The Master and Margarita · Mikhail Bulgakov

par Electra

Il est parfois bon de se lancer quelques challenges personnels. Je n’ai jamais cessé de croiser ce roman culte de la littérature russe (censuré comme tout bon roman russe), depuis mes études de russe jusqu’à la découverte de plusieurs blogueurs passionnés comme moi de littérature. Un incontournable. Mais aussi un de ceux qui vous impressionnent un peu trop…

Pourquoi ? Je l’ignore. Peut-être qu’à force d’en entendre parler, j’ai eu peur de ne pas être assez intelligente ? Ce que je sais à présent, c’est que je méconnaissais totalement l’histoire. Je savais juste pour ce chat noir qui fume, boit et parle.

Et ce que je sais à présent, c’est que ce livre doit être relu. Pas tout de suite, mais dans plusieurs années. Je suis à peu près certaine d’en découvrir plus à chaque relecture. Je ne vais pas tenter de raconter l’histoire, je vous fais la présentation que l’on retrouve généralement au dos des innombrables éditions de ce roman. Disponible dans toutes les langues, en français : Le Maître et Marguerite et Boulgakov gagne une lettre à son nom.

Un gentleman mystérieux qui se proclame magicien arrive à Moscou, du nom de Woland, il s’invite dans la conversation de deux hommes, qui discutent littérature dans un parc. Le plus jeune est poète et le second, Berlioz, l’éditeur d’un célèbre magazine littéraire et l’un des dirigeants proéminents de la société littéraire moscovite. Surpris par l’arrivée impromptue de cet homme, ils ignorent que le monde littéraire russe va être totalement déstabilisé. Le magicien n’est pas venu seul : Azazello, Behemoth et Koroviev sont ses serviteurs. Un ancien chef de coeur aux attributs vestimentaires très spéciaux, un tueur à gages dotés d’un croc et d’un oeil de verre et un énorme matou noir, Behemoth, de la taille d’un cochon qui aime marcher sur ses pattes arrières et est très loquace…. Le magicien s’octroie une soirée de spectacle où il va déstabiliser non seulement toute l’audience mais également toute l’administration moscovite. Des hommes meurent, d’autres disparaissent, des billets se transforment en bouts de tissus, le feu brûle… Le magicien n’est autre que le Diable.

‘And what is your particular field of work?” asked Berlioz. “I specialize in black magic.”

Et sa route va croiser celle du Maître, surnom donné par son amante, Marguerite. L’homme a sombré dans la dépression après que son seul et unique roman historique (sur la vie de Pontius Pilate) a été refusé par la société littéraire moscovite. L’écrivain n’a pas supporté les multiples rejets, mais aussi les critiques acerbes de la presse et les visites multiples des services secrets. Margarita/Marguerite va alors accepté de conclure un pacte avec le Diable pour sauver son amant…

Rappelez-vous, nous sommes dans la Russie des Soviétiques, où tout est contrôlé. Tout se sait. Ainsi, le Magicien a un accent. Il est donc forcément connu des services secrets qui surveillent tous les étrangers et qui les logent au même endroit ! Mais non, le magicien et sa troupe leur échappent en semant la zizanie et la panique. Et qu’est-ce qu’on s’amuse !

Je n’en dirais pas plus, mais sachez qu’on s’ennuie jamais, on y rit aussi même si l’ouvrage peut parfois vous dérouter. Comme le dit si bien un critique littéraire : It’s funny, it’s profound and it has to be read to be believed. C’est drôle, c’est profond et il faut le lire pour le croire.

Comme les poupées russes, une troisième histoire se déploie. Moi qui n’ai pas d’attrait particulier pour la religion, j’ai beaucoup aimé lire l’histoire de Pontius Pilate, simple gouverneur romain de province, qui fut celui qui jugea et prononça l’exécution de Jésus. Si, pour vous, écrire un roman retraçant cet épisode des Evangiles n’est pas exceptionnel, il l’est à l’époque des soviétiques. Marx l’a dit : Dieu n’existe pas, le Diable non plus .. Vraiment ? Boulgakov met de nouveau l’homme face à ses contradictions.

