Une pause BD, ça vous tente ?

par Electra
1,6K vues

Paul dans le Nord – Michel Rabagliati
♥♥♥♥ 

J’avais réservé cet opus dans la vie Paul, signé Michel Rabagliati  et ce fut un plaisir de le retrouver adolescent. Je ne suis pas tout à fait l’ordre chronologique mais tant pis !

Paul a 16 ans (ou 17), le jeune garçon connaît la vie de tous les ados : ses parents l’insupportent, il se traine, les premiers boutons apparaissent, il rêve de s’acheter une moto et évidemment de se trouver une blonde ! Il va au poly (encore un terme québécois) où il s’est fait un ami, Ti-Marc, chez qui il passe beaucoup de temps. La famille l’amuse : 4 fils, tous joueurs de hockey (Ti-Marc a abandonné) qui se battent à mains nues pour un rien !  Les deux garçons décident sur un coup de tête d’aller rejoindre une fille de lycée qui a, semble-t-il, convié le copain de Paul chez ses parents dans un chalet dans le Nord (près du lac rond).

Mais les deux garçons ignorent tout de l’endroit exact et n’ont aucun moyen de s’y rendre. Ils mentent à leurs parents et font de l’auto-stop : leurs rencontres sont amusantes mais à leur arrivée au village, le temps a changé : le blizzard leur tombe sur la tête et ils finissent par ses perdre. Ils ne sont pas loin de mourir de froid (aucun ne porte la tenue adéquate), ils sont recueillis de justesse par un pasteur.

L’été arrive, Paul enchaine les petits boulots mais au lieu de la moto – ça sera une mobylette.. et sa première taf, les soirées entre ados, le monde que l’on refait et sa première petite copine ! Paul en est raide dingue amoureux. Un peu trop collant, notre tendre Paul.

Une lecture toujours aussi amusante, et truffée d’expressions québécoises 🙂

Au boulot mes fidèles traducteurs : « T’as au moins eu l’occasion de pogner des boules, c’t’été, j’espère » dit l’oncle de Paul. Ou quand Paul dit à Ti-Marc « C’est pas ça, Ti-Marc, mais simonac, avoue que .. »,

Éditions La Pastèque, 179 pages, 2015

         Une métamorphose iranienne – Mana Neyestani
♥♥♥

Le cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d’un hebdomadaire iranien. Le problème est que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri. Les azéris, un peuple d’origine turc vivant au nord de l’Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains, le dessin de Mana est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d’un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l’éditeur du magazine sont emmenés dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d’Evin, véritable prison dans la prison sous l’administration de la VEVAK, le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale. Ce n’est pas un endroit très agréable..
. Alors que le deux hommes subissent des semaines d’isolement et d’interrogatoires, les azéris organisent de nombreuses manifestations anti-gouvernementales. Les autorités font tirer sur les manifestants, faisant de nombreuses victimes. Pour les autorités, tout est de la faute de Mana.

Au bout de deux mois de détention, Mana obtient enfin un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s’enfuir avec sa femme. Après un long périple qui les fera passer à travers le monde et montre ici l’envers du décor pour les réfugiés politiques – qu’ils soient ou soutenus par la presse étrangère – Mana et sont épouse réussiront après 4 longues années à rejoindre la France en 2010. Bouleversant, Une Métamorphose iranienne est une plongée en apnée dans le système totalitaire kafkaïen mis en place par le régime iranien.

Une bande-dessinée qui m’a fait beaucoup penser à Charlie Hebdo et à la sacro-sainte liberté d’expression. Ici, l’histoire et kafkaïenne : le dessinateur a eu un parcours particulier – il n’a jamais souhaité remettre en cause le régime iranien. D’ailleurs, lorsque les premiers caricaturistes ont été condamnés en Iran, il a choisi de travailler pour un magazine iranien destiné à la jeunesse. Son erreur, utilisé un mot courant, d’origine azéri, pour désigner un cafard. Et l’effroyable machine de se mettre en route.

L’autre point très intéressant de ce roman est de suivre le parcours du combattant pour trouver l’asile – ainsi, malgré les promesses répétées de plusieurs ambassades (dont la France, par deux fois), impossible pour le dessinateur d’obtenir un visa.  Il devra remettre tout son argent (près de 16 000$) à un passeur..et pour quel résultat !

