The marrow thieves · Cherie Dimaline

par Electra

Impossible de ne pas craquer en voyant la couverture – je la croise sous la forme d’une affiche dans une librairie à Québec. Elle est à côté de l’affiche de The Break. Je note ces deux titres et je me procure les livres. Pourtant, The Marrow Thieves, si ce n’est pour leur auteur (et le sujet), n’est pas mon genre : une dystopie pour un public de young adult. Il a donc rejoint un temps mes étagères, mais mes résolutions 2019 m’ont poussé à le ressortir et quelle bonne idée ! Et il sort en français !!!

Il y a des livres qui perdent malheureusement un peu de l’attrait au fur et à mesure de leur lecture, et puis il y en a d’autres, qui à l’inverse, deviennent totalement addictifs .. et celui-ci fait partie de la deuxième catégorie ! Je l’ai commencé, méfiante, destiné à un public de jeune adulte, mais très vite, l’histoire de Frenchie, son combat pour survivre, m’a totalement envouté. Je me suis attachée aux personnages et j’ai dévoré la dernière centaine de pages – j’ai gardé les six dernières pour le lendemain soir, trop triste de devoir déjà les quitter !

Le décor ? Dans un avenir proche (les années 2045 sont citées), le monde a été détruit en grande partie par le réchauffement climatique. Des continents entiers ont disparu, et les survivants ont du tout quitter et se réfugier dans de nouvelles régions. Très vite, les gens ont perdu tout espoir et un phénomène étrange s’est produit : ils ont perdu leur capacité de rêver. A leur réveil, plus rien. Au début, ils ne s’en sont pas inquiétés mais bientôt, ce monde d’entre d’eux où subsistait leur seul espoir est devenue une véritable obsession. Comment retrouver cette capacité à rêver ?

En Amérique du Nord, les survivants ont découvert que les populations indigènes ont garder leur capacité à rêver. Très vite, les survivants ont voulu mener des expérimentations scientifiques pour comprendre d’où venait les rêves. Et leur conclusion est là : de la moelle épinière (bone marrow). Et soudainement, les autochtones sont de nouveau pourchassés et enlevés pour des expériences. Au début, on recrée des écoles pour pouvoir “élever” des enfants indigènes, mais très vite, on sait que ces écoles cachent une vérité plus sombre.

Frenchie, jeune garçon Métis de quinze ans, doit soudainement fuir. Il est devenue une proie. Son frère ainé se laisse attraper par ces “recruteurs” pour que Frenchie puisse fuir vers le Nord.  Car on lui a toujours répété d’aller dans cette direction, où paraît-il des tribus se sont réfugiées. Son père, un homme respecté, avait cru pouvoir parlementer et avait disparu en se rendant en ville. Sa mère, trop faible, n’a pas su se battre pour ses fils, livrés à eux-mêmes dans un ghetto. Frenchie réussit à fuir et à trouver dans les bois un groupe de jeunes indiens, ses companions de lutte. Il y trouve un mentor, l’amour et l’amitié et il apprend aussi à se battre et à défendre les siens, mais le monde est implacable et les tragédies vont s’enchainer.

Qu’est-ce qu’il est bon d’être en leur compagnie ! Tous les personnages sont attachants, de la grand-mère Minerva qui leur apprend leur langage anishnaabe, à leur leader, le sage et trop sérieux Miig, à la magnifique Rose, Première Nation, qui fait tourner la tête et le coeur de Frenchie, à la joueuse et rieuse Ri….. Métis, Frenchie connaît peu sa culture, sinon qu’il porte fièrement ses cheveux longs que Rose natte précieusement tous les jours. Il apprend à nouveau à penser comme un “Indien” et tous les soirs écoute les histoires de son peuple.

Etrange jeu que ce roman qui parle du passé – celui d’avant la tragédie climatique, mais pour eux, il signifie celui des pensionnats canadiens où l’on tuait “L’Indien” dans chaque enfant. Et les voilà à reproduire ces mêmes écoles, à leur couper les cheveux.. et pire encore … A lire absolument.

J’ai découvert par hasard cette bande-annonce The marrow thieves pour la sortie de ce livre et je la trouve plutôt réussie (et on l’entend parler sa langue d’origine) si vous êtes curieux.

Cherie Dimaline vit à Toronto. Auteure  et éditrice, elle vient de la nation Métis de Georgian Bay, située au nord de la province d’Ontario. Interviewée, Cherie raconte comment sa communauté, originaire de la même région, mais située côtée américain, a été exilée de force une première fois, puis une deuxième par les Canadiens, jusqu’à la ville francophone de LaFontaine. Elle est très fière d’appartenir à la communauté Métis (terme original) et d’être reconnue comme tel :

I can’t speak for every writer, but for myself, I am a writer. But being called an Indigenous author is like having a PhD at the end of your signature.*

J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Nation Indienne et dans le cadre de ma résolution de lire un autre d’un genre auquel je suis peu familière (dystopie). L’auteure a obtenu diverses prix pour ce roman dont celui en 2017 du Prix Littéraire du Gouverneur Général (en littérature jeunesse). Depuis 80 ans, ce prix récompense les meilleurs livres canadiens en anglais et en français dans 7 catégories.

Ma question : à quand une traduction en français ?  Réponse : en avril aux Editions Boréal sous le titre “pilleurs de rêves” – voilà une excellente nouvelle !

 

Editions Dancing Cat Books (DCB), 2017, 260 pages

(*) Je ne peux parler au nom de tous les auteurs, mais je me considère comme un écrivain. Mais être appelée “écrivain autochtone”, c’est comme ajouter un doctorat à votre CV

Et pourquoi pas

8 commentaires

Autist Reading 23 janvier 2019 - 14 h 02 min

Je ne vais jamais rattraper le retard que je ne cesse de prendre dans mes lectures si tu continues de la sorte !!! Même si je ne suis pas très familier avec les dystopies, je sens que ce roman devrait me plaire…

Electra 23 janvier 2019 - 19 h 37 min

Désolée ! mais rassures-toi : je suis dans la même position que toi ! Ma PAL ne cesse de grossir… bon là j’avoue que ça serait dommage de passer à côté de celui-ci ! Un vrai coup de coeur !

Fanny 23 janvier 2019 - 16 h 03 min

Je ne suis pas fan non plus des dystopie… mais à voir 🙂

Electra 23 janvier 2019 - 19 h 38 min

Ici, pas de navettes spatiales, de robots .. on est au fond des bois avec des Indiens (dans une trentaine d’années) du coup la dystopie s’arrête juste aux bouleversements climatiques

Marie-Claude 23 janvier 2019 - 19 h 03 min

Il a tout pour me plaire, tu t’en doutes bien!
Eh ben, même si je dois attendre le printemps, au moins je sais qu’il s’en vient! Joie!!!

Electra 23 janvier 2019 - 19 h 38 min

Oui, et tu vas adorer, ça j’en suis sûre ! Frenchie est touchant ! Merci pour l’info 😉

Lili 24 janvier 2019 - 22 h 29 min

Alors là, tu m’as vendu le livre à 200% Il faut que je guette la sortie de la traduction ^^

Electra 24 janvier 2019 - 23 h 10 min

tant mieux, il mérite le détour 😉

Les commentaires sont fermés