Une pause BD, ça vous tente ?

par Electra
Une pause BD, ça vous tente ?

Le retour de la fameuse pause ! Je suis en train de recenser mes dernières lectures graphiques – j’en ai 4 mais aujourd’hui, je vais parler de trois d’entre elles 😉

Sabrina – Nick Drnaso
♥♥♥

Lorsque ce roman graphique a été sélectionné pour le Booker Prize, les gens ont crié : un roman graphique sélectionné dans un prix décerné à des romans ? Du coup, il est apparu un peu partout et j’avais très envie de le lire. Lorsque le Caribou m’a dit qu’elle avait mis la main dessus, j’ai craqué et chanceuse ma bibliothèque avait un seul exemplaire, disponible ! Le soir-même je filais le chercher. J’ignorais ce que j’allais trouver, j’avais lu que l’auteur dressait un portrait très inquiétant de son pays. En écrivant ces mots au lendemain de deux tueries de masse, je réalise à quel point ces mots pèsent. L’Amérique de Drnaso est effectivement inquiétante. L’auteur y décrit un monde froid, consumériste, égocentrique et destructeur. Les habitants sont tous névrosés. Je vous invite à vous demander si vous rêvez encore de ce pays après cette lecture ! Si déprimante (l’auteur a d’ailleurs fait une dépression). A

L’histoire ? Celle de Sabrina, jeune femme posée, qui disparaît subitement. Plongeant son petit ami dans un profond désarroi. Il part se réfugier chez un ancien ami de lycée. Celui-ci l’accueille, voulant bien faire mais le trouve étrange. Et s’il était l’assassin ? Sabrina a été tuée et une cassette vidéo est retrouvée.  L’hôte est aussi tiraillé, militaire, il hésite à postuler sur un autre poste, il se cherche. Mais rapidement les rumeurs se développent, avec des théories du complot. Les réseaux sociaux et les médias s’en mêlent, tout s’accélère.

Alors oui, j’ai beaucoup aimé le propos, mais j’attendais sans doute plus vu tout le bruit autour et puis, autre bémol (mais le Caribou a eu le même), j’ai eu un doute sur l’identité de la victime. En effet, le dessin est tellement simple (et les personnages très peu expressifs) qu’il m’a fallu revenir en arrière vérifier que les personnes que j’identifiais étaient bien celles que j’avais croisées auparavant ! C’est d’autant plus énervant quand il s’agit de la victime. Mais sinon, il faut le lire car je n’ai jamais lu de portrait au vitriol aussi original. Mais rappel : le sujet est très plombant !

Editions Presque Lune, trad. Renaud Cerqueux, 2018, 205 pages

 

Beverly – Nick Drnaso
♥♥♥

Encore plus sombre que Sabrina, est-ce possible ? Oui. Et l’auteur de faire une dépression, je n’imagine pas l’état dans lequel il est aujourd’hui après ces tueries. Je vous laisse la présentation de l’éditeur (en partie).  Je l’ai piqué au Caribou en arrivant chez elle !

Nick Drnaso décline son propos en six histoires imbriquées les unes dans les autres et dont le conducteur est marqué par la présence de plusieurs personnages récurrents. Histoires très imprégnées par un malaise profond, générateur de fantasmes insidieux parfois marqués par un sadisme primaire qui pourrait faire penser parfois au film « Storytelling » de Tod Solondz probablement dû à ce vide existentiel inhérent à cette Amérique des banlieues lisses et sans histoires, consumériste et désenchantée, voire désoeuvrée. C’est comme si ce jeune auteur établissait un état des lieux impitoyable qui allait augurer le cataclysme qui adviendrait plus tard avec l’élection de Trump. Le rêve américain du bien-être et de l’insouciance est bien mort. Amateurs de l’univers de Chris Ware, Adrien Tomine et Daniel Clowes, vous aimerez Beverly !

Amertume, cynisme – on peut parfois se demander ce qui a pu motiver l’auteur. Il me semble tellement Européen dans ses propos, pourtant il est Américain mais sa vision de son pays est si déprimante qu’on se demande ce qui lui est arrivé. Deux lectures qui m’auront marquées.

Editions Presque Lune, 2017, 136 pages

 

Le journal d’Anne Frank – Ari Folman & David Polonsky
♥♥♥ 

 

Je sais, décidément, que des sujets tristes ! Mais je ne le savais quand j’ai lu cette adaptation du journal d’Anne en roman graphique. Promis juré. Je connais malheureusement trop bien l’histoire d’Anne. J’ai eu la chance de visiter sa cache lors d’un voyage à Amsterdam quand j’étais étudiante. Du coup, les lieux me revenaient et puis cette terrible dénonciation et sa mort si proche de la libération.

J’ignorais que les deux auteurs étaient ceux d’Une valse avec Bachir, dont j’avais beaucoup aimé la BD. Mais je peux dire que j’ai vraiment aimé le dessin, les propos – on entend Anne penser et on voit cette vie si spéciale dans cette cachette et les rêves inavoués de cette jeune fille pleine d’espoir.

Même si, comme moi, vous connaissez très bien l’histoire, je vous invite vivement à la lire. Une adaptation vraiment réussie.

Editions Calmann-Lévy, 2017, 162 pages

 

 

Et pourquoi pas

6 commentaires

Vona 16 août 2019 - 13 h 00 min

J’adore les pauses bd ! Mais je ne connaissais pas du tout cette histoire de bd sélectionnée pour le Booker Prize. Du coup, ça me tente bien…

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Electra 18 août 2019 - 15 h 56 min

C’est une première, et certains n’ont pas aimé qu’un roman graphique prenne la place d’un roman, mais en le lisant, on comprend mieux pourquoi !

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Marie-Claude 18 août 2019 - 0 h 07 min

C’est une première: j’ai lu les trois. Tu sais lesquels j’ai préféré!!! Je ne taris pas d’éloges pour le déprimant Nick Drnaso!

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Electra 18 août 2019 - 15 h 56 min

Oui, il est déprimant ! et lire les deux à la suite, peut-être pas la meilleure idée 🙂

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Autist Reading 19 août 2019 - 10 h 32 min

Je ne sais pas pourquoi, mais maintenant j’ai une folle envie d’ajouter une grosse couche bien déprimante sur ma dépression, moi 😀

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Electra 19 août 2019 - 11 h 13 min

Oui, on peut le dire ainsi ! Le Caribou a adoré, moins perturbée que moi par cette humeur maussade générale mais il faut dire que le propos est irréprochable !

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