L’auteur russe livre ici une satire profonde de son époque, pousse l’homme à réfléchir à nouveau à son libre arbitre. Ecrit entre 1930 et sa mort en 1940, il livre une analyse profonde de la société russe. Si les Soviétiques ont cru se libérer du joug tsariste et de la religion, n’ont-ils pas choisi une nouvelle forme de dictature ? La censure veille, les services secrets sont partout. L’auteur se moque de cette bureaucratie, de son absurdité (le nombre de départements au sein de l’administration). Ses pièces de théâtre sont interdites.  Et ce roman sera censuré jusqu’en 1973.  Religion, politique, philosophie, tout y est. Un immense roman qui suscite toujours autant de passion. Un site entier (disponible en plusieurs langues) est dédié à ce roman, à tous ses personnages et à tous les thèmes. Je vous le mets ici (version française). Il peut vous être utile.

J’ai mis du temps à rentrer dans ce récit et à comprendre les trois actions qui s’y déroulent, mais une fois dedans, je n’ai pas pu le relâcher. C’est un ovni littéraire pour ma part. Je suis heureuse de l’avoir lue, si je comprends sa portée historique, je reste cependant un peu déboussolée par la vision du monde de Mikhaïl Boulgakov.

 

♥♥♥♥

Alma Books, Мастер и Маргарита, trad. Hugh Aplin, 2012, 432 pages

Et pourquoi pas

9 commentaires

mingh 7 septembre 2020 - 11 h 14 min

C’est bien que tu présentes cet immense roman. Je l’ai lu autrefois entre Guerre et Paix (Tolstoi) et Premier amour (Tourgueniev) dans ma découverte de la littérature russe. Du coup, je note et l’inscris pour une relecture ! Dans mon programme de septembre, “Tous les vivants” de C.E Morgan plutôt bien accueilli par la critique et “Les Nouveaux héritiers” de Kent Wascom, un Gallmeister plutôt clivant. Bonne poursuite dans tes lectures.

Electra 7 septembre 2020 - 21 h 06 min

Hâte de te lire sur tes deux choix ! J’ai une PAL bien conséquente du coup j’arrête les achats mais je veux bien noter. Merci, oui c’est un immense roman – je voyais refleurir sur la toile les romans de Tolstoi et Dostojevski . J’ai aussi envie de relire les autres grandes oeuvres russes mais là je vais d’abord attaquer le Victober (challenge qui au lieu en octobre et consacré aux classiques de l’ère Victorienne) j’ai fait mes trois choix.

Fabienne 7 septembre 2020 - 11 h 30 min

Censuré jusqu’en 1973? Intéressant. Par contre, je débute en littérature russe et vais donc attendre encore un peu avant de m’attaquer à ce monument 😉 Je lis actuellement en VO l’un des premiers romans de Hans Fallada qui est sorti en version non censurée en Allemagne en 2018. Le roman fut initialement publié en 1932!

Electra 7 septembre 2020 - 21 h 08 min

ah Fallada ! mais on se rejoint ?! Je l’ai repéré et réservé à la bibli (bon là moi je le lis en français parce que mes cinq ans d’allemand ne me suffisent pas) . Oui, souvent les grandes oeuvres ont été censurées. il faut dire que Boulgakov n’épargne pas le nouveau régime soviétique !

Fabienne 7 septembre 2020 - 22 h 18 min

Je lis “Kleiner Mann, was nun?” (“Et puis après” en français), c’est celui que tu as réservé? Je prends un peu d’avance pour “Les feuilles allemandes” (le mois allemand) au mois de novembre 😉 J’espère que tu participeras!

Ingannmic 7 septembre 2020 - 21 h 26 min

Comme j’ai aimé ce roman, et je suis complètement d’accord avec toi, je le relirai un jour !

Electra 7 septembre 2020 - 21 h 40 min

Merci ! oui, il mérite vraiment une relecture. Il est totalement à part dans ma vie de lectrice.

Eva 8 octobre 2020 - 10 h 47 min

je l’ai depuis dix ans dans ma PAL, en anglais, et il me fait un peu peur ! je pense que je vais me le procurer en français, pour pouvoir entrer dedans plus rapidement.

Electra 8 octobre 2020 - 19 h 32 min

Il est très spécial, une histoire imbriquée dans une autre, des personnages étranges… donc il faut être d’humeur à se laisser embarquer, mais c’est très bien écrit et passionnant !!!

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