Le cercle fermé · Wessel Ebersohn

par Electra

Me voilà de retour avec le troisième volet des aventures de Yudel Gordon, le psychologue des prisons sud-africaines.  J’ai lu Un coin pour mourir et La nuit divisée l’an dernier et lorsque j’ai enfin mis la main sur ce livre à la BM, je n’ai pas hésité une seconde, malgré un programme de lecture déjà bien chargé.

Wessel Ebersohn a créé ce personnage et cette trilogie à l’époque où l’Apartheid était encore de mise. Ses romans condamnaient fermement le gouvernement d’Afrique du Sud et l’auteur connut lui-même de nombreuses tracasseries policières, qu’il met en scène dans ce troisième volet.  Yudel Gordon s’est remis de ses dernières enquêtes lorsqu’il est contacté par Blythe Stevens. L’homme veut engager le fonctionnaire afin qu’il identifie les hommes responsables des meurtres ou tentatives de meurtres sur les opposants au gouvernement, noirs ou blancs, politiciens ou artistes. Tout le monde soupçonne la police secrète mais personne n’a jamais réussi à apporter une quelconque preuve.

Au début du roman, trois opposants sont visés par de terribles attaques. Yudel Gordon hésite, on lui promet une très belle somme d’argent et Yudel n’a jamais roulé sur l’or, au grand dam de sa belle-famille qui le voit comme un petit fonctionnaire insignifiant. Yudel hésite et se confie à son ami policier, Freek, qui lui déconseille vivement d’accepter. Les risques sont trop importants, de plus, en tant que fonctionnaire, il n’a pas droit de travailler à son compte. Mais Yudel, plus que l’argent, aime enquêter et l’idée que tout le monde “connaît” déjà le coupable (la police secrète) le titille particulièrement (en aparté : je trouve la couverture du livre particulièrement moche….)

Il épluche le dossier qu’on lui remet et écoute les discours des Afrikaners, ces partisans de l’Apartheid qui voient leur souveraineté menacée depuis quelques temps. Yudel sait qu’il prend des risques et très vite, la réalité le rattrape …

Si un meurtre va dans l’intérêt national, il y a beaucoup d’hommes ici qui ont assez de couilles pour le commettre… … Vous voulez une révolution. Vous voulez des procès de Nuremberg. Vous voulez nous voir au bout d’une corde. Croyez-vous que je vais laisser faire ça ! Croyez-vous que je vais livrer le peuple afrikaner au génocide… Je vais vous dire une chose que vous ne semblez pas comprendre, vous le petit Juif si intelligent. La communauté afrikaner est un cercle fermé, complet et parfait. On n’y entre que par la naissance et on n’en sort qu’avec la mort. C’est une perfection qui émane de Dieu. Et si un Yudel Gordon essaie de la détruire, qu’il soit sur ses gardes…

Quel plaisir de retrouver ce cher Yudel ! Je ne remercierai jamais assez Tasha pour m’avoir fait découvrir ce personnage. L’auteur mit ensuite son personnage en “pause” pendant plus de quinze ans avant d’écrire deux nouvelles histoires que j’ai hâte de découvrir ! J’imagine la patience qu’il a fallu à tous ses fans pour patienter si longtemps – j’ai de la chance de le découvrir si tard.  Le portrait que tisse l’auteur de l’Afrique du Sud est impressionnant : entre les soulèvements ponctuels des populations noires, le mouvement des syndicats, les partis nationalistes blancs, les libéraux blancs gauchistes … le pays  se lézardait peu à peu, comme victime de petites secousses sismiques avant le grand tremblement de 1990 avec la libération de Mandela.

L’un des personnages promet de mettre le pied au cul de Yudel s’il recommence, et j’avoue que j’ai souri car, oui, Yudel est incorrigible. Dans ce troisième volet, le psychologue va s’attaquer à son propre employeur, la police, et mettre en lumière les agissements des policiers et de mouvements radicaux en son sein. L’Apartheid exposé ici fait vraiment très peur. On comprend mieux pourquoi l’auteur dut lui-même s’installer quelques années à Londres. Yudel est un homme complexe, loin d’être parfait et c’est ce qui le rend attachant. N’hésitez pas à aller à sa rencontre ! La trilogie a été évidemment depuis éditée en Poche, toujours chez Rivages.

♥♥♥♥

Editions Rivages, Closed Circle, trad. Danièle et Pierre Bondil, 1993, 361 pages 

Et pourquoi pas

6 commentaires

keisha 21 novembre 2018 - 8 h 04 min

Bon, là, ça m’intéresse. Voir la bibli?

Electra 21 novembre 2018 - 13 h 26 min

Oh oui, tu les trouveras – ses trois premiers romans datent – et il y en a deux plus récents.

Jerome 21 novembre 2018 - 13 h 03 min

Il y a vraiment d’excellents roman en provenance d’Afrique du Sud, il faut croire que l’histoire douloureuse de ce pays est un fertile terreau d’inspiration pour les auteurs.

Electra 21 novembre 2018 - 13 h 26 min

Oui, et lui il a osé le faire à l’époque de l’Apartheid avec tout ce que cela inclus 😉 ça fait du bien de voyager un peu !

Marie-Claude 22 novembre 2018 - 2 h 40 min

Je devrais bien faire les choses et commencer par le commencement… hein?!

Electra 23 novembre 2018 - 13 h 10 min

Oui ! il faut que tu découvres qui Yudel, son fonctionnement, sa femme et après ses enquêtes qui sont très intéressantes. Un drôle de petit bonhomme 🙂

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