Éditions ça et là, Arte, 196 pages, 2012

          La parenthèse – Élodie Durand
♥♥♥

C’est l’histoire d’une jeune fille âgée d’à peine plus de 20 ans, d’un drame dans sa vie qui semblait être sans retour, d’une chute dans la maladie, dans la perte de soi. Ce récit est une bataille contre l’adversité. Il parle de la mémoire parfois si fragile, d’une convalescence inattendue, de comment, un jour, on réapprend son alphabet, à compter, à retrouver ses souvenirs. » Élodie Durand

J’avoue que je ne connaissais rien de l’histoire mais j’ai eu un gros coup de coeur pour le récit de cette jeune femme, frappée d’une maladie rare qui va lui « voler » plusieurs années de sa vie. Sa mémoire, ses souvenirs.  Elodie n’a pas souvenir des premiers symptômes et lorsque ceux-ci se multiplient, c’est par ses amis ou sa famille qu’elle apprend qu’elle fait des « crises ». La jeune femme ne veut pas y croire, même lorsque son ami en vacances lui raconte les faits – des crises qui ressemblent à des crises d’épilepsie, mais parfois beaucoup moins prononcées. Mais ce qui trouble le plus Elodie, c’est les pertes de mémoire qui se multiplient.

La jeune femme a 22 ans et doit travailler sur son mémoire quand elle n’arrive plus à se souvenir de ses dernières conversations, fait répéter ses proches ou amis à plusieurs reprises. Elle accepte de voir un neurologue qui lui annonce le verdict : la jeune femme a, logé entre les deux hémisphères de son cerveau, une tumeur – bénigne ou cancéreuse, ils l’ignorent. C’est ce qui provoque ces crise d’épilepsie – mais contrairement à d’autres dont les traitements permettent de diminuer la fréquence des crises, Elodie va bientôt sentir son corps la quitter.

La fatigue est-telle qu’elle passe plus de dix heures par jour à dormir. Elle sent peu à peu que son cerveau l’abandonne, toutes ses connaissances également – elle n’arrive plus à compter … L’espoir revient quand on lui annonce que le centre hospitalier de la Timone opère avec un appareil unique – mais le risque est important. C’est en soumettant à des points précis du cerveau des ondes radioactives qu’ils peuvent espérer détruire la rumeur. Mais il faut attendre dix-huit mois pour avoir le résultat, et les effets secondaires sont violents…

Un récit difficile – mais magnifique. La jeune femme aura, tout le temps de sa maladie, dessiner celle-ci et elle inclut ses dessins dans son premier roman graphique. Une nouvelle carrière pour cette jeune femme qui témoigne ici qu’on peut, malgré ce type de cancer, retrouver le chemin de la vie et du bonheur.  J’ai beaucoup aimé le dessin.

Éditions Delcourt, 221 pages, 2010

Et pourquoi pas

10 commentaires

Fanny / Pages Versicolores 8 juillet 2016 - 8 h 22 min

« La Parenthèse » me fait de l’œil depuis longtemps mais pas (encore) dispo à la biblio. Et ce que tu en dis en rajoute à ma frustration… 😀
Pour le « Paul », j’en ai lu un, je ne sais plus lequel mais ça ne m’avait pas touchée plus que ça…

Electra 8 juillet 2016 - 13 h 42 min

Moi j’ai aussi plusieurs livres (la faute à Jérôme Noukette et Keisha) mais toujours pas disponibles ! Pour Paul j’ai commencé par le plus émouvant (enfin selon moi) donc ça joue !

noukette 8 juillet 2016 - 10 h 13 min

J’avais beaucoup aimé La parenthèse, un souvenir marquant… Quant à Paul, je vais poursuivre ma découverte, j’adore !

Electra 8 juillet 2016 - 13 h 40 min

Ah La Parenthèse une histoire totalement à part. Pour Paul, profites-en ! Ici à Québec je vois tous ses livres ! difficile de résister !

Jerome 8 juillet 2016 - 12 h 27 min

La métamorphose iranienne m’a marqué ! Et Paul est au chaud sur mes étagères, je le garde pour le déguster tranquillement le moment venu.

Electra 8 juillet 2016 - 13 h 39 min

Tu as raison ! Il m’en reste 2 à lire et je vais prendre mon temps

Julie Dionaea 8 juillet 2016 - 16 h 26 min

Une métamorphose iranienne et La parenthèse m’ont beaucoup marqué, quant à Paul dans le nord, je suis pressée de pouvoir le lire !

Electra 8 juillet 2016 - 19 h 06 min

Oui, il était temps que je les lise à mon tour ! pour Paul dans Le Nord .. ah j’adore être ici au Québec et voir toute sa collection en librairie !!

LaRousse Bouquine 12 juillet 2016 - 11 h 36 min

Que des BD en noir et blanc dis-moi !
La dernière me donne très envie 🙂

Electra 12 juillet 2016 - 18 h 51 min

Oui un hasard. Elle est très bien !

Les commentaires sont fermés