle est très intéressante. Pour la deuxième le niveau d’anglais peut peut-être passer ? Enfin je parle sans savoir

Fanny 20 février 2018 - 15 h 41 min

J’ai l’impression que j’aurais du mal à le lire en anglais, je ne l’ai pas fait depuis longtemps… mon niveau a incroyablement baissé 🙁 mais j’aimerais tellement lire en VO.

Electra 20 février 2018 - 18 h 38 min

Pour reprendre la main je te conseille Roald DAHL et ses histoires pour enfants. Je l’ai conseillé à une amie. Comme ça tu verras